Maladies tous azimuts en période d’inondation:Le constat dans les quartiers Sènadé 2 et Irédé

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Les pluies qui se sont abattues sur la ville de Cotonou et environs depuis le mois d’octobre rendent la vie dure aux populations. Plusieurs quartiers sont inondés et les voies sont impraticables. Cette période est propice à la prolifération de plusieurs maladies hydriques dont le paludisme. Un tour dans les quartiers Sènadé 2 et Irédé dans le 2ème arrondissement de Cotonou permet de toucher la réalité du doigt.

Plusieurs quartiers de la ville de Cotonou sont sous les eaux après les dernières pluies. C’est le cas des quartiers Sènadé 2 et Irédé dans le 2ème arrondissement. Les rues sont inondées et les voies difficiles d’accès. Les populations souffrent le martyr. Richard Akissohé est habitant au quartier Sènadé. Il a du mal à rallier son lieu de travail en ces temps de pluie. Il estime qu’en dehors de cette difficulté, il y a des risques de maladies dues aux flaques d’eau qui stagnent dans les rues. « Le plus dur, c’est qu’on tombe malade parce que nous passons tout le temps dans ces eaux souillées. Nous cohabitons avec les moustiques. Ce qui multiplie les maladies pendant cette période à cause des eaux », a-t-il déclaré. Dame Edith Eclou partage le même sentiment. Mère de famille, la cinquantaine, elle habite dans une maison inondée. Devant son étalage de condiments, elle partage ses difficultés. « Nous vivons des moments difficiles en ces temps de pluie. D’habitude, en cette saison, nous ne faisons pas face à une telle quantité d’eau. Cette année, c’est pire », a-t-elle lâché. Selon ses propos, sa benjamine est actuellement malade. Elle n’a pas pu aller à l’école parce qu’elle a contracté le paludisme. John Kessan, apprenti vitrier, est dans le même cas. Il est allé à son lieu de travail dans la matinée du 19 novembre 2019, mais n’y a pas pu rester parce que ne se sentant pas bien. Il a du se faire consulter par un agent de santé qui lui a prescrit des médicaments. Il impute son état de santé dégradant aux eaux souillées qui jonchent sa maison. Plus loin toujours dans le 2ème arrondissement, précisément au quartier Irédé, nous avons rencontré Bénédict Itadolou. Couturier de profession, il habite une maison dont la clôture fait corps avec une maison R+2 inachevée. Entre sa clôture et la maison inachevée, se trouve un grand réceptacle d’eau. A la question de savoir comment il vit l’inondation due aux dernières pluies, il a déclaré qu’il la vit très mal. Pour justifier son argumentaire et se référant particulièrement à ce réceptacle d’eau se trouvant derrière sa clôture, il a confié qu’il y a de cela quelques semaines, toute sa famille a été affectée par la pandémie du paludisme. Ces enfants ont été hospitalisés à l’hôpital d’Ayélawadjè. « Avec les moustiques, les crapauds et les cafards qui proviennent de ces eaux souillées, nous sommes tous tombés malades. Nous nous sommes rendus à l’hôpital de zone d’Ayélawadjè pour les soins. Les analyses ont révélé que c’est le paludisme en plus de diverses infections liées à ces eaux qui stagnent après chaque pluie. Suite aux analyses, nous avons reçu les premiers soins. On nous a ensuite prescrit des médicaments pour poursuive les soins à domicile. Pour le moment, on ne s’est pas encore retrouvé », a-t-il laissé entendre. Pour finir, il a invité le gouvernement à évacuer les eaux. « Cela va beaucoup nous avantager puisque cela constitue un nid aux moustiques. C’est trop », a-t-il conclu.

 

Le paludisme et les infections respiratoires

Nombreuses sont les personnes qui sont menacées par diverses maladies durant cette période d’inondation. Selon les spécialistes en santé que nous avons interrogés, il s’agit surtout des maladies hydriques dont le paludisme et les infections respiratoires. En réalité, l’accumulation des eaux sert de gîtes aux larves de moustiques. Cela augmente les risques de contraction du paludisme. De nombreuses personnes sont tentées de boire de l’eau de pluie ou de l’utiliser pour le ménage notamment pour faire la vaisselle ou pour laver les aliments etc. Ce faisant, ils s’exposent aux maladies hydriques qui sont néfastes. Egalement, après les pluies abondantes, les rues se remplissent d’eau dans certains quartiers de la ville. Ces eaux sont utilisées par les enfants, soit pour s’y baigner ou pour y jouer.

 

Les manifestations du paludisme

Le paludisme est causé par les moustiques. Il se manifeste avant tout par la fièvre. Il est caractérisé par la survenue d’épisodes aigus de fièvre (accès palustres). Il ne débute pas toujours de façon bruyante. Les premiers symptômes (fièvre, céphalées, frissons, vomissements, douleurs musculaires), qui apparaissent en général une dizaine de jours après la piqûre de moustique, peuvent, en effet, être peu remarqués. L’accès de primo-invasion correspond aux symptômes qui se manifestent chez les personnes infectées pour la première fois, comme les jeunes enfants et les voyageurs ayant jusqu’alors vécu en zone indemne de paludisme. Lorsqu’elle est bien traitée, la primo-invasion guérit en quelques jours. L’évolution varie selon l’espèce parasitaire en cause. Chez les sujets atteints d’un paludisme à Plasmodium vivax et à Plasmodium ovale, des rechutes peuvent survenir plusieurs semaines ou plusieurs mois après la première infection, même s’il n’est plus dans la zone impaludée. En l’absence d’un traitement rapide, le paludisme à Plasmodium falciparum peut s’aggraver rapidement jusqu’au décès. Ce type de Plasmodium est responsable d’accès palustres graves, dits pernicieux qui traduisent une atteinte cérébrale (neuro-paludisme). Ils se manifestent par une fièvre très élevée (41-42 °C), des troubles neurologiques graves avec des troubles de la conscience (convulsions, coma, signes de méningite) et divers signes généraux (anémie importante, hypoglycémie, troubles de la coagulation et hémorragies, atteinte du foie et des reins).Chez certains patients, l’accès pernicieux survient d’emblée sans qu’il n’y ait eu de phase de primo-invasion.

Quid des infections respiratoires ?

Pour ce qui est des infections respiratoires, elles sont causées par des microbes. Elles comprennent le rhume, la grippe et la bronchiolite. Selon les informations recueillies dans les centres de santé sillonnés par notre équipe de reportage, en dehors du rhume et de la grippe, ce n’est pas normalement le moment où l’on assiste à la bronchiolite qui fait partie des infections respiratoires aigües. Selon les propos des agents de santé rencontrés, les bronchiolites viennent souvent en période d’harmattan où le temps est un peu sec. « Là, c’est le contraire. Même, malgré les pluies, on a eu beaucoup de cas cette année dont des cas graves et qui n’étaient pas habituels. En dehors de ça, on a aussi les maladies digestives, les diarrhées, les vomissements», ont-ils fait savoir.

 

Les conséquences sur la santé, le niveau d’étude et l’économie

Les conséquences des maladies subséquentes aux inondations ne se limitent pas aux seuls sujets attaqués ; elles concernent les enfants, les parents, donc les familles et toute la nation. Par rapport aux enfants, de par les manifestations des maladies contractées, ils peuvent en mourir, ou au meilleur des cas, ils sont hospitalisés ou immobilisés à la maison pendant le traitement, et du coup leurs rendements scolaires baissent à cause  de leur absence au cours. Quant aux parents, les frais médicaux liés aux soins donnés aux enfants malades pèsent sérieusement sur le budget familial, ce qui peut entraîner l’incapacité de faire face à d’autres  dépenses, incompressibles souvent du foyer. Et comme les maladies issues des inondations n’épargnent personne, si les parents eux-mêmes tombent malades, non seulement cela crée des dépenses imprévues supplémentaires, mais aussi et surtout cela freine et bloque leurs activités professionnelles et commerciales. Ce qui impacte négativement les finances des familles et même l’économie nationale.

Les enfants, la couche la plus touchée pendant cette période

En dehors des personnes âgées, la tranche d’âge la plus touchée pendant cette période d’inondation ou d’après pluie, ce sont les enfants, notamment ceux de 0 à 5 ans. Un tour dans les cliniques et centres de santé publics, nous a permis de nous rendre à l’évidence. C’est, entre autres, le cas à l’hôpital de Zone de Suru-Léré dans le deuxième arrondissement de la ville de Cotonou. Le constat est alarmant. Le nombre d’enfants hospitalisés est impressionnant et les médecins sont débordés. Idem pour la clinique de pédiatrie et de néonatologie située à Sènadé dans le même arrondissement. Les médecins sont débordés. Ils sont plusieurs à consulter les enfants, mais malgré ça, ils excèdent l’heure indiquée pour la consultation. Si la saison des pluies est favorable à la recrudescence de certaines maladies chez les enfants, le cas devient préoccupant pendant cette période d’inondation.

Benjamin Hounkpatin apprécie les dispositions des formations sanitaires

Le gouvernement du président Patrice Talon est conscient de la prolifération des maladies en période d’inondation et de crue à Cotonou et environs. En bon veilleur; L’Exécutif a déjà  pris son bâton de pèlerin pour prévenir le paludisme, l’une des maladies qui prolifère en cette période. C’est dans cette logique que le ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin, a effectué, mardi 05 novembre 2019, une descente dans le département de l’Atlantique. Accompagné d’une forte délégation, il a visité quatre zones sanitaires de ce département. Il est allé apprécier le niveau de préparation des formations sanitaires face à la plausible éruption du paludisme dans quelques semaines. De l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi/Sô-Ava, au centre de santé d’Akassato en passant par ceux de Glo-Djigbé et de Godomey, l’assainissement, l’hygiène ou les capacités d’accueil répondent aux normes recommandées. Prenant la parole, le ministre de la Santé a remercié les responsables à divers niveaux qui ont pris les dispositions pour faire face à d’éventuelles maladies. « Le niveau de préparation est très bon. Les relais communautaires maîtrisent bien leur sujet », a-t-il déclaré. C’était aussi l’occasion pour Benjamin Hounkpatin de constater le déroulement de la phase pilote de l’Assurance maladie du projet Arch. Il faut rappeler que c’est l’augmentation de la pluviométrie liée à la variation climatique qui est à l’origine de l’éruption de cette épidémie.

Les Conseils du pédiatre et néonatologue Aboubacar Adegbindin

La saison des pluies est une période où les maladies dictent leur loi. Caractérisée par l’humidité et l’abondance des eaux insalubres, elle s’accompagne aussi de certaines maladies comme le paludisme, les infections respiratoires etc. Les plus vulnérables restent les enfants, qui innocemment jouent souvent dans les eaux souillées ignorant les problèmes de santé auxquels ils s’exposent. Dans cet entretien, le docteur Aboubacar Adegbindin, pédiatre à la clinique de pédiatrie et de néonatologie à Sènadé et Conseiller à l’Ordre national des médecins du Bénin dévoile les dispositions à prendre pour être à l’abri des risques de maladies en période de pluies.

Le Matinal : La période des pluies avec l’inondation des voies est à l’origine de plusieurs maladies. On constate que nombreuses sont les personnes qui se rendent dans les centres de santé pour se faire consulter.  Confirmez-vous cela ?

 

Dr Aboubacar Adegbindin : Ah oui. Avec les dernières pluies, on a une affluence terrible dans les centres de santé. Avec les consultations, on est débordé. Beaucoup de personnes sont malades, notamment les enfants.

 

Qu’est-ce qui justifie cela ?

 

Ce sont les pluies avec toutes ses conséquences avec les inondations, les microbes, les maladies. Et lorsqu’on aborde l’aspect des maladies, les plus courantes sont le paludisme et les infections respiratoires.

 

Tout comme l’affluence des personnes dans les centres de santé, notamment les enfants, c’est une période où l’on observe également une flambée en terme de maladie ?

 

Bien sûr. Pendant la période des pluies, on a constaté une flambée de toutes les maladies. Donc, il va de soi que les statistiques aussi augmentent. Quand il ne pleut pas, on a un taux plus ou moins raisonnable. Mais pendant la période des pluies, nous sommes vraiment débordés. Il y a des périodes où on consulte à deux ou à trois. On ne finit pas avant 14h parce qu’il y a assez de monde. Les enfants tombent trop malades. Alors que quand on n’est pas en période de pluie, c’est gérable.

 

Comment protéger les enfants pendant cette période surtout qu’on voit des apprenants patauger dans l’eau chaque fois ?

 

Quand je prends le paludisme, les précautions à prendre sont celles habituelles que tout le monde connait. D’abord, il faut éviter les flaques d’eaux qu’il y a dans les maisons. Les jarres, les boites de conserve où l’eau se dépose, il faut tout jeter. Ne pas permettre qu’il y ait de l’accumulation de l’eau autour de l’entourage. Pour les maisons, il faut grillager les portes et fenêtres et dormir sous moustiquaires imprégner, surtout pour les enfants. Changer et faire imprégner régulièrement les moustiquaires. Surtout les après-midis, fermer les portes et grillager bien les fenêtres pour éviter l’entrée des moustiques. Mais si malgré ça, les premiers signes arrivent, il faut aller consulter son médecin, son personnel de santé, un pédiatre en particulier. Par rapport aux infections digestives, c’est l’hygiène. Les vomissements, les diarrhées, c’est souvent contagieux. C’est viral. Normalement, il doit y avoir un vaccin contre le rota virus, mais ce vaccin n’est pas encore disponible chez nous, mais c’est d’abord les précautions d’hygiène. Hygiène de l’eau, hygiène alimentaire, hygiène des habits des enfants. Les précautions après, c’est le suivi normal. On n’attend pas que son enfant tombe malade avant d’aller consulter son médecin ou son pédiatre. Les consultations sont systématiques. Là, ça permet de prévenir beaucoup de choses après.

 

Quels conseils avez-vous à donner aux autorités et aux parents ?

 

Le conseil que j’ai à leur donner, c’est de dire à nos autorités d’assainir notre milieu de vie. Ça ne va pas du tout. On passe partout, c’est de l’eau accumulée. Que chacun joue son rôle. L’Etat central a son rôle à jouer dans les rues et les maisons. Entre-temps, quand nous, on était petit, pendant les périodes du genre, l’Etat répand des insecticides dans les flaques d’eaux pour tuer les larves des moustiques, les gites larvins. Par rapport à la population, c’est l’hygiène. Chacun doit prendre soin de lui, même si l’Etat a également son rôle à jouer. Chacun doit pouvoir faire le ménage autour de lui. Notre entourage doit être vraiment propre, bien s’occuper des enfants et dès que l’enfant tombe malade, on lui donne les premiers médicaments à la maison pour descendre la fièvre et automatiquement il faut se rendre dans un hôpital  pour rencontrer un agent de santé qui pourra dire exactement la cause et mettre le traitement qu’il faut.

 

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