Le multipartisme intégral recadré

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Après l’exploit de 1990 marqué par le renouveau démocratique et la consécration du multipartisme intégral, le Bénin amorce un autre tournant novateur fondé sur un multipartisme structuré et contrôlé. Les errements de 29 ans trouvent enfin une réponse.

Le Bénin écrit son histoire qui traverse le temps et s’affermit au fil des années. A chaque tournant majeur, il arrive à puiser au fond de lui, l’énergie nécessaire qui l’amène à s’inscrire dans une dimension nouvelle. 1972-1990-2016. Ces années sont majeures en ce qu’elles sont celles de la rupture, de l’autodétermination et de l’affirmation. Avant 72, c’était le dérèglement politique. En 72, vint le moment de l’affermissement du pouvoir d’Etat, mais aussi de la pensée unique. Le monopartisme allait jusque dans les ménages et même au niveau de la justice. Ce modèle de gouvernance était inapproprié dans un pays dans lequel la diversité de pensée était une devise. A tout ceci, s’ajoutait la mauvaise gouvernance et les élans liberticides qui ont amené le Bénin à changer une fois encore de carapace. Il a réclamé en 1990, une liberté intégrale et une expression plurielle de la pensée politique. Le voici donc à l’ère du multipartisme intégral. Ce multipartisme adoubé pendant ses premières heures, car nourri par une sève élitiste de tout crin qui n’hésitait pas à illuminer l’hémicycle de positions savantes. Oh ! Que la première législature était une merveille et que Nicéphore Soglo (Hercule) avait eu chaud. Le débat politique à l’Assemblée nationale était un festin et les invités bien attablés. Ce moment, un pur délice mais après le grand déluge. Il y a eu un grand saut dans l’inconnu avec des pratiques rétrogrades qui se sont très vite inscrites en habitude. La clochardisation de la chose politique et de l’homme politique a pris le pas sur les discours élitistes et envieux de ce temps devenu trop court et même passager. Ces moments de gloire du débat politique sont du passé, laissant libre cours au mensonge politique, à la délation, à l’affront et à l’irrespect. Autant de tares que les instants de réformes œuvrent clopin-clopant à corriger. Donner plus de dignité à la politique, c’était le dernier souci. Ce temps de gloire du débat politique n’a été qu’un bref passage. Après, la chute et la fin.

 

Le  multipartisme sauvage

 

L’idéal prôné à la Conférence nationale a vite tourné court par le coup de grâce assené par les grands manitous de la politique sauvage. Cette politique qui n’exulte plus la critique savante et constructive, mais fait le tapis rouge aux hérésies comme l’appartenance ethnique, le sectarisme et l’intrusion néfaste de l’argent. Ce dernier vice a tout décimé sur son passage. Il a été le vecteur nocif de la déstabilisation totale de l’approche partisane et du militantisme qui a tout de même permis de renverser le régime militaro-marxiste d’antan. L’argent a changé les personnages. Les grands lutteurs d’hier étaient devenus des hypocrites. La politique était devenue un jeu et les partis pouvaient se créer par un claquement de doigt. Parlant de partis politiques, il en existait de toutes les formes. Certains le créent juste par plaisir, d’autres avaient des partis sans militant ou nés pour faire du marchandage pendant la période électorale et qui disparaissaient juste après. Sur un coup de tête, on pouvait créer impunément son parti et ne jamais s’en servir. Du coup, de quelques partis politiques créés après la Conférence nationale, on est passé à une centaine. Les meetings politiques qui, entre-temps, étaient des moments de réflexion sur l’avenir du pays ont été transformés en moment de distribution d’argent et de vivres. Mieux, pour un oui ou un non, un acteur politique pouvait quitter un parti et créer le sien sans crier gare. Au-delà d’un jeu, la politique était devenue un commerce assez rentable avec l’hérésie de location de logo, d’achat de partis politiques, de naissance de politiciens professionnels et de transhumants sauvages. Ce multipartisme intégral qui devrait permettre la diversité des idées et des pensées est devenu un multipartisme débridé. L’hymne au non-sens et à l’imposture était chantée et scandée. Cela a duré 26 ans. 26 bonnes années sans vraie boussole politique, sans grande vision politique porteuse de développement. 26 années d’errements faits de personnification des partis politiques, de politisation des militants et même de dénaturation de la chose politique. On peut y voir une lecture pessimiste du tableau peint, mais il est juste de reconnaître que nous avons erré. Ce n’était pourtant pas faute de l’avoir dit. Cependant, la voix des quelques bons grains à l’époque était soigneusement perdue dans le désert.

 

2019 et un autre tournent majeur

 

Patrice Talon avait parlé de la réforme du système partisan mais, les habitués de la politique vorace voyaient cela comme un slogan politique. C’était l’erreur à ne pas commettre. Cette réforme du système partisan sera, quoiqu’on dise, le troisième tournant de l’histoire politique du Bénin après 1972 et 1990. Elle marque un changement radical comme en 1990, de la pratique politique au Bénin. Il est vrai que le Bénin n’a pas changé de régime, il est vrai que les institutions existent et fonctionnent normalement, il est également vrai que les fondamentaux sont toujours en place, mais il reste vrai que quelque chose a changé. Ce qui change, c’est le choix des dirigeants et le mode d’animation de la vie politique. Ce qui change, c’est désormais la fin du multipartisme sauvage et une représentativité assez remarquée des partis politiques. Ce qui change, c’est aussi la responsabilisation des dirigeants politiques. L’œuvre d’assainissement du paysage politique se mène sans relâche avec comme priorité, une réorganisation totale de l’échiquier. Les hommes s’habituent peu à peu à la nouvelle donne non sans peine. C’est le propre des grands changements. Le Bénin passera certainement ces instants de réglage politique pour retrouver d’ici quelques années son rythme.

 

Hospice Alladayè

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