Législatives d’avril 2019:Le dernier rêve brisé de Yayi

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Après dix années de gestion presque absolue du pouvoir d’Etat, l’ancien président  a voulu se recycler  « président du Parlement ». On l’aura tous compris, pour l’avoir abandonné à contrecœur,  Yayi  Boni  donne l’impression d’être toujours hanté par le vertige du pouvoir.
Nous vivons actuellement une autre époque. C’est Patrice Talon qui est l’actuel maître de céans. Ils  nous ont bassinés  une décennie durant, « le pouvoir est d’essence divine ».  C’est à lui que le bon Dieu a confié nos destinées. D’ailleurs, à quelques détails près, il en prend bien soin. En tout cas, il ne nous a pas encore déçus. Les manifestations d’impatience légitimes, qui épisodiquement viennent perturber notre quiétude, s’estomperont au fil des réalisations du Nouveau départ.  Mais de grâce, que le Prince  n’agite plus le spectre de son retour. Il l’avait assez répété, le fauteuil présidentiel n’est pas un « banc » : il  n’y a  donc pas de place pour plusieurs personnes à la fois. Mais, quelqu’un nous avait promis de devenir pasteur après le pouvoir, alors qu’est devenu ce rêve ?  Entre-temps, après la parenthèse 2006-2016, le Bénin  a pris un autre virage, et présente un nouvel aspect, résolument tourné vers le progrès, et  une réelle émergence, pour utiliser ce mot qui était cher aux caciques de l’époque.  Le drame, c’est que les années du pouvoir, ainsi que l’échec à transformer l’essai, ne leur ont pas servi de leçons. En effet, la clique a passé son temps à « vociférer », au lieu de composer un bon dossier de « conformité ». Oui,  pourquoi n’avoir pas recouru à l’intelligence politique du député Eric Houndété, ou de son compère Candide Azannaï à temps?   Patrice Talon,  l’a si bien compris, dépassé qu’il était par l’amateurisme du camp d’en face, qu’il s’est offusqué, demandant à Eric Houndété lors du dernier face-face,  si les Fcbe, son nouveau parti,  ne pouvaient pas lui demander conseils. Malheureusement, du côté de l’opposition, c’était n’était pas encore le temps de la réflexion. On « faisait du sport » pour  amuser la galerie. C’est pathétique, mais humain.

Cette impréparation n’est d’ailleurs pas la faute politique la plus grave commise par l’opposition ces derniers mois. L’incompréhensible, c’est leur incapacité à se mettre ensemble. Pourquoi une telle mésentente, sinon une telle mésintelligence ?  Une liste unique de l’opposition aux législatives aurait été l’idéale. Pourtant selon les indiscrétions, Candide Azannaï a tout essayé, mais on voulait lui imposer des « jeunots » venus hier en politique. Il n’a certainement  pas bravé autant de  tempêtes en  politique pour se faire dicter sa conduite ou la ligne à tenir. L’autre, évidemment, fort de son pouvoir financier, pense qu’il peut imposer sa logique à tous,  à coup d’espèces sonnantes et trébuchantes. Estomaqué et carrément touché dans sa dignité, le « philosophe politique » s’est indigné : « l’argent de la drogue, Gué kuè » ! Il ne pouvait pas pousser le bouchon plus loin. Résultat,  l’opposition s’est éclatée. Deux anciens présidents de la République, et d’autres politiciens pas des moindres, n’arrivant pas à accorder leurs violons et à s’entendre sur le minimum à la veille d’une élection majeure, c’est un gros échec ! Ils partent divisés, alors que dans le camp d’en face, au moins, il y a une cohésion autour de deux blocs. En temps opportun, ils n’auront que  leurs yeux pour pleurer.

Echec et mat

Au demeurant, on peut penser que la bête est atteinte, parce qu’ils avaient réclamé à cor et à cri une rencontre d’échanges et de vérité avec Patrice Talon. Malheureusement, lundi dernier, ils ont brillé par leurs absences. Une fois de plus, c’est Candide Azannaï et Eric Houndeté qui ont eu le courage politique de se prêter au jeu et d’aller au front. Tous les Béninois avaient rêvé, hélas, d’un moment politique fort et qui fera date : Yayi Boni, Nicéphore et Rosine Soglo et les autres en face du président Patrice Talon. Ils auraient certainement réussi à infléchir la rigueur affichée par le chantre du Nouveau départ. Décidément, ils ont à nouveau fait un mauvais calcul, laissant Théophe Yarou, Guy Mitokpè, Azannaï et Houndeté  au front, livrés à eux-mêmes. Ce n’était pas une jolie scène à voir : Conséquences, le boulevard est tout tracé pour l’opposition pour les législatives. Après les larmes des lendemains de l’attentat de Paris, d’autres mouchoirs devront être sortis.

A beau mentir qui vient de loin.  Le rêve de la majorité à l’Assemblée pour le l’opposition devient ainsi un mirage. C’était une ambition noble et réalisable. Mais, il aurait fallu qu’il soit mûrement réfléchi. Avec une stratégie politique bien pensée. Toute forme d’ironie mise à part, l’histoire politique récente du Bénin, n’a-t-il pas montré que de l’exil, on peut organiser la classe politique de sorte à avoir la majorité au Parlement ? C’est bien possible. Sébastien Ajavon, Yayi Boni, et le président Soglo, auraient pu transformer l’essai. Mais, apparemment « Agbonnon », s’est réveillé très tôt. Et vient de les envoyer de nouveau au tapis. Il va falloir le prendre sportivement. La politique, comme le dirait le sociologue français, est aussi « un sport de combat ».

Jean-Paul Mahugnon

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