Lypso au sujet de la réalisation:« Un réalisateur est à l’image de Dieu »

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« Lypso » ou « Apocalypso », de son vrai nom Cédrick Aïtchedji, est un jeune réalisateur né en 1990. En trois années de pratique, il s’est très tôt mis dans le rang des meilleurs réalisateurs du Bénin (2ème meilleur réalisateur selon le classement de Bénin top 10 éd. 2018). Dans cette interview, il parle de la réalisation et des raisons qui l’ont amené à s’engager dans cette profession.

Qu’est-ce qu’un réalisateur ?

Quand on me pose la question de savoir quel est mon métier, je réponds ‘‘Je réalise la vie des gens’’. Un réalisateur est à l’image de Dieu. C’est comme si Dieu avait un puzzle devant lui et qu’il bougeait les morceaux jusqu’à avoir une image parfaite, la création qu’il veut. C’est exactement ce que le réalisateur fait. Il doit rassembler plusieurs pièces pour donner quelque chose de cohérent.

Quelles sont les qualités d’un réalisateur?

Parlant des qualités, il faut d’abord avoir de l’art, avoir de l’imagination, être créatif. Il faut surtout être rigoureux dans le travail, car la rigueur constitue la base du travail. C’est en mettant de la rigueur dans mon travail tout au long de mon parcours que j’en suis arrivé là. Mes formateurs ne me laissaient même pas m’approcher du matériel à mes débuts. Le matériel est ce qu’il y a de plus important. C’est justement pour ça que sur mes tournages, je ne me laisse pas distraire par quoi que ce soit. Je reste professionnel. Cela, afin d’obtenir le résultat escompté. Un réalisateur sur un lieu de tournage doit rester concentré et ne doit pas se laisser distraire par ce qu’il voit, que ce soit ses amis ou des connaissances.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler sous le pseudo Lypso ?

A la base, j’étais slameur, mais je n’avais pas les moyens pour enregistrer. Mais il faut dire que dans le temps, j’aimais le travail abattu par le réalisateur « Genesis ». J’étais donc parti le voir afin qu’il m’aide à tourner un clip. Il m’a dit son prix, mais je ne pouvais même pas lui payer la moitié de ce qu’il avait réclamé. Cependant, avant de quitter son studio, je lui ai demandé la raison pour laquelle il a choisi ce nom. Il m’a expliqué que ça veut dire la Genèse. Comme je cherchais un nom aussi, j’ai alors choisi Apocalypso (Apocalypse). Avec le temps, le pseudo est devenu « Lypso ».

Quelles ont été vos motivations en tant que réalisateur ?

En effet, j’avais des difficultés à m’auto-produire en qualité d’artiste-slameur. J’ai donc fait une formation en ingénierie du son et j’enregistrais les artistes. Je travaillais dans un projet d’art thérapie avec les malades mentaux dans un centre psychiatrique. J’avais donc déplacé mon studio dans le centre où j’enregistrais les patients. Un collaborateur avec qui je travaillais dans le projet m’avait donné une petite caméra. A chaque fois, il me demandait de faire des vidéos. Mais moi, je voulais une caméra Canon 5d mark 2. Si je n’ai pas cette caméra, je ne peux pas travailler. Un jour, mon collaborateur m’a conseillé de commencer avec la petite caméra en attendant d’en payer d’autres. C’est comme ça que j’ai commencé la réalisation. Dans le temps, j’avais enregistré un album pour les malades mentaux. J’ai ensuite tourné toutes les vidéos de l’album. Petit à petit, j’ai pu faire des économies. C’est ce qui m’a permis d’acheter mes premiers appareils de travail. Actuellement, j’ai tout ce qu’il faut, notamment un drone, la grue, des caméras de nouvelle génération.

Depuis quand êtes-vous dans ce corps de métier?

Ça fait trois ans environ.

Qu’est-ce qui particularise vos réalisations ?

A la base, je peignais des tableaux d’art et cela nécessitait vraiment beaucoup de créativité. Cette créativité que j’ai développée dans l’art plastique m’aide aujourd’hui dans la réalisation des clips. Il m’arrive très souvent de peindre des tableaux que je mets dans le décor des clips ou je le demande à des décorateurs et c’est vraiment très beau. Ça sort de l’ordinaire. Et par ce canal, je veux vendre l’Afrique au monde.

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. En trois ans, vous faites partie des meilleurs réalisateurs béninois. Quels sont vos secrets ?

Les gens ont vraiment aimé mon premier clip que j’ai tourné dès que j’ai eu le matériel adéquat. Cela m’a permis d’avoir un carnet d’adresses bien fourni et de réaliser pleins d’autres clips avec des artistes du label « Je viens du Bénin » (Jvdb). A force de travailler chaque jour, j’ai acquis de l’expérience. Donc, mon ascension est venue grâce à mon travail et à ma rigueur.

Qui sont les artistes avec lesquels vous avez collaboré ?

J’ai travaillé avec Crisba, X-time, Pélagie et Amikpon, Hintchévô, Blaaz, et beaucoup d’autres artistes. Il serait vraiment difficile de les citer tous, car j’ai travaillé avec la plupart des artistes béninois.

Vous avez évoqué le label « Je viens du Bénin ». Récemment sur Facebook, dans une publication, le leader du label ne vous a pas cité parmi les meilleurs réalisateurs. X-time s’était-il trompé ?

[Rire] Dans cette publication, X-time n’a pas fait qu’omettre le nom de Lypso. Il y a aussi des réalisateurs comme Monel Sagbo et certains de nos aînés qui n’ont pas été mentionnés. Je ne saurais répondre à votre question en lieu et place de X-time. Il faudra lui poser directement la question.

Y aurait-il, pour ce précédent, une brouille entre X-time et vous?

Je n’ai aucun problème avec X-time et franchement je ne pense pas qu’il ait le droit de faire un post pareil. Après la polémique, il est entré en contact avec moi et a tenté de m’expliquer qu’en mettant « Jvdb films », il m’avait inclus, car lorsque nous travaillons ensemble sur un projet, nous mettons « Jvdb Films » et à la fin, nous ajoutons X-time et Lypso. Un peu pour dire que Lypso fait partie de « Jvdb films ». Moi, je lui ai juste répondu que le public ne me connait pas en tant que membre de Jvdb, mais en tant que réalisateur solo « Lypso shoot It ». Alors pour un post pareil, il n’avait pas à m’inclure dans le label « Jvdb Films ». Il m’a répondu que si je ne comprenais pas moi-même que je faisais partie de son label, c’est que le problème vient de moi. Mais admettons que j’accepte encore que mon nom soit inclus dans « Jvdb Films », où met-il tous les autres réalisateurs qui, je le reconnais, sont excellents. Sont-ils tous aussi nuls selon lui ? Et ajoutons que malgré le fait que « Cass Lee » fasse partie du label Jvdb, cela n’a pas empêché X-time de le mentionner à part entière dans son post.

Vos relations avec le label Jvdb ont-elles pris un coup suite à cette polémique ?

J’avoue que oui. La collaboration n’est plus la même comme avant cette publication. Les relations se sont plutôt dégradées entre nous.

Et quelles sont vos relations avec les autres réalisateurs du pays ?

Parlant de mes relations avec les autres réalisateurs, je dois dire qu’elles sont bonnes. Monel Sagbo, par exemple, est un frère pour moi. On est tout le temps ensemble et on travaille sur beaucoup de projets en commun. Si certains réalisateurs ont besoin du matériel pour le travail, ils viennent me voir.

Lypso, quels sont vos objectifs ou vos projets?

Mon rêve, il est tout simple. Et quand je l’aurais réalisé, je pourrai dire que j’ai atteint par la même occasion mon objectif. Mon rêve est de créer au Bénin, un centre de formation en audiovisuel digne du nom pour former des réalisateurs. Si je pourrais avoir des partenaires qui vont offrir des bourses de formations aux jeunes qui n’ont pas les moyens afin qu’ils se forment dans ce métier, ça aidera à la concrétisation de la majeure partie de mon rêve car je veux vraiment créer une usine à former des réalisateurs et c’est déjà en marche. Puis, je me mettrai uniquement à la réalisation des films. Le reste c’est que j’ai envie de travailler avec certains artistes de renom et je suis sûr que par mon travail, j’y arriverai.

Que direz-vous pour clore cet entretien ?

Je dirai juste à tous les jeunes qui veulent faire de la réalisation de s’y mettre avec les moyens qu’ils ont, que ce soit un téléphone portable ou une petite caméra. De faire des montages. Ils ne doivent forcément pas attendre avec le matériel le plus sophistiqué pour commencer à faire ce qui les passionne. Merci !

Propos recueillis par Mohamed Yasser Amoussa & Ariane Ahissou (Coll)

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