Objet de toutes les récriminations:Le FCfa, une monnaie moderne ou coloniale?

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« Psychologiquement, par rapport à la vision de souveraineté et de gestion de sa monnaie, il n’est pas bien que ce modèle continue, donc la banque centrale de l’Uemoa va gérer la totalité de ses réserves de devises, elle va les répartir auprès des différentes banques partenaires dans le monde ». Ce sont les mots prononcés par le président Patrice Talon, sur France 24 et Rfi, jeudi 7 novembre 2019. Dès lors, a resurgi le vieux débat sur le franc Cfa. Enquête sur les avantages et inconvénients d’une monnaie objet de toutes les récriminations.

« La monnaie est un fait social total », affirmait Marcel Mauss. Elle revêt une dimension économique, politique, sociale, sociétale et religieuse. Utilisé depuis 1947 en Afrique subsaharienne, il est aujourd’hui reproché au franc Cfa d’assécher les réserves et les liquidités de changes des pays africains, en vertu d’accords exigeant le placement d’un certain volume de devises dans un compte d’opérations à la Banque de France. Yann Gwet,  essayiste camerounais, diplômé de Sciences Po Paris, citant Fanny Pigeaud et Ndongo Samba Sylla dans leur ouvrage, « L’arme invisible de la Françafrique : une histoire du Franc Cfa », affirme que « depuis la période coloniale, tout a été fait, afin que les utilisateurs du franc Cfa en sachent le moins possible sur le dispositif qui se cache derrière ces trois lettres énigmatiques ». Dès le début des années 1960 et jusqu’au milieu des années 70, poursuit l’essayiste, la résistance au franc Cfa a été incroyablement vigoureuse. Guinée, Mali, Burkina Faso, Niger, République centrafricaine, Congo, Tchad, Togo, Mauritanie, Madagascar, etc. Tous ces pays se sont rebiffés. « Afin de briser les résistances locales et de faire accepter leur monnaie, les colonisateurs utilisèrent tous les moyens de pression à leur disposition et n’hésitèrent pas à recourir alternativement au droit colonial et à la violence », écrivent Fanny Pigeaud et Ndongo Samba Sylla. Ainsi, le principe du tristement célèbre « compte d’opérations », dans lequel la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) et la Banque centrale du Congo (Bcc) doivent déposer la part obligatoire de leurs réserves de changes (50 %), contrepartie de la garantie de convertibilité », selon un mot du président malien Modibo Keita était « illusoire, plus psychologique que réelle ». Car, la « France ne garantit le franc Cfa que parce qu’elle sait que cette garantie ne jouera pas effectivement ». D’ailleurs, l’arrimage à l’Euro fait ainsi subir au franc Cfa, les fluctuations de la monnaie européenne, ce qui affecte les exportations des pays de la zone. Selon Elom Kodjoh-Kpakpassou, étudiant à l’Eneam, à Cotonou, c’est donc à raison que le président Patrice Talon, s’agissant de la situation des réserves de la Bceao, affirme que « psychologiquement, par rapport à la vision de souveraineté et de gestion de sa monnaie, il n’est pas du tout bien que ce modèle continue ». Pour le jeune étudiant, il est difficile à comprendre que depuis 1947, le Cfa soit la « seule » monnaie commune entre les pays de la zone Franc.  Sa valeur évolue en parallèle avec celle de l’Euro du fait de la parité fixe avec cette dernière.  C’est Paris qui, à travers un accord de coopération internationale garantit la convertibilité du franc avec l’Euro de façon illimitée. En contrepartie, les Banques centrales de la zone Franc doivent déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sur un compte dit d’ « opérations ». Ce fonctionnement, dénonce sa collègue Mariane Alapini, a un impact assez négatif sur l’économie des pays africains. Pour l’étudiante en effet, « pouvoir définir, créer, battre et gérer sa propre monnaie est un atout incontestable ». 

 

 « Le sort du franc Cfa se décide à Paris et à Francfort… »

 

Elle cite ainsi, en exemple, l’Afrique du Sud, « un pays africain qui compte aujourd’hui parmi les pays développés et qui dispose de sa propre monnaie (le Rand), frappée à l’interne. « Les autorités sud-africaines ont donc la main mise sur la gestion et le fonctionnement de leur monnaie, ce qui leur donne la possibilité d’orienter leur politique monétaire en fonction des problèmes et des besoins de leur économie», ajoute-elle. Avant de conclure avec un brin de dérision : « Les pays comme le Bénin, le Togo ou le Niger qui utilisent encore une monnaie battue en Europe, après plus d’un demi-siècle d’indépendance sont toujours en voie de développement. La différence est claire et évidente : un pays qui ne détient pas le pouvoir absolu sur sa propre monnaie ne peut prétendre au développement », conclut-elle. Pour sa part, Landry Christian Orekan étudiant en 2ème année de Statistiques économiques et sectorielles, apprécie le fait que pour une « première fois », un chef d’Etat africain parle ouvertement du retrait des réserves de change du franc Cfa déposées à la Banque de France. Dénonçant, par ailleurs, l’obligation faite aux pays de la zone franc d’effectuer un dépôt de 50% de leurs réserves de devises au Trésor français, Landry Christian Orékan,  estime que ses dépôts privent les pays de liquidités et leur fait perdre une partie de leur souveraineté.  « Le sort du franc Cfa se décide à Paris et à Francfort, or les priorités de l’Europe ne sont pas celles des pays Africains. La surévaluation du franc Cfa appauvrit, ainsi, les exportateurs africains dans la mesure où ces derniers perdent des parts significatives de leurs marchés étrangers au profit de leurs concurrents mondiaux. Les Africains perdent également beaucoup d’argent lorsque leurs recettes d’exportations sont converties en euros », déclare- t- il. Seul bémol, ajoute Oloutchegoun François Attere, étudiant en économie, la moitié des pays membres de la Cedeao ne remplissent pas encore les critères de convergence macroéconomique.  Autrement dit, « le taux d’inflation dans ses pays c’est-à-dire la hausse/baisse des prix des biens et services sur la période de 2019 doit être égale ou en dessous de 5%. De même, le déficit budgétaire sur la période de 2019 doit être égale ou en dessous de 3% du Produit intérieur brut ; et enfin la réserve brute dans ces pays doit être au-dessus de 3 mois d’importation », ajoute-t-il. Ce qui peine à être le cas.

 

Outil de la « servitude volontaire »

           

Économiste, ancien ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques au Togo, Kako Nubukpo , formule quatre critiques d’ordre économique à l’encontre du franc Cfa. D’abord selon lui, la faiblesse des échanges intracommunautaires.  Ces échanges étant de l’ordre de 10% en Afrique centrale et de 15% en Afrique de l’Ouest, alors qu’ils concernent 60% des échanges en Europe.  La faiblesse de la compétitivité et la répression financière sont également deux éléments à prendre en compte. « Enfin, je suis étonné de voir que les banques centrales, dans des pays aussi pauvres que les nôtres, où la population double tous les vingt-cinq ans, n’aient pas d’autres préoccupations que la lutte anti-inflationniste et n’aient pas d’objectif en termes de croissance économique », écrit-il dans une tribune dans Jeune Afrique. Pour l’économiste togolais, il existe une austérité monétaire préconisée par les banques centrales de la zone franc, en plus de l’austérité budgétaire prônée par le Fmi et la Banque mondiale. Pourfendeur et pas des moindres du franc Cfa, Kako Nubukpo, désormais enseignant aux Etats-Unis, dénonce, à travers le franc Cfa, un système d’assurance qu’offre Paris aux dirigeants africains. Selon lui, le franc Cfa est donc un outil de la « servitude volontaire », car il existe « un paternalisme monétaire » de la part de Paris, qui pense que les Africains ne sont pas assez matures pour gérer leur monnaie.  « Les cinq premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique (Nigeria, Afrique du Sud…) n’utilisent d’ailleurs pas le franc Cfa et ne parlent même pas le français. Au-delà de l’économie, le débat est donc aussi géopolitique. Le franc Cfa est un verrou qui empêche l’Afrique francophone de mûrir », poursuit Kako Nubukpo,   pour qui il urge d’avoir une monnaie en phase avec le marché intérieur et en phase avec le défi démographique en Afrique.  L’économiste béninois, Albert Honlonkou, Agrégé des facultés des sciences économiques, a un point de vue plutôt tranché sur la question.  « Confier la gestion des réserves de changes à la Bceao, avec un renforcement de l’indépendance de la banque est une position tenable. Les techniciens sont prêts. Il suffit d’éviter l’influence politique », déclare-t-il.

 

Un des derniers avatars de la colonisation menée par l’Hexagone en Afrique

 

« Dans une union monétaire, le Bénin n’a d’ailleurs pas besoin d’avoir sa propre monnaie, mais pourra se développer.  Tout est question de gouvernance et des règles d’émission de la monnaie. Si tout est bien réglé, tout le monde bénéficiera de l’éco selon la taille de chaque économie. Seulement le commerce frontalier avec le Nigeria en souffrira et le Bénin doit s’adapter », prévient-il. Des points de vue valables – pour l’abandon ou le maintien du franc Cfa – existent. Mais le choix final ne peut pas seulement reposer sur une analyse passionnelle de cet arrangement monétaire, estime Mark Doumba, Financier franco-gabonais. Il avance dans son analyse que la décision doit plutôt répondre aux réalités économiques des deux zones franc. Celles-ci doivent alors évoluer, explique-t-il, « d’un stade de développement primaire et dépendant des importations à un stade plus industriel et technologique pour être compétitif à l’export ». Par conséquent, le choix du régime monétaire dépendra du rythme auquel les dirigeants de la zone franc amorceront une réelle transformation structurelle de leurs économies. « Le maintien ou l’abandon du franc Cfa ne peut être tranché par les argumentaires. La décision doit s’appuyer sur les facteurs structurels des pays concernés. La politique monétaire est un levier de développement et de croissance. Mais il doit être utilisé selon le contexte macroéconomique », déclare-t-il. Cependant, Kako Nubukpo, s’étonne que quinze ans après la disparition du franc français, qui a laissé place à l’euro, la zone franc subsiste encore, apparaissant ainsi comme un des derniers avatars de la colonisation menée par l’Hexagone en Afrique. « D’un point de vue strictement juridique, il serait d’ailleurs utile de se demander si l’invocation par la France du principe de subsidiarité – pour maintenir l’arrangement monétaire qui la lie aux États africains en vertu du traité de Maastricht, signé en 1992 – est d’une incontestable légalité et d’analyser les contours des responsabilités que prennent, de fait, les autres États membres de la zone euro, dont la monnaie constitue l’arrimage du franc Cfa », écrit l’économiste togolais. Avant de se demander s’il est « normal qu’à l’heure actuelle les États de la zone franc déposent la moitié de leurs réserves de change dans un compte d’opération logé auprès du Trésor français, alors que ces États ont accordé aux deux principales banques centrales de la zone, la Bceao et la Beac [Banque des États de l’Afrique centrale], leur indépendance de jure et de facto? De même, on peut légitimement se poser la question de l’intérêt, pour ces banques centrales, de faire fabriquer leurs billets exclusivement en France, au bénéfice de l’industrie monétique hexagonale et en se privant de la maîtrise du processus de fabrication de leur propre monnaie ». Selon Mariane Alapini, l’adoption de l’Eco comme monnaie unique dans l’espace Cedeao serait un instrument précieux dans le système monétaire international. Cependant avec son avènement, affirme-t-elle, il est à craindre que l’économie nigériane, qui est la plus grande de la sous-région ne domine la politique monétaire et n’en retarde les retombées. « Néanmoins, c’est un risque à courir car perdre le soutien du Nigéria dans ce projet est inenvisageable pour l’union. Etant donné que l’Eco facilitera le commerce, réduira les coûts de transaction et facilitera les paiements entre les 385 millions d’habitants de le Cedeao, cette monnaie unique peut offrir une chance de mettre en place un front collectif et efficace contre les chocs monétaires causés par les politiques mises en œuvre dans le reste du monde », déclare-t-elle.

 

Points de vue d’étudiants

 

Préoccupés par le devenir du continent, mais surtout, par l’impact de la monnaie sur les échanges commerciaux, certains étudiants rencontrés à Cotonou, ont fait part de leurs analyses sur la question. Il en ressort la nécessité d’opérer des réformes urgentes, afin de mettre les pays d’Afrique subsaharienne sur les rails du développement.

Elom Kodjoh-Kpakpassou : « L’Euro fait subir au franc Cfa, les fluctuations de la monnaie européenne »

« Un regard sur les pays du monde nous fait remarquer que les pays développés ou en développement ont tous leurs monnaies qu’elles fabriquent elles-mêmes (ou comme c’est le cas pour l’euro, utilisent la même monnaie gérée de façon collégiale ici par la Bce, Banque centrale européenne). L’exemple palpant est celui du Nigeria voisin avec son Naira. Ainsi, pour qu’un pays se développe, il faudrait qu’il ait la gestion totale et effective de sa monnaie, la politique monétaire étant l’une des principales composantes de la politique économique d’un pays Il convient avant de se prononcer, d’expliquer le fonctionnement du franc Cfa. Le Cfa est en effet depuis 1947 et les accords de Breton Woods la monnaie commune des pays de la zone Franc. Sa valeur évolue en parallèle avec celle de l’Euro du fait de la parité fixe avec cette dernière.  C’est Paris, à travers un accord de coopération internationale, qui garantit la convertibilité du franc avec l’euro de façon illimitée. En contrepartie, les banques centrales de la zone Franc doivent déposer 50% de leurs réserves de change auprès du Trésor Français, sur un compte dit d’ « opérations ».  Le système du franc Cfa prête ainsi le flanc au procès du néocolonialisme du fait notamment de déposer 50% des réserves au Trésor Français. Ce dépôt prive les pays de la zone de liquidités. Par ailleurs, les gouverneurs de la Bceao (Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest) et Beac (Banque des Etats de l’Afrique centrale) n’ont pas les coudées franches pour faire varier le cours de la monnaie, la parité avec l’euro les obligeant à calquer leur politique sur celle de la Bce, or les priorités de l’Europe ne sont pas celles des pays africains.  L’arrimage à l’euro fait subir au franc Cfa, les fluctuations de la monnaie européenne, ce qui affecte les exportations des pays de la zone. C’est donc à raison que le président Patrice Talon, s’agissant de la situation des réserves de la Bceao, affirme que « Psychologiquement, par rapport à la vision de souveraineté et de gestion de sa monnaie, il n’est pas du tout bien que ce modèle continue ». La Bceao va donc désormais gérer la « totalité de ses réserves de change pour les repartir dans les différentes banques partenaires ».

 

Oloutchegoun François Atterey : « La moitié des pays membres de la Cedeao ne remplit pas encore les critères de convergences macroéconomiques »

      

 « Le respect des critères liés au déficit budgétaire et l’inflation reste un défi ultime pour faciliter la création d’une monnaie unique afin que nos réserves soient plus envoyés au trésor publique Français par conséquent la gestion sera confiée à la banque centrale. A l’heure où l’on parle plus de la moitié des pays membres de la Cedeao ne remplissent pas encore les critères de convergences de la macroéconomique. Autrement dit , le taux d’inflation dans ses pays c’est-à-dire la hausse/baisse des prix des biens et services sur la période de 2019 doit être égale ou en dessous de 5% ; de même le déficit budgétaire sur la période de 2019   doit être égale ou en dessous de 3% du produit intérieur Brute. Enfin, la réserve brute dans ses pays doit être au-dessus de 3 mois d’importation et le paradoxe est que 50% de nos réserves sont conservés au trésor publique français .Aucun pays à l’ère de la mondialisation ne peut vivre en autarcie. De ce fait les échanges commerciaux doivent s’opérer entre pays et le reste du monde. Ainsi, la monnaie joue un rôle très important dans le commerce international : Le Taux de change. Il est donc indispensable que chaque pays batte sa monnaie pour faciliter le commerce internationale. Pour sortir de cette auberge la création de la monnaie est indispensable pour faire taire toutes ses critiques. Et à mon point de vue,il faudrait que chaque pays du monde créée sa propre monnaie pour plus de compétitivité ».

 

 Nikina  Zinsou : «  Nous  sommes encore sous le contrôle de nos colonisateurs »

 

« Les pères de l’indépendance en Afrique avaient pour mission ultime de mettre les pays africains sur les sentiers de l’émergence. Nous évoluons certes, mais nous qui ne battons pas nos propres monnaies, sommes encore sous le contrôle de nos colonisateurs. Nous savons tous que le FCfa a été créé par la France pour quelle puisse contrôler la vie économique et même politique de ses colonies d’antan. Mais comment se fait-il qu’après plus de 55 ans d’indépendance, nous nous servons encore de cette monnaie ? L’économiste togolais qualifie cet état de «servitude volontaire». Le Nigéria est actuellement le pays le plus développé de l’Afrique car elle bat sa propre monnaie. Mieux, la Grande Bretagne a récemment quitté l’Union Européenne pour avoir désormais une monnaie propre à elle. Par conséquent, il sera tout à fait juste d’être du même avis que Kako . Pour résumer, nous avons une initiative de réalisation d’une nouvelle monnaie dans l’espace Cedeao mais sous la contrainte d’un pays comme le Nigeria qui représente d’ailleurs les 2 tiers du Pib de cette communauté. La Grande Bretagne, l’une des plus grandes souverainetés, faisait partie de l’Ue, mais aujourd’hui elle a décidé de prendre le large. Du coup je crois que l’adhésion du Nigeria à l’Eco est certes envisageable, mais pas réalisable ».

Mariane Alapini, Stat2, Eneam : « Un pays qui ne détient pas le pouvoir absolu sur sa propre monnaie ne peut prétendre au développement »

 

« La gestion du FCfa, monnaie aujourd’hui utilisée dans quatorze pays africains, est en grande partie du ressort de la France. Le fonctionnement actuel de cette monnaie a un impact assez négatif sur l’économie des pays africains qui s’en servent. En effet, en contrepartie de la garantie de convertibilité du Cfa en Euros, les banques centrales africaines ont pour obligation de déposer 50% de leurs réserves officielles sur un compte d’opérations auprès du Trésor Public Français. Cette condition nécessaire au fonctionnement du FCfa prive les pays de liquidités qui pourraient être utilisées pour répondre à d’autres besoins. Alors, il est totalement pertinent de penser à confier la gestion de cette monnaie aux banques centrales africaines et cette position que défend le Président Patrice Talon est le point de départ de l’indépendance monétaire des anciennes colonies françaises d’Afrique. Avec le concours des Chefs d’Etat de tous les pays concernés et une détermination farouche à se libérer du joug du néocolonialisme, la gestion du Cfa doit être entièrement déléguée aux Autorités Africaines qui sauront s’en servir pour amorcer le développement du continent.  La monnaie, intermédiaire des échanges et réserves de valeur est d’une importance capitale dans la politique économique d’un pays. Ainsi, pouvoir définir, créer, battre et gérer sa propre monnaie est un atout incontestable pour tout pays qui aspire au développement. Et nous disposons de nombreux exemples qui renchérissent cette idée. Prenons par exemple le cas de l’Afrique du Sud, un pays africain qui compte aujourd’hui parmi les pays développés du monde. Cette nation dispose de sa propre monnaie (le Rand) qui est frappée à l’interne. Les autorités sud-Africaines ont donc la main mise sur la gestion et le fonctionnement de leur monnaie, ce qui leur donne la possibilité d’orienter leur politique monétaire en fonction des problèmes et des besoins de leur économie et par conséquent de contribuer fortement et effectivement au progrès de leur pays. Par contre, d’autres pays comme le Bénin, le Togo ou le Niger qui utilisent encore une monnaie battue en Europe après plus d’un demi-siècle d’indépendance sont toujours en voie de développement. La différence est claire et évidente : un pays qui ne détient pas le pouvoir absolu sur sa propre monnaie ne peut prétendre au développement ».

 

Landry Christian Orèkan, : « Le sort du FCfa se décide à Paris et à Francfort, or les priorités de l’Europe ne sont pas celles des pays Africains. »

 

« C’est la première fois qu’un chef d’Etat parle ouvertement du retrait des réserves de change du FCfa déposé à la banque de France. Il s’oppose donc à l’idée selon laquelle les banques centrales de la zone franche doivent déposer 50% de leurs réserves auprès du trésor français. Le président béninois encourage ainsi la vision de souveraineté et de gestion de sa propre monnaie. Je pense que cette position est actuellement tenable dans la mesure où, depuis  début octobre passé, le ministre français des finances Bruno Le Maire avait déclaré que la France était ouverte à une réforme ambitieuse de la zone franc. Il est donc temps que nous arrachions notre indépendance monétaire en gérant notre propre monnaie. La monnaie est un instrument du développement économique . Elle joue un rôle essentiel sur l’équilibre macroéconomique. Il existe dès lors, un lien indissoluble entre la monnaie et le développement. Ainsi, un pays qui arrivait à battre sa propre monnaie dispose d’une garantie de développement. Dans cette optique , le Togolais Nubukpo dit vrai à mon humble avis lorsqu’il affirme  : «  les pays qui ne battent pas monnaie ne peuvent se développer ». En fait, le développement d’une nation est synonyme d’un certain niveau de souveraineté, d’autorité et de libre expression. J’estime qu’aucune Nation ne peut se développer tout en étant sous la domination d’une autre Nation. Les pays ne disposant pas de leurs propres monnaies sont victimes d’une dépendance monétaire. A l’exemple des pays membres de la zone franc qui sont dans l’obligation d’effectuer un dépôt de 50% de leurs réserves de devises au trésor français, remarquons que ces dépôts privent ces pays de liquidité et leur fait prendre une partie de leur souveraineté. De plus, « le sort du FCfa se décide à Paris et à Francfort, or les priorités de l’Europe ne sont pas celles des pays Africains. »

 

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