Patrice Talon à cœur ouvert avec l’hebdomadaire panafricain:L’intégralité de l’interview accordée à Jeune Afrique

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Le président de la République, Patrice Talon, a accordé une interview exclusive au magazine panafricain Jeune Afrique. Sans langue de bois l’actuel locataire du palais de La Marina a abordé plusieurs sujets d’actualité. Les réformes politique, judiciaire, ses relations avec Candide Azannaï, Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji, ses relations avec les anciens présidents Yayi Boni et Nicéphore Soglo et la Présidentielle de 2021, sont entre autres sujets sur lesquels le chef de l’Etat a opiné. Ci-dessous publiée l’intégralité de cette interview. 

Jeune Afrique : Dès le début de la pandémie de Covid-19, vous avez fait le choix de ne pas procéder à un confinement général des onze millions de Béninois. Sept mois plus tard, alors que votre pays a enregistré 2250 cas et une quarantaine de décès, considérez-vous que cette décision était la bonne ?

 

Patrice Talon : Difficile, tant qu’on n’aura pas entrevu le bout du tunnel, de répondre de façon catégorique. Ce choix a été fait de bonne foi en fonction de critères objectifs, à défaut de certitudes absolues. Santé, survie économique, habitudes culturelles, moyens à notre disposition : tout cela a été pris en compte du mieux possible et je crois que la suite ne nous a pas donné tort – tout au moins pour l’instant.

 

Beaucoup de débats, notamment économiques, ont éclos à propos de l’impact de cette pandémie. Vous vous êtes ainsi positionné contre un moratoire de la dette pour les pays africains, contrairement à certains de vos pairs tel le Sénégalais Macky Sall. Pourquoi ?

 

Soyons clairs : il ne s’est jamais agi de prendre position contre le président Macky Sall, mais de préconiser une solution possible à un problème commun. Ne pas honorer nos engagements vis-à-vis de la dette en est une. Continuer de les honorer afin de préserver notre crédibilité et notre signature en est une autre et c’est celle que je souhaite. Cela passe, c’est vrai, par le recours à un endettement supplémentaire, mais c’est l’option qu’ont choisie les pays européens et c’est dans cette dynamique que les Africains doivent s’inscrire s’ils veulent être pris au sérieux. Le monde se finance par la dette, ce ne sont pas les moratoires, les dons et la générosité qui permettent le développement. Les pays riches seraient bien inspirés de nous aider à trouver des ressources nouvelles plutôt que nous encourager à choisir des solutions de facilité ponctuelles et non durables. Telle est mon opinion et je constate que les grandes agences de notation ne nous donnent pas tort. Si le Bénin est l’un des rares pays dont les notes de crédit souverain à long et à court termes demeurent bonnes, c’est justement parce que nous avons su rassurer les investisseurs.

 

L’évolution de la démocratie béninoise est de plus en plus sujette à caution si l’on en croit vos adversaires politiques, mais aussi les différents rapports d’Ong. Ces derniers pointent notamment le caractère monocolore de l’Assemblée nationale depuis les législatives d’avril 2019, les deux seuls partis qui y sont représentés appartenant à la majorité présidentielle. N’est-ce pas là une régression ?

 

Cette situation est atypique, j’en conviens. Pour la comprendre et émettre un jugement pertinent, il convient de revenir quatre ans en arrière, en 2016. Le Bénin était certes célébré comme l’un des champions de la démocratie en Afrique, mais à quel coût ? Il y avait ici plus de deux cents partis politiques, dont une cinquantaine -seuls ou en alliance- représentée au Parlement, lequel était devenu un assemblage hétéroclite d’intérêts divergents qui ne s’entendaient qu’au prix de la compromission et de la corruption. Une démocratie ne peut être viable avec un tel nombre de partis partageant le pouvoir et dont la plupart étaient des clubs d’intérêt matériel dénués de tout programme politique. Pour que notre démocratie génère de la bonne gouvernance et du développement, il était donc nécessaire que des conditions contraignantes relatives à la qualité des élus soient posées. D’où l’introduction de règles nouvelles visant à favoriser l’émergence de regroupements politiques forts, représentés à l’Assemblée sur la base d’un pourcentage décent de l’électorat, afin de constituer des majorités homogènes. Les deux partis dont vous parlez et qui ont formé une coalition gouvernementale à « l’allemande » sont le fruit de la fusion de plusieurs dizaines de formations représentant la grande majorité de celles qui existaient avant la réforme. Quant aux conseils municipaux, leur répartition s’est faite entre trois partis, dont un de l’opposition. Alors bien sûr, on peut dire que nous avons renoncé à certains de nos acquis. Mais quand ces acquis sont nuisibles, il faut faire un choix. Se remettre au travail signifie parfois faire le sacrifice de jours de congé.

 

L’élection présidentielle, c’est dans six mois. Or l’obligation pour tout candidat d’obtenir le parrainage de seize élus pose problème, dans la mesure où l’opposition n’en dispose d’aucun ou presque. S’oriente-t-on vers un scrutin à candidat unique ?

 

Je ne le pense pas. Il y aura compétition. Les maires et les députés joueront leur rôle pour parrainer les candidats de leur choix, lesquels vous le constaterez, ne relèveront pas tous de la majorité. Ils ne seront peut-être pas 35 ou 40 comme autrefois, mais ils seront plusieurs et entre eux la bataille sera rude. Rassurez-vous, la démocratie béninoise est toujours bien vivace.

 

Vous n’êtes donc pas disposé à donner satisfaction aux partis d’opposition, aux ONG et à la société civile, qui réclament l’abolition de la règle des parrainages… ?

 

La règle du parrainage n’est en rien une spécificité béninoise et préjuger de ses conséquences ne sert à rien. C’est une règle d’assainissement de notre vie politique et nous veillerons à ce qu’elle ne débouche pas sur une élection sans compétition.

 

Cette situation atypique comme vous dites, avec des législatives tenues sans l’opposition et auxquelles seul un quart de l’électorat a participé, l’avez-vous voulue, recherchée ?

 

Non, ce n’était pas mon souhait, mais la conséquence d’une volonté de ma part d’aller vite dans les réformes, ce que j’assume parfaitement. C’était indispensable, car il fallait bien mettre un terme à une forme de perversion de la démocratie, totalement antinomique avec le développement économique et communautaire. La démocratie doit être au service du développement et non pas un frein. Ce qui tue nos pays, c’est la mauvaise gouvernance politique. Il fallait la purger. Mais toute réforme s’accompagne dans un premier temps de crispations, d’incompréhensions et de mécontentements de la part de ceux dont les intérêts sont remis en cause. C’est inévitable.

 

Est-ce dans ce cadre que vous avez restreint le droit de grève ?

 

Je ne l’ai pas restreint, je l’ai encadré. Ce qui dans l’absolu, j’en conviens, peut être interprété comme un recul même si c’était, là encore, nécessaire. Aucun pays ne peut se développer avec des écoles, des hôpitaux et une fonction publique en grève une semaine sur deux tout au long de l’année. Certes, vu de l’étranger, le Bénin était une démocratie pagailleuse, sympathique et démunie à qui on jetait des miettes de pain pour se donner bonne conscience. Certains ont trouvé leur compte dans cette anarchie nourrie de mendicité. Moi, non et c’est toute la différence.

 

Il y a cinq ans, le Bénin était en queue de classement, en Afrique de l’Ouest, quant à l’indice de développement humain. Et en tête de classement sur celui de la liberté de la presse. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Comment l’expliquez-vous ?

 

Nous sommes dans un pays où désormais chacun doit répondre de ses actes, de ses écrits et de ses paroles. Pourquoi un policier qui rançonne sur la voie publique ou un médecin qui commet une erreur grave devraient-ils rendre des comptes, si un journaliste coupable de diffamation est exonéré de toute poursuite ? Nous ne faisons pas la chasse aux médias, mais il n’y a plus au Bénin, de corporation intouchable.

Personne ne dit qu’un journaliste est au-dessus des lois, ni à l’abri d’éventuelles condamnations. Le problème, c’est la prison. Doit-on incarcérer pour un délit de presse ?

 

En réalité le code de l’information et de la communication a déjà dépénalisé les délits de presse au Bénin. Les condamnations de journalistes que vous évoquez l’ont été sur la base du code du numérique qui prévoit que celui qui nuit à autrui par un moyen électronique en soit jugé responsable. Où est le problème ?

Pour le reste, rassurez-vous : on peut critiquer Patrice Talon dans les médias béninois. C’est d’ailleurs un exercice quotidien et, à titre personnel, je n’ai jamais poursuivi un acteur des médias.

 

On vous reproche d’avoir instauré la Criet (Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme) dans le but de museler vos adversaires politiques – Sébastien Ajavon, Komi Koutché, Léhady Soglo et d’autres. De l’instrumentaliser en quelque sorte à des fins personnelles. Que répondez-vous ?

 

Ce n’est ni mon constat, ni mon sentiment, encore moins la réalité. Le fait que les concernés donnent cette image déformée de la Criet est normal. L’important est que les Béninois observent que la Justice, qui n’avait pas échappé à l’environnement délétère et aux miasmes de la corruption, fonctionne désormais de mieux en mieux. Un simple exemple : quand je suis arrivé aux affaires en 2016, l’Inspection des Services judiciaires était une coquille vide. Aucun juge ne lui avait été affecté et les magistrats n’étaient jamais inspectés. Je l’ai remise sur pieds et nous avons accordé moyens et effectifs à tous les tribunaux du pays. Puis, nous avons estimé pertinent de créer une juridiction spécifiquement dédiée aux crimes économiques, au trafic de drogue et au terrorisme sur le modèle des pôles judiciaires spécialisés français et européens : la Criet. Vous avez cité le cas de Sébastien Ajavon, lequel illustre parfaitement le fait que nul n’est à l’abri de la reddition des comptes. Lorsqu’il a été confondu pour les faits qui l’ont amené devant la Cour, Ajavon était un partenaire et un partisan, il avait trois ministres au gouvernement et nos relations étaient bonnes. J’aurais pu tenter d’intervenir en sa faveur, mais faire pression sur la justice aurait été incohérent avec mon projet de gouvernance exemplaire. Idem pour Komi Koutché : le fait qu’il réponde de la gestion du Fonds national de la microfinance au sein duquel des malversations ont été commises, ne relève en rien du règlement de compte, mais de la reddition de comptes. Du reste, sur plus de 500 condamnations prononcées par la Criet à ce jour, à peine 10 concernent des acteurs politiques.

 

Si Sébastien Ajavon a obtenu le statut de réfugié politique en France, n’est-ce pas parce que sa condamnation par la Criet l’est aussi ?

 

L’Ofpra n’est pas, que je sache, une juridiction habilitée à diligenter des enquêtes judiciaires sur les lieux où le délit a été commis. C’est un établissement public administratif français qui délivre le statut dont vous parlez sur la base d’une simple instruction. Quand on a été condamné chez soi pour des crimes économiques et qu’on a par ailleurs une casquette d’homme politique, cette dernière est souvent hélas l’arbre qui cache la forêt. Il suffit ensuite d’avoir les moyens de s’offrir de bons avocats et le tour est joué.

 

La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples – dont le Bénin a quitté le protocole – vous a également donné tort sur le cas Ajavon…

 

Contrairement à ce qui a pu être dit, ce n’est pas parce que cette cour a pris fait et cause pour M. Ajavon que nous avons décidé de ne plus reconnaître sa compétence. Cela ne m’a pas posé de souci particulier et nous n’avons pas réagi sur ce point. Ce qui a motivé notre décision est la partialité dont la Cour a fait preuve dans un conflit, jugé au Bénin, entre une banque française, la Société générale et un groupe de promoteurs privés insolvables et incapables de rembourser un crédit de quinze milliards de francs Cfa. Le fait que la Cadhp ait interdit en février dernier à la banque de réaliser sa garantie – en l’occurrence, un immeuble – afin de se rembourser a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis quand une Cour des droits de l’homme interfère-t-elle dans un conflit commercial ? Quelle est sa compétence en la matière ? Qui, dans ces conditions, va investir au Bénin ou en Afrique si ce n’est des voyous prédateurs ? C’est à la suite de cela que notre retrait a été acté. C’était le dérapage de trop.

 

 

Autre critique souvent formulée : la composition de la Cour constitutionnelle. Quatre des sept juges sont nommés par le Parlement et trois par vous-même. Or, comme on l’a vu, l’Assemblée vous est acquise. Conclusion : la plus haute juridiction du pays, dont le président Joseph Djogbénou se trouve être votre ancien avocat, est entre vos mains.

 

Ne préjugez pas de l’indépendance des magistrats béninois. Si la Cour était, comme vous le prétendez, entre mes mains, elle n’aurait pas jugé irrecevable en juin une demande émanant du président de la République à propos de la loi organisant le secret de la défense nationale. Cela étant dit, conscient du problème que vous évoquez, j’avais inclus dans le projet de révision de la Constitution porté devant le Parlement peu de temps après mon accession au pouvoir, une refonte complète du mode de désignation des membres de cette Cour. Ce projet n’a hélas pas abouti, l’Assemblée ayant refusé de l’examiner. Il s’agit donc là d’une situation dont j’ai hérité, mais que je n’ai pas souhaitée.

 

Fin juillet, une partie de l’opposition regroupée autour de votre prédécesseur Boni Yayi et de l’ancien numéro deux de l’Assemblée Eric Houndété, a lancé un nouveau parti, les Démocrates. Cette formation obtiendra-t-elle son récépissé auprès du ministère de l’Intérieur ?

 

Il n’y a pas de raison qu’ils ne l’obtiennent pas, s’ils remplissent les conditions exigées par la loi : la liste des fondateurs, un congrès, etc., comme tant d’autres. Mais je ne m’occupe pas de cela, ce n’est pas mon rôle.

 

Deux Français ont été enlevés et leur guide béninois tué par des djihadistes en mai 2019 dans le parc de la Pendjari, haut lieu touristique du Bénin. Se remet-on facilement d’un tel choc ?

 

Non. Ce fût un coup dur pour nous, qui a agi comme une piqûre de rappel. Nos forces de défense et de sécurité ont été renforcées dans cette région. C’est à nous de démontrer que le parc est à nouveau sûr – et je crois qu’il l’est.

 

Plusieurs arrestations ont eu lieu dans les rangs de l’armée béninoise entre août 2019 et juin 2020 et certains d’entre eux ont été déférés devant la Criet pour « actes contraires à la paix ». De quoi s’agissait-il exactement, de tentatives de coup d’Etat ?

 

Il n’y a jamais eu de tentative de coup d’Etat, il faut être clair là-dessus. Il s’agissait d’actes d’incivisme et de déviance isolés, commis ou projetés par des hommes en tenue.

 

Qu’avaient-ils planifié au juste : des attentats ?

 

Lorsqu’un jeune militaire veut exprimer son mécontentement, ou même simplement resquiller et qu’il porte une arme, il peut chercher à nuire à sa hiérarchie, à un ministre et même au président.

 

Votre volonté de réformer les forces de défense et de sécurité a-t-elle suscité des frustrations dans leurs rangs ?

 

Sans doute, même si ce phénomène reste tout à fait marginal. Quand vous réformez la douane, la santé, l’éducation, la police, l’armée, vous créez toujours des mécontents et c’est à nous de veiller à ce que ces crispations soient contenues. Les coups d’Etat au Bénin appartiennent au passé, l’Armée est républicaine. Il reste, ici comme partout ailleurs, des velléités d’atteintes aux individus. En ce domaine, il n’existe pas de risque zéro.

 

Début 2020, le Bénin est sorti de la liste des 25 pays les plus pauvres de la planète pour intégrer le groupe des pays à revenu intermédiaire et les estimations du Fmi pour la période 2019-2024 le placent dans le top 4 des économies les plus dynamiques d’Afrique. C’est un motif de fierté personnelle ?

 

Disons de satisfaction et de motivation, à mettre au crédit à l’ensemble des Béninois. C’est le résultat d’une dynamique globale dans laquelle chacun à sa part, gouvernement et citoyens. Mais nous serons vraiment fiers quand le Bénin sera devenu un pays développé.

 

On reproche parfois à la croissance béninoise de ne pas être inclusive – ou trop faiblement.

 

La notion d’inclusivité convient aux pays producteurs de pétrole et de gaz qui ont une richesse naturelle à partager équitablement. Ce n’est pas notre cas. Si, dans un premier temps, c’est le secteur agricole qui porte la croissance, vous ne pouvez pas demander aux paysans de partager les revenus induits par leur travail avec d’autres secteurs moins performants. Par contre, à l’intérieur de la filière agricole, du producteur agricole à l’exportateur ou au consommateur en passant par le transporteur, la croissance sera réellement inclusive dans la chaine des services. Tout le monde ne peut pas profiter de la croissance le même jour et au même moment, mais le rôle d’une bonne gouvernance est de faire en sorte que la dynamique globale, les règles de fonctionnement et l’environnement économique soient de nature à favoriser le potentiel de chacun. C’est ce que nous faisons, avec un objectif précis : promouvoir la création de richesse pour créer des emplois.

 

La frontière avec le Nigeria est fermée depuis plus d’un an. En parlez-vous avec le Président Buhari ?

 

Je ne cesse de le faire et je pense que, n’eût été la pandémie, la frontière aurait peut-être enfin été réouverte. Cela a assez duré.

 

Quelles sont les conséquences sur l’économie béninoise ?

 

Sérieuses, mais maîtrisées. Mon objectif a toujours été que la survie et le développement du Bénin ne dépendent de personne. Grâce à la résilience de notre économie et à la diversification de nos recettes fiscales, nous avons fait beaucoup mieux qu’éviter le désastre que d’aucuns annonçaient.

 

Les autorités nigérianes estiment qu’elles ont besoin de temps pour assainir les relations commerciales entre vos deux pays. Les comprenez-vous ?

 

Je peux les comprendre en effet, même si la fermeture des frontières n’est pas cohérente avec notre volonté globale d’intégration régionale. Reste que les trafics et la contrebande ne relèvent pas de l’unique responsabilité des Béninois. Les torts et les défaillances sont partagés des deux côtés. Les populations de part et d’autre sont les mêmes et nous devons faire en sorte que leurs habitudes transfrontalières soient compatibles avec les règlements.

 

Annoncée pour 2020, la création de l’éco, monnaie unique de l’espace Cedeao, a été repoussée à des jours meilleurs. Y croyez-vous toujours ?

 

Bien évidemment, mais un changement de monnaie est un processus délicat et de longue durée. L’éco sera une réalité quand tous les pays membres de la Cedeao auront satisfait aux critères de convergence, ce qui n’est pas encore le cas. Il faut être clair à ce sujet : l’éco ne procèdera pas de la mutation du franc CFA utilisé par les pays de la zone Uemoa, lesquels seront rejoints par le Nigeria, le Ghana, la Guinée, etc… Ce n’est pas possible. Par souci d’aller vite, mais aussi par volonté d’affichage, nous avons commis une erreur de communication en affirmant à Abidjan en décembre dernier que l’éco allait naître sur les cendres du franc CFA. Cela a heurté nos partenaires non membres de l’Uemoa.

 

A quelle devise sera arrimé l’éco ?

 

A un panier de devises. La Cedeao n’a jamais dit autre chose.

Comment qualifieriez-vous vos relations avec la France ?

 

Bonnes et décomplexées.

 

Etes-vous satisfait de la façon dont la France restitue au Bénin les œuvres d’art pillées à l’époque coloniale ?

 

Nous avons fait des petits pas en ce sens et j’en remercie les autorités françaises. Mais je ne suis pas satisfait du projet actuellement en débat à Paris : voter une loi spécifique pour restituer 26 œuvres n’est qu’un strict minimum. Ce que nous souhaitons, c’est une loi générale qui autorise l’exécutif à négocier avec nous une restitution globale sur la base d’un inventaire précis. Quitte ensuite à discuter, dans un esprit gagnant-gagnant, de ce qui va à l’un et à l’autre, des expositions communes, des originaux et des copies, etc. Cette dynamique de coopération est préférable aux actions en justice.

 

La chute d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali : coup d’Etat ou « redressement démocratique » comme l’affirment les officiers qui l’ont renversé ?

 

Coup d’Etat. Et un coup d’Etat n’est jamais en soi une bonne chose. Cela dit, je salue l’attitude du président Ibk, dont la démission a permis d’éviter le pire à son pays. L’idéal évidemment aurait été que son départ ne remette pas en cause l’ordre constitutionnel, ce qui n’a pas été le cas. Maintenant, pourquoi la Cedeao insiste-t-elle pour qu’il y ait une transition à la fois courte et civile? Parce que quand un pays est confronté à autant de défis, sécuritaires certes, mais aussi économiques et sociaux que le Mali, une transition longue est à proscrire absolument. Un gouvernement de transition ne peut ni aller au crédit, ni lever des fonds ou des obligations sur le marché, encore moins attirer des investisseurs. Qui va acheter des bons du Trésor malien dans le cadre d’un régime militaire de transition ? Personne. Dès lors, les raisons qui ont fait que les Bamakois sont descendus dans la rue ne feront que se renforcer.

 

En Côte d’Ivoire comme en Guinée, le débat fait rage autour des troisièmes mandats présidentiels. Quelle est votre position ?

 

Je ne ferai de leçons à personne, surtout en cette matière qui relève de la souveraineté de chaque pays. Ma conviction est que dans tous les cas, l’ordre constitutionnel doit être respecté. Pour le reste, ce n’est pas à moi d’interpréter la Constitution des autres et réciproquement. La nôtre, au Bénin, est claire : nul ne peut, de sa vie, exercer plus de deux mandats présidentiels. Elle n’est pas pour autant exportable.

 

Lors de votre élection en 2016, vous avez fait campagne, entre autres thèmes, sur la nécessité d’un mandat unique, lequel s’appliquerait en premier lieu à vous-même. Pourquoi cette promesse n’est-elle plus à l’ordre du jour ?

 

Parce que je ne suis pas parvenu, malgré mes efforts, à la faire inscrire dans la Constitution. Ma conviction était et demeure que le mandat unique est utile dans des pays qui, comme le Bénin, ont un profond besoin de réformes pour remédier à la mauvaise gouvernance – laquelle concerne tout le monde, élus comme citoyens. Imposer des réformes, cela fabrique inévitablement des mécontents et le risque d’être impopulaire, qui est élevé, doit être assumé. Or, la quête d’un second mandat vous oblige à faire des concessions et à effacer de votre agenda les mesures, souvent indispensables mais douloureuses, qui pourraient compromettre votre réélection. Je ne suis pas parvenu à faire partager cette idée par le nombre de voix requis au Parlement et j’en ai pris acte. Mais cela ne m’a pas empêché, vous le voyez, de réformer.

 

La présidentielle, c’est dans six mois. Vous avez ouvert la porte à une candidature pour un second mandat en fonction, avez-vous dit, de votre « disponibilité » et de votre « état d’esprit ». Justement : quel est votre état d’esprit à ce sujet ?

 

C’est un dilemme cornélien, mais lorsque les éléments d’une décision sont réunis, je sais trancher. A l’heure où je vous parle, ma décision est prise. Je sais si je serai ou non candidat.

 

Le serez-vous ?

 

Malgré tout le respect que je dois à Jeune Afrique, ce n’est pas à vous que je le dirai en premier. Mais à mes concitoyens.

 

 

Qu’avez-vous fait de vos sociétés ? Comptez-vous renouer un jour avec votre précédente vie d’entrepreneur ?

 

Je n’ai plus cette passion-là. Le business n’est plus ma motivation. J’ai désormais d’autres défis : démontrer qu’un pays, le mien, peut comme moi je l’ai fait jadis, partir de peu de choses et arriver à beaucoup ; être dans le cœur de mes compatriotes ; se dire que tout est possible. Et devenir un jour, dans quelques mois ou dans quelques années, un ancien président exemplaire capable de servir une cause noble. Être un modèle.

 

Peut-on avoir des amis en politique ?

 

Bien sûr. Bruno Amoussou et Adrien Houngbédji, par exemple, sont des amis.

 

Sébastien Ajavon l’a été aussi…

 

Non. Ajavon était un partenaire politique et en politique il n’y a que des partenariats de circonstance.

 

Et votre ancien Ministre de la Défense Candide Azannaï, désormais opposant ?

 

Je considère toujours Azannaï comme un ami personnel même si, pour des raisons que je n’ai jamais vraiment comprises, il a décidé de prendre ses distances. J’en ai conçu une certaine peine et je souhaite, car rien de sérieux ne nous oppose, qu’il ne s’enferme pas dans cette adversité au point de ne plus pouvoir revenir en arrière.

 

Vos relations avec les anciens présidents Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo ne sont pas bonnes, c’est une évidence. A quoi les attribuez-vous ?

 

Je crois que l’on s’attendait à ce que ces personnalités profitent de leur statut de quasi intouchables pour être des recours en matière de conseils, de sagesse, d’arbitrage et d’expérience. Mais quand, à l’instar de Boni Yayi, on se comporte en compétiteur alors qu’on n’est plus dans la compétition, il y a problème. Et quand, à l’instar du patriarche Soglo, on en vient à insulter en public le chef de l’Etat en exercice de son propre pays, il y a de quoi s’inquiéter. Je souhaite que l’un et l’autre retrouvent leur rang et leur niveau, qu’ils se ressaisissent. Dans l’intérêt du Bénin, qu’ils ont eu l’un et l’autre l’honneur de diriger.

 

Le point faible de beaucoup de chefs d’Etat, c’est leur famille. Comment gérez-vous la vôtre ?

 

Lorsque je choisis un collaborateur, le fait d’être un membre de ma famille n’est ni un critère de décision, ni un motif de refus. Je ne suis pas népotiste, mais le lien de parenté n’est pas pour autant un obstacle rédhibitoire. Ce qui m’intéresse, c’est la compétence.

 

A compétence égale, choisiriez-vous un parent ou un cadre étranger à votre famille ?

 

Mon parent devra patienter.

 

Votre principal défaut ?

 

Trop incisif

 

Votre principale qualité ?

 

La persévérance

 

• Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

 

L’incompétence – même si ce n’est pas un défaut

 

Quelle autre profession auriez-vous aimé exercer ?

 

Pilote de ligne

 

•Personnage historique préféré ?

 

Nelson Mandela

 

• Si vous deviez vous réincarner sous la forme d’un animal ?

 

Ce serait un animal puissant et intelligent, mais pas féroce.

 

•Votre hobby favori ?

 

J’aimais danser et conduire. Je n’en ai plus l’occasion.

 

•C’est quoi l’argent pour vous ?

 

C’est le succès qui me motive, plus que l’argent.

 

Quelle est votre religion ?

 

Je suis catholique pratiquant, mais la vérité selon moi n’est pas dans une religion plutôt qu’une autre. Elle est dans la spiritualité. Dieu est le même pour tous.

 

Puisque Dieu existe pour vous, qu’aimerez-vous l’entendre dire quand vous frapperez aux portes du Paradis ?

 

« Patrice, tu as donné le meilleur de toi-même ». En amitié, en amour, dans  mon travail et même en jouant, je donne toujours le meilleur.

Source : Jeune Afrique

 

 

 

Je reste lonny Euloge ATINDOGBE 97 14 90 23

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