Lettre ouverte:Des citoyens écrivent à Nicéphore Soglo

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Les dernières déclarations du président Nicéphore Soglo après sa visite à son homologue Yayi Boni, n’ont pas plu à ses compatriotes. Elles ont carrément révulsé quatre citoyens, qui l’ont fait savoir à travers cette lettre ouverte.  Ils rappellent à l’ancien chef de l’Etat un ensemble de faits et actes historiques qui devraient l’amener à prendre un peu plus de hauteur. Lire la lettre.

Monsieur le Président,

 

Il nous plaît, nous citoyens du Bénin, de vous faire part de notre opinion quant à une partie des déclarations qui sont les vôtres et qui alimentent l’opinion publique depuis peu de temps.

Qu’il soit entendu que nous ne vous dénions pas le droit d’avoir et d’exprimer vos positions quant à la gestion publique de l’Etat béninois. Votre auguste qualité d’ancien président de la République, votre parcours exceptionnel et la contribution qui a été la vôtre dans la perpétuelle construction de la Nation béninoise sont autant d’éléments pour lesquels vos avis sur les affaires publiques sont plus que souhaitables, elles sont exigées.

Toutefois, la place privilégiée qui est la vôtre dans notre République n’est pas sans obligations. Ainsi, vous avez, quand vous prenez publiquement la parole, l’impérieux devoir de pondération et de sagesse. En déclarant qu’au cours de votre tournée dans les pays de la sous-région, vous avez de facto demandé à ce qu’aucun prêt ne soit accordé au Bénin, vous avez failli à vos  devoirs. Vous avez fauté Monsieur le Président. Vous avez lourdement fauté.Votre attitude condamnable n’est pas sans poser la problématique de l’éthique de l’opposition dans les moyens qu’elle met en œuvre dans ses actions et aussi, en ce qui vous concerne particulièrement, votre patriotisme.

Faut-il en effet rappeler au dirigeant étatique et communal que vous avez été l’importance des prêts et aides financiers dans notre développement ? Lorsque ces prêts et aides sont accordés, ne sont-ils pas dans l’intérêt des populations ? Lorsque vous en appelez donc de fait à leur suppression, à qui faites-vous du tort entre les pauvres populations béninoises et les dirigeants politiques ? Pensez-vous donc qu’il faille faire de la question de l’aide au développement une arme politicienne contre le régime au pouvoir ? Si oui, pouvez-vous indiquer au peuple béninois l’efficacité d’une telle arme ? Nous vous posons cette question au regard d’un certain nombre de précédents quant au recours des sanctions économiques contre un régime. Dans un pays de la sous-région, la suppression de l’aide financière du principal partenaire a-t-elle fait tomber le régime au pouvoir ? À Cuba, en Iran, en Libye à une certaine époque, en Russie, en Syrie, en Irak. Avez-vous eu l’impression que les sanctions financières ont-elles infléchies les événements dans le sens souhaité par ceux qui prenaient ces sanctions ? Au final,  dans la quasi-totalité de ces cas cités, qui a le plus payé des conséquences négatives de ces politiques de sanction,  si ce n’est les pauvres populations ? Pourquoi donc diantre préconisez ce type de sanctions,  alors que vous connaissez leur inefficacité envers ceux contre qui elles sont prises,  leur nuisibilité, voire leur dangerosité, contre ceux pour qui vous prétendez lutter, les populations ?En outre,  Mr le Président, pensez-vous qu’il faille mêler des étrangers à nos problèmes ? Voulez-vous faire croire que vous n’êtes pas assez averti de ce que la plupart des mésententes internes qui ont vu l’intervention des étrangers ont été davantage aggravées ? Les cas sont légions en Afrique, tant dans le passé qu’à l’heure actuelle qui démontrent que la préoccupation essentielle des étrangers qui s’immiscent dans les différents entre frères d’un même pays est de diviser de plus en plus ces derniers.

 

Mr le Président, ce qui est davantage incompréhensible chez vous est cet acharnement obsessionnel dont vous faites preuve pour crier à la face du monde la supposée ingratitude du président Patrice Talon à l’encontre de votre personne et de celle  votre famille. L’examen des faits ne vous donne malheureusement pas raison.

Premièrement, faut-il vous rappeler que le président Talon, à son retour au Bénin dans la période de la fin du régime marxiste-léniniste, a eu un intérêt marqué pour la politique comme tous les Béninois à l’occasion de la Conférence nationale. Au-delà de sa proximité avec votre beau-frère, Feu Désiré Vieyra, aussi modeste qu’a été sa contribution, il a été l’un de vos soutiens de la 1ère heure à l’élection présidentielle de 1991 quand peu de personnes vous voyaient vainqueur face aux mastodontes candidats  politiques de l’époque.

Deuxièmement, tant pendant les élections législatives de 1995 que pendant la présidentielle de 1996, il a été un de  vos fervents soutiens et partisans. Ce qui lui a valu l’hostilité et les représailles du général Mathieu Kérékou,  finalement vainqueur de la présidentielle de 1996. Cette adversité ne l’a pas pour autant conduit a cessé toute manifestation de solidarité et de soutien à l’endroit de votre parti politique, la Renaissance du Bénin. On prête en effet,  à certains ex-barons de votre formation politique, des secrets d’alcôves selon lesquels vos élus à la représentation nationale bénéficieraient de sa part d’une substantielle largesse mensuelle de deux millions de nos francs.

Troisièmement, votre incohérence politique laisse parfois dubitatifs les citoyens que nous sommes. Pour ne prendre que le cas de la dernière présidentielle, vous avez, vous et votre chère et tendre épouse, désavoué votre fils Léhady, alors chef de la Renaissance du Bénin (Rb), en portant un choix contraire au sien. Vous vous êtes personnellement investi pour la victoire du candidat Talon,  que vous connaissez depuis 28 ans et qui a toujours été disponible pour vous. D’où vient-il que maintenant vous faites comme si vous le découvrez ?

Quatrièmement, s’il y a deux choses sur lesquelles vous savez pouvoir toujours compter, ce sont la mansuétude et la pudeur des Béninois. Ces derniers ont en effet la délicatesse de ne pas vous rappeler les travers qui ont été les vôtres pendant votre mandat de président de la République. Vous ont-ils rappelé vos attaques tous azimuts contre le général Kérékou qui vous répondait par un silence plein de dignité ? Ont-ils rappelé à votre souvenir la charge outrancière que vous avez portée contre le même Général en plein sommet de la Francophonie en 1995 ? Avez-vous entendu de leur part la saisie des véhicules de campagne du Prd en pleine campagne des législatives en 1995 ? Tout comme vos compatriotes, faites preuve Mr le Président des mêmes mansuétudes et pudeur à l’endroit de votre plus lointain successeur et fils, le président Patrice Talon.

Cinquièmement, toujours dans la logique de cette mansuétude et de cette pudeur, il ne vous a pas été tenu rigueur des errements de votre gestion à la Mairie de Cotonou. En effet, un rapport de l’Ige a relevé des entorses à l’orthodoxie financière et administrative. On peut citer à cet effet :

les recrutements des agents à l’issue de simple entretien de connivence ;

la main d’œuvre oisive que constituaient les assistants des chefs d’arrondissement ;

l’élaboration de budget complémentaire contraire à la loi ;

les achats, d’après les factures, dépassant les prix en vigueur sur le marché ;

la réparation des véhicules à des prix exagérément élevés ;

des voyages somptueux et inopportuns, des études aux montants manifestement surfacturés (étude sur l’image de marque de votre auguste personne ainsi que l’étude relative au recensement des organisations de la société civile par la société Turbo Service Plus) qu’ont révélé certaines pièces de dépenses.

Comme vous pouvez le constater Mr le Président, ce ne sont pas des raisons qui manquent,  pour que le peuple béninois et ses dirigeants fassent de vous un paria. Le respect, la tolérance, la bienveillance sont autant de valeurs qui prévalent dans certaines attitudes. Les Béninois et les Béninoises attendent de vous que ces valeurs soient indéfectiblement les vôtres.

Ainsi, il ne fera aucun doute que vous porterez un tout autre regard sur les causes réelles et objectives qui ont conduit l’opposition politique à se disqualifier elle-même pour les dernières législatives. On ne peut en effet en arriver à une toute autre conclusion lorsque :

le parti Restaurer l’Espoir présente des mineurs comme membres fondateurs (personne née en 2000 pour un parti créé en 2006) ;

les Forces Cauris pour un Bénin Emergent (Fcbe) ont présenté des dossiers avec des failles béantes et qui étaient plus préoccupées par des sorties qualifiées de politique de leur leader Yayi Boni ;

l’Usl qui n’a trouvé rien de mieux que de présenter comme président d’honneur une personne condamnée.

Au regard de tous ce qui précèdent, nous ne sommes toutefois pas en mesure de comprendre les raisons profondes de certaines de vos attitudes. Des questions demeurent vivaces dans nos esprits quant à  aversion que vous portez au président Patrice Talon que vous faites semblant de ne connaître que récemment alors que votre amitié est de longue date.

Quels sont les réels motifs de vos agissements ? S’agit-il d’une histoire d’accord non respecté ? La révocation de votre fils à la tête de l’Exécutif de la mairie de Cotonou ou alors de son départ du Bénin ? S’agit-il du fait qu’il ait été demandé aux anciens chef d’Etat d’honorer leurs factures d’eau, d’électricité et d’eau pour lesquelles ils perçoivent déjà une indemnité dans leur traitement ?

Autant de questions qui, nous l’espérons vivement, saurons vous inspirer une introspection bénéfique pour la paix sociale et la cohésion nationale.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, nos plus profondes marques de respect et d’amour patriotique.

 

Antoine Kakpo, Instituteur à la retraite

Donatien Houémin, Infirmier d’État à la retraite.

Micheline Sovimi, Comptable

Odile Kpèdétin, Agent du développement rural à la retraite.

 

 

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