Le juge pénal n’a pas de timing

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La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) agit-elle malencontreusement en ouvrant une procédure judiciaire dans un contexte électoral ? Le Consultant politique et Expert électoral, Agapit Napoléon Maforikan, s’est prêté à cet exercice hier mardi 23 février 2021. Lire des extraits de son analyse ci-dessous.

« …Depuis peu, des responsables du parti ‘’Les démocrates’’ passent, à tour de rôle, devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Après le premier vice-président, Nourénou Atchadé, le secrétaire national à la trésorerie et au patrimoine, Justin Adjovi, et le coordonnateur adjoint de la 8ème circonscription électorale, Dramane Tidjani, on annonce aussi la candidate Reckya Madougou devant le procureur spécial. Le timing de ces interpellations semble, aux yeux de certains, suspect. Cela, étant donné que nous sommes dans une période électorale. Mais, à mon avis, cela ne pose aucun problème. Il n’y a pas de timing en matière pénale. La justice pénale n’est pas liée au temps des élections. A moins que ce soit pour certaines actions de célérité. En effet, dans le droit pénal des élections, il y a des actions urgentes que le juge est parfois appelé à statuer avant la tenue du scrutin. Dans le cas d’espèce, les personnes écoutées ne sont plus concernées par le processus électoral en cours. Mieux, la juridiction qui les écoute a qualité pour réprimer les infractions économiques et le terrorisme. Il n’y a donc pas de timing qui pose problème… »

 

Mauvaise interprétation

 

« … Au Bénin, l’histoire politique enseigne que les interpellations du genre sont toujours mal interprétées. Elles sont souvent sujettes à polémique. Il y a, par exemple, le cas de ceux qui se font appelés ‘’exilés’’. Ils sont cités dans des affaires réprimées par la loi. Mais, au lieu de permettre à la justice de démêler l’écheveau, ils ont préféré fuir, arguant qu’ils sont victimes de règlement de comptes politiques. Dans le cadre de la procédure ouverte à la Criet, il faut saluer la disponibilité de Reckya Madougou qui ne compte pas prendre ses jambes à son cou comme certains de ses compatriotes. C’est ce qui est souhaité : que les citoyens se mettent toujours à la disposition de la Justice en cas de besoin… »

 

Passer à autre chose

 

« … Au-delà de ces interpellations, je pense que lorsqu’on est disqualifié pour la Présidentielle, pour n’avoir pas rempli les critères exigés de toute éternité, la sagesse conseille de passer à autre chose plutôt que de chercher à défier l’Etat. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas avec Reckya Madougou. Point de presse par-ci, post sur Facebook par-là, c’est comme si le Bénin doit tourner autour d’elle. Par ses déclarations fracassantes, on a le sentiment qu’elle cherche à créer des situations complexes pour son pays. Or, dans une telle éventualité, elle a tous les leviers pour se tirer d’affaires. C’est un secret de polichinelle qu’elle est détentrice d’un passeport diplomatique d’un pays limitrophe du Bénin. Donc, quand ça va péter, elle est couverte. Elle peut s’en aller facilement. Mais, ce qu’elle doit savoir est que tout le monde n’a pas ce privilège. Il faut qu’elle sache raison garder. Elle est mal entrée dans le processus. Il faut qu’elle en sorte dignement. Mais pour l’heure, l’image qu’elle projette n’invite pas encore à explorer un tel pronostic… »

 

Baisser la garde

 

« …Dans toute démocratie, quand le juge suprême décide, on baisse la garde. Toute déclaration en flagrante contradiction avec celle de la Cour constitutionnelle est blâmable. Tout citoyen a le devoir et l’obligation de respecter la Constitution. Car, demain quand vous serez appelé à exercer certaines fonctions, on peut vous opposer votre statut de ‘’hors-la-loi’’. N’importe qui pourrait saisir la Cour constitutionnelle pour vous confondre avec les déclarations que vous avez tenues quand vous étiez dans une certaine posture. Et quand on va statuer en votre défaveur, vous ne devez pas crier au scandale… »

 

Etre fair-play

 

« …Quand vous avez envie d’aller aux élections et qu’on se jette dans la bataille au dernier moment, on ne doit s’en prendre qu’à soi-même. C’est comme un candidat qui va à un examen et qui a été recalé parce que son dossier n’est pas à jour. Il ne peut que s’en prendre à lui-même et non aux organisateurs. Je pense que nous devons apprendre à nous prendre au sérieux pour éviter ces genres de situation. Si c’est dans le destin de ces personnes de présider aux destinées du Bénin, cela se réalisera. Cela ne sert à rien de chercher à en découdre avec les pouvoirs publics. Ce n’est pas fair-play… »

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