Les grands ensembles pour une riposte efficace en Afrique

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La pandémie du Coronavirus impose à tous les Etats du monde de prendre des mesures idoines pour sauver l’humanité. Ainsi, chaque pays mène la lutte suivant son génie et ses moyens. En Afrique, si les luttes contre le Coronavirus à l’échelle des pays est indispensable, une lutte plus efficace passerait plutôt par une riposte communautaire.

Un seul cas positif au Coronavirus sur un point du globe est une menace pour toute la planète. Le virus se propage, en effet, à une vitesse telle qu’elle échappe au contrôle de dispositifs et de mesures classiques. Dans cette lutte collective contre la Covid 19, l’Afrique doit tenir compte de sa situation économique pour engager une lutte communautaire. Prenant conscience de la réalité de la propagation, chaque Etat essaie de protéger ses citoyens en édictant des normes qui visent à limiter la propagation du virus aux fins de l’endiguer. Au plan international, l’Organisation mondiale de la santé a recommandé le lavage indéfini des mains dans une même journée, l’éternuement ou le toussotement dans le creux du coude, la distanciation sociale, le port de masque à usage unique, et si nécessaire, l’utilisation des gels hydro-alcooliques. En plus de ces mesures qui entrent désormais dans les réflexes humains, chaque Etat fait la politique de ses moyens avec la mise en œuvre de la mesure du confinement intégral ou partiel, la mise en quarantaine de personnes provenant de territoires infectés, la prise en charge de sujets testés positifs par isolement, la fermeture ou non des frontières nationales, l’instauration du couvre-feu, l’érection de cordon sanitaire… Les forces de sécurité sont mises à contribution pour faire respecter les directives dont l’ensemble devient pour le citoyen à faible revenu des contraintes difficilement supportables. La discipline dans l’observance de mesures préventives préconisées par chaque Etat africain contre le Coronavirus apparaît dorénavant comme la panacée pour vaincre une pandémie qui a apeuré tous les citoyens du globe terrestre, sans considération de race, de condition sociale, de conviction philosophique ou religieuse. Dans le contexte africain, le combat solitaire comprend des insuffisances. Pour plus d’efficacité dans la lutte contre cette pandémie qui se révèle être celle du 21è siècle, il faut des actions concertées. Car, la vitesse de propagation de ce virus, requiert des dirigeants du monde entier une synergie d’action. Et l’Afrique dispose d’instruments communautaires pour faire reculer ce mal contre lequel les laboratoires médicinaux peinent à trouver un remède efficace universellement admis.

 

Exploiter les espaces communautaires du Nord au Sud de l’Afrique

 

Point n’est besoin de rappeler que les frontières nationales des pays africains sont poreuses et que la fermeture des frontières n’est pas une mesure efficace. De même, point n’est besoin de rappeler qu’en Afrique, les vertus de solidarité sont toujours de mise et perpétuées à telle enseigne que les fréquentations sont aux antipodes de l’individualisme grandissant qui s’observe en Occident. Historiquement, les peuples d’Afrique sont des peuples frères, partageant les mêmes cultures et la même civilisation. Mais avec la balkanisation du Continent par le fait de la colonisation, il est apparu les notions de frontières qui séparent les peuples jadis unis par des liens culturels séculaires. Le panafricanisme prôné par le panafricaniste Kwamé N’Krumah et épousé par beaucoup d’autres leaders africains a sous-tendu et continue de sous-tendre la création d’espace communautaire comme la Cedeao, l’Uma, l’Uemoa, la Cen-Sad, le Comesa, l’Igad, la Ceeac, la Cemac, l’Eac, la Sadc. Certains de ces ensembles sont inclus dans d’autres. Et certains pays forment des intersections avec deux ou plusieurs autres ensembles communautaires. Alors, sous l’égide de l’Union africaine, une répartition géostratégique peut être envisagée afin de regrouper les 55 Etats africains en cinq ensembles communautaires :Premièrement, le Maghreb. Deuxièmement, la Cedeao. Troisièmement, le Comesa (Common Market for Eastern and Southern Africa ou Marché commun de l’Afrique orientale et australe, exceptée la Libye). Quatrièmement, la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) et cinquièmement la Sadc (Southern African DevelopmentCommunity ou Communauté de développement d’Afrique australe exceptée les pays appartenant déjà au Comesa). Sans oublier la Coi (Communauté de l’océan indien) qui a une réalité spécifique. L’objectif est de confiner les citoyens de tous les Etats africains dans des espaces plus étendus afin de réduire la pénibilité résultant de cette mesure.

 

L’Afrique prise de court

 

Le bilan des victimes de Covid 19 sur le continent africain à la date du 15 avril 2020 paraît soutenable. Mais, il faut craindre le pire. Pour que la lutte contre le Coronavirus ou Covid 19 soit vaincu avec un bilan mortel marginal, il aurait fallu que l’Union africaine anticipe sur sa riposte. Suivant l’évolution de l’actualité de l’épidémie déclarée en Chine et qui allait vite prendre l’allure d’une pandémie après avoir décimé l’Europe et lui faire payer un lourd tribut, l’Union africaine aurait pu réunir les Chefs d’Etat pour envisager des ripostes communautaires africaines. Cette stratégie aurait pour avantage de supporter au mieux les périodes de confinement. Mais à la date du 14 avril 2020, le bilan fait peur, même si, comparé à l’Occident, il n’est pas aussi effroyable. L’Afrique du Nord est plus touchée par la pandémie avec des milliers de personnes infectées, d’un taux de mortalité se chiffrant à plusieurs centaines et de nombre de patients guéris quasi marginal. L’anticipation de l’Union africaine aurait pu éviter au Continent d’être aussi touché. Au Bénin, le bilan à la date du 14 avril est de 35 cas déclarés, 18 personnes guéries et malheureusement un décès. Beaucoup de mesures sévères sont prises par l’Exécutif pour vaincre le virus. Si elles doivent encore perdurer longtemps, le bas peuple en souffrirait énormément. Mais c’est aussi à ce prix qu’il est possible de venir à bout de cette pandémie. Les populations trouveraient de soulagement si la solidarité communautaire s’était exprimée. L’Afrique peut toujours encore trouver dans son génie les moyens de lutte efficace souples contre la Covid 19 en ne comptant pas davantage plus de morts dans les semaines à venir. Et ce, au détriment des velléités géopolitiques et de géostratégiques des grandes puissances mondiales et de firmes internationales qui y trouvent un moyen d’exterminer l’Afrique.

 

Jean-Claude Kouagou

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