Lutte contre le Vih/Sida au Bénin:Des avancées…, la stigmatisation et l’appui nutritionnel, un casse-tête

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Depuis plusieurs années, le taux de prévalence du Vih/Sida s’est maintenu autour de 1,2 % au Bénin. Un  taux réaliste pour certains, mais  flatteur  pour d’autres. Si l’on peut se réjouir du fait que les ruptures de stocks de molécules et réactifs sont moins fréquentes, il est à déplorer que  beaucoup de Personnes vivant avec le Vih (Pvvih) sont toujours victimes de stigmatisation, alors que l’appui nutritionnel nécessaire fait défaut à certains pour faire face leur maladie.

Gbèdonou Houéto est très sollicité. Et pour cause ! Il est Chargé des programmes d’une Ong qui regroupe près de 700 associations de Personnes vivant avec le Vih (Pvvih), le Rebap+. Il  revient du Rwanda où il a présenté, lors de la 20ème Conférence internationale sur le Vih/Sida en Afrique, une  communication  sur « les déterminants de l’observance antirétrovirale au Bénin: cas des patients des sites de « Dist » et de « Racines Ong ». Assis dans un large fauteuil au siège de l’association à Cotonou, il porte un regard critique sur la prise en charge des Pvvih. Selon lui, la majorité des Pvvih  au Bénin est confrontée à deux difficultés majeures : la stigmatisation et à la pauvreté. En observateur privilégié du phénomène depuis plusieurs années, il préconise un accompagnement rapproché et une prise en charge globale des patients en situation critique. Car, la vraie difficulté, déclare-t-il, c’est l’appui nutritionnel « puisque beaucoup de personnes sous Arv, n’arrivent toujours pas à avoir un repas par jour ». La prise des Arv dans ces conditions, est un danger énorme. Par ailleurs, revenant sur les points saillants de l’étude présentée à l’Icasa, le Chargé des programmes de Rebap+ rappelle qu’au Bénin, la diabolisation du Vih/Sida continue de mettre les populations dans une position hostile vis-à-vis des patients aussi bien dans leurs familles, leurs localités que leurs milieux de travail. De même, la représentation erronée de la maladie chez les populations continue de provoquer la stigmatisation et par conséquent la discrimination des patients à plusieurs niveaux ; ce qui engendre des pertes d’emploi qui plongent ces patients dans la pauvreté chronique, les privant de moyens financiers pour, non seulement, se nourrir convenablement, mais également se déplacer vers leur site pour les consultations et les dotations en Arv. Cette situation aggrave inéluctablement l’état de santé des patients et suscite à nouveau de la stigmatisation en raison des signes cliniques visibles du Sida qui persistent de ce fait sur le patient.

 Humaniser le Vih/Sida

 Le Secrétaire exécutif du Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls), bras armé de l’Etat dans la riposte contre le Vih/Sida, installé depuis 3 ans, reste, pour sa part, confiant par rapport à la maîtrise de la maladie. Dr Melchior Aïssi ne donne plus de vieux jours aux Vih au Bénin, d’abord parce que selon lui, la perception de l’Etat a changé, ce qui fait que davantage de moyens ont été mis à la disposition du Culs pour refréner son évolution, mais ensuite, parce que beaucoup de personnes sous Arv au Bénin, vivent une vie normale avec une charge virale indétectable et donc, ne sont plus contaminants. Ses convictions sont renforcées par l’évolution du Vih/Sida au Rwanda, où la maladie a perdu beaucoup de terrain, parce qu’ayant été « humanisée ». « En fait, il faut parvenir à leur faire admettre que, si  quelqu’un est positif après son test, cela doit être considéré comme une maladie ordinaire. Cette personne peut tout faire, et même avoir des enfants. Il suffit juste d’être bien accompagné. A partir de là, on comprend que le Vih n’est plus un problème de santé publique. C’est une maladie  comme le palu ou l’hypertension. Il suffit de prendre ses médicaments tous les jours. Il peut  y avoir, en fonction de la physiologie de chacun, des effets indésirables au départ. Mais  actuellement, il y a pas mal de personnes au Bénin qui sont sous Arv depuis plusieurs années et qui se portent  bien », déclare-t-il. 

Selon le Secrétaire exécutif du Cnls/Tp, le premier 90, c’est au niveau de la population qu’il faut l’atteindre, en faisant en sorte que tous ceux qui portent la maladie en soient informés, et en prennent conscience. Pour cela, il faut jouer sur la prévalence au niveau des populations passerelles ou groupes cibles, c’est-à-dire les utilisateurs de drogues dures, les homosexuels, les prostituées. « C’est ce que l’expérience du Rwanda nous permettra d’atteindre. En effet, au Rwanda, il y a, au moins, 90% de ceux qui sont malades qui se connaissent.  Il y a aussi 90%  qui sont sous médicaments, c’est-à-dire sous Antirétroviraux (Arv) ; et, sur ceux qui sont sous médicaments, 90 % ont un taux indétectable de Cd4, et donc ne sont plus contaminants », ajoute-t-il.

 

 

 

Implication des communautés

 

Selon Dr Hortense Houssin, Coordonnatrice de Racines Ong, le nombre de Pvvih actuellement au Bénin, avoisinerait 73 000. Parmi eux, 44 000 sont sous traitement et près de 35 000 présentent une charge virale indétectable. C’est pourquoi, elle reste optimiste par rapport à l’atteinte des 3/90 d’ici fin 2020 au Bénin. Située au fin fond de Cotonou à Agla Akplomey, Racines Ong est aussi l’un des sites les plus fréquentés et les plus en vue dans la prise en charge des Pvvih au Bénin, après le Cnhu et l’hôpital de zone de Suré-Léré. Dans une ambiance détendue et gaie, les agents de santé s’affairent autour des malades. Dans son  bureau situé au 2ème étage du vaste immeuble, Dr Hortense  Houssin enchaîne tête-à-tête et entretiens avec les invités et son personnel. Selon la coordonatrice, avec l’implication des communautés, il est possible d’atteindre les 3/90. En effet, poursuit-elle, parmi les Lgbtq, où le taux de prévalence est de 7 %, seuls 15 cas ont pu être dépistés en 2017. En 2018, avec une forte implication des agents de santé, 200 cas ont été dépistés, mais, avec le recrutement des pairs éducateurs, 1000 ont été dépistés en l’espace de 3 mois en 2019. Pour elle, avec la poursuite du principe, dépistés/traités, ainsi que la gratuité totale des médicaments et le paiement des frais de déplacement, la donne pourrait substantiellement changer. Ensuite,  chaque Centre d’information de prospective et concert (Cipec), rappelle-elle, doit devenir la famille du patient. En outre, il faudrait un renforcement permanent du Service Vih avec d’autres subventions recherchées par les responsables du site. Il faudrait aussi un  suivi rapproché du patient par le service social, afin qu’il y ait un degré de confiance élevé entre personnel soignant et patient. Le but recherché c’est qu’il y ait  un recours réflexe au personnel (Service social) par le patient en situation critique pour le moindre problème.

 

Persistance de la stigmatisation

 

L’optimisme affiché par les uns et les autres n’est pas totalement partagé par Valentin Nassara, président du Conseil d’administration du Rebap+. Sinon le taux de prévalence de 1,2% est un taux flatteur : « De nouvelles personnes viennent toujours sur les Cipec ». C’est pourquoi, le Pca du Rebap+ propose d’étendre le dépistage gratuit à tous les hôpitaux privés et publics. A cela, il faudrait ajouter la sensibilisation, la gratuité des réactifs, les subventions aux hôpitaux privés, l’accompagnement psychosocial, l’aide à l’observance, l’éducation thérapeutique et le partage d’expériences. L’atteinte de l’objectif 90-90-90 suppose, selon le Chargé des programmes, entre autres, l’observance antirétrovirale au niveau de chaque personne vivant avec le Vih. Or, au Bénin, malgré la disponibilité du service Vih, le pari d’accès permanent au traitement antirétroviral n’est pas encore gagné chez la majorité des personnes vivant avec le Vih/Sida. A cela, s’ajoute le fait que depuis 2 ans, le Fonds mondial a réduit ses subventions, d’autres ont été réorientées. Du coup, cela s’est fait ressentir sur le volet appui nutritionnel. Pour Gbèdonou Houéto, la stigmatisation dont est victime beaucoup de malades fait que d’autres choisissent des sites très éloignés de leurs domiciles pour leur prise en charge. A cela s’ajoutent des appareils et certains plateaux techniques dégradés. Il cite en exemple le Centre de santé de Natitingou où le manque de réactif fait qu’il est difficile de faire les tests de Cd4. Or, ajoute-il, « la mesure, en temps réel de la charge virage, est nécessaire pour voir si la quantité de virus a diminué ».

 

« Les Arv sont maintenant disponibles partout »

 

Du côté du Cnls, malgré ses difficultés, on estime que beaucoup de choses ont été faites en trois ans, et des avancées engrangées. Notamment, au niveau de la disponibilité des Arv et de l’Etme. « Depuis 2016, la disponibilité des Arv ne pose plus problème », déclare Dr Melchior Aïssi. Avant d’ajouter : «  C’est vrai que l’année dernière, nous avons eu un problème de molécules, mais cela a été géré. Etre sous traitement Arv, et ne pas trouver son médicament, ce n’est plus possible aujourd’hui au Bénin. Il a été mis en place un dispositif de suivi des stocks.  Cela nous permet d’avoir des stocks de sécurité nous permettant de tenir 3 mois au moins. 6 mois avant la fin du stock si certains produits manquent,   nous prenons déjà les dispositions pour les remplacer. Les Arv sont disponibles maintenant partout ».

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