Opinion de Roger Gbégnonvi:Soglo-Yayi, ange tutélaire comme Gantin l’Ancien

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Le professeur et ancien ministre en charge de l’Alphabétisation, Roger Gbégnonvi mène une réflexion sur la place qui sied aux anciens présidents Nicéphore Soglo et Yayi Boni. Il s’agit d’une place déjà revendiquée dans la République par le Cardinal Bernardin Gantin et que Nelson Mandela et Jerry Rawlings ont occupé pour servir leurs pays.

Après trente années au sein du gouvernement de l’Eglise aux côtés du Saint-Père, retiré à Cotonou en sa résidence du bord de mer, le Cardinal Bernardin Gantin se faisait appeler l’Ancien. Celui qui a quitté le pouvoir de décision et qui rayonne désormais de la seule autorité de conviction qui sous-tend le pouvoir de décision. L’Ancien, celui que le Chef de l’Etat pouvait solliciter pour que, les voyant ensemble sur le perron de la Marina, le peuple revînt d’une colère ponctuelle et renouât avec la vertu de la patience. L’Ancien, celui à qui l’épiscopat demandait avis et conseils pour que soit épanouie et solide la foi catholique au Bénin. L’Ancien, autorité morale. Recours quand se lève le vent et que tangue le navire.

En vertu des articles 42 et 44, la Constitution du 11 décembre 1990 est pourvoyeuse d’anciens Présidents de la République vivants. Cacochymes ou encore pleins d’allant, il est important qu’ils aient été au sommet de l’Etat et en soient revenus, revêtus d’office de la toge de l’autorité morale, autorité de conviction, pour dispenser avis et conseils, chacun avec le charisme qui est le sien. Chacun, d’office, Ange tutélaire comme Gantin l’Ancien. Aucune idée de revanche ne les torture. Sinon ils pourraient, simple supposition, succomber à la tentation de nuire à l’Etat et au pays en se faisant suppôts des réseaux sociaux, qu’ils inonderaient à grands frais en intox destinées à pourrir la vie à leur successeur. Car un ancien dirigeant d’un pays du Sahel est soupçonné, simple soupçon, d’attiser le terrorisme dans son pays. Ensanglanter son propre pays pour affaiblir l’Etat parce qu’on ne le dirige plus, c’est accueillir Satan en Afrique. Nos anciens présidents vivants ne laisseront pas l’enfer entrer au Bénin. Ils ne se feront pas instruments de Lucifer pour fissurer eux-mêmes l’édifice qu’ils ont contribué à élever et qui est toujours en chantier. Ils ont quitté le pouvoir et savent que la seule convenance en démocratie africaine, pour le progrès de l’Afrique, consiste, pour eux, à protéger, par avis et conseils discrets, le pouvoir politique qu’ils ont quitté.

Ils ont quitté le pouvoir et ont à présent une vue claire de tout ce qu’ils auraient pu faire autrement ou mieux pour placer le Bénin définitivement sur orbite de développement. Pendant que leur successeur affronte, comme eux aussi naguère, mille et un problèmes à résoudre dans l’urgence et qu’il n’a pas le temps de regarder au loin, eux, avec le recul, ont une vue globale deschoses. Ils ont donc, simple suggestion, initié des cercles de réflexion en vue de propositions d’action pour le progrès de l’homme au Bénin : 1- Comment réunir les ethnies pour en finir avec le puzzle bricolé par le colonisateur et faire du Bénin une nation. 2- Comment donner l’écriture à chaque Béninois pour que le Bénin sorte de son village mental, chaque Béninois étant plus à même de prendre en main son destin. 3- Comment obtenir des couples béninois qu’ils sauvent le Bénin de la fougue nataliste irresponsable à l’origine de la démographie débordante et dévastatrice qui précarise nos existences et casse tout élan vers le haut. Trois lieux exemplaires, non exhaustifs. Ce qui importe, c’est que les conclusions de chaque chantier de réflexion pour l’action initié par nos anciens présidents soient transmises à celui qui peine à la tâche, là où ils ont peiné, à la tête du pays. Ce faisant, ils servent l’Etat, affermissent la République et bâtissent la nation. Avec honneur et dignité.

Voilà un mode opératoire parmi d’autres. Nos anciens Chefs d’Etat choisiront celui qui leur permet de continuer à aimer le Bénin. On présume seulement qu’ayant quitté le pouvoir politique, Nelson Mandela et Jerry Rawlings ont continué de travailler, sans rancune et sans rancœur, à l’élévation de l’Afrique du Sud et du Ghana, que Nelson Mandela et Jerry Rawlings ont été toujours déjà Ange tutélaire comme Gantin l’Ancien. On présume qu’il sied à nos anciens présidents d’être, eux aussi, Ange tutélaire comme Gantin l’Ancien.

 

Roger Gbégnonvi

 

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