Patrice Talon au sujet des exigences de l’opposition:« Personne ne peut forcer la main à un parti d’aller aux élections »

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Suite à une demande formulée par l’opposition, le Chef de l’Etat s’est entretenu, lundi 25 février 2019 avec elle. Composée entre autres de Candide Azannaï, Eric Houndété et Théophile Yarou, la délégation a exposé les griefs de l’opposition à propos du  processus électoral en cours. Conformément aux réformes entreprisesdans les autres secteurs, Patrice Talon a demandé à l’opposition de se conformer aux nouvelles exigences de la Charte des partis politiques et du Code électoral. Lire le point de l’entretien.

Patrice Talon : J’ai bien reçu la lettre par laquelle vous m’avez informé de votre souhait de me rencontrer au sujet de la préparation des élections. Je me suis empressé de vous répondre favorablement. Pour une question si importante, toute forme d’échange paraît utile. Comme c’est vous qui avez demandé l’audience, vous avez la parole.

 

Candide Azannaï : Monsieur le Président de la République, nous voudrions avant de présenter l’objet de notre présence, vous saluer et vous remercier d’avoir répondu à la tenue de cette présente séance. Il nous plaît de rappeler le contexte dans lequel il est apparu aux acteurs politiques, responsables de l’opposition, la nécessité que l’ensemble de la classe politique soit réuni au sujet des menaces qui pèsent sur l’organisation des élections législatives d’avril 2019. En répondant à votre invitation, nous avons tenu à témoigner de notre volonté à œuvrer avec toutes les institutions et avec toute la classe politique de notre pays, à la tenue des prochaines élections législatives, dans la paix, la transparence, la justice et l’équité. Monsieur le Président de la république, le 1er février 2019, la Cour constitutionnelle a décidé de la modification,  par l’imposition du Certificat de conformité,  qui n’existe ni dans la loi portant Charte des partis politiques, ni dans le Code électoral en vigueur en République du Bénin. Les partis politiques de l’opposition, par une correspondance, ont demandé au Chef de l’Etat l’initiative d’une réunion de l’ensemble de la classe politique en vue d’une solution consensuelle. Nous avons espéré en venant ici que la présente rencontre réunirait toutes les parties prenantes du processus électoral,  puisqu’il nous a été demandé de fournir au préalable, une liste dûment signée de dix personnes représentant la délégation de l’opposition. Il se comprend que nous ne sommes pas ici dans les conditions et dispositions idoines pour échanger en vue de trouver une porte de sortie à la satisfaction de tous. Nous voudrions néanmoins saisir la présente occasion pour préciser que,  jusqu’au 18 février 2019, date où les partis politiques de l’opposition se sont vus obligés de tirer la sonnette d’alarme, nous étions à deux jours du démarrage du dépôt des dossiers sans qu’aucun parti politique ne soit situé sur son statut juridique. Bien que fort de notre existence juridique, et malgré l’accompagnement des formalités de mise en conformité, nous étions incapables à cette date de savoir dans notre pays, les partis qui peuvent participer aux élections législatives. Curieusement, personne ne savait parmi nous, quels étaient les partis politiques qui avaient un statut juridique. Le quitus fiscal n’est pas disponible pour la majorité des candidats. Le 21 février, le Ministre de l’Intérieur a choisi de délivrer aux seuls partis de la mouvance, leurs récépissés provisoires suivi du fameux certificat de conformité. On alterne dilatoire et mauvaise foi sur fond d’interprétations tendancieuses et erronées de la loi pour tenter d’exclure les partis de l’opposition du processus électoral. Quelle est l’obligation de droit pour les partis politiques de signer leurs statuts et règlement intérieur ? Au regard de ce tableau compromettant pour la paix et qui confine à l’impasse, les partis de l’opposition en appellent à vos prérogatives de garant de la paix et de la stabilité, pour recourir ensemble avec toutes les institutions de la République, la classe politique toutes tendances confondues, recourir même au génie béninois hérité de la Conférence nationale des Forces vives. En effet, notre Conférence des Forces vives de la Nation de février 1990, a révélé le Bénin comme un pays de paix et de dialogue. C’est donc à un dialogue inclusif, direct, franc et sincère que nous vous demandons de bien vouloir convier tous les acteurs pour qu’ensemble, nous puissions trouver un consensus. C’est à ce prix que nous pouvons trouver la solution pour aller dans la paix aux élections législatives du 28 avril 2019. Telle est monsieur le Président, notre position face à la situation de blocage que connaît le processus électoral en cours dans notre pays, et nous vous demandons de bien vouloir donner les instructions nécessaires à qui de droit pour un dénouement heureux et rapide de la situation.

Cela implique la délivrance sans délai aux partis politiques de l’opposition, du récépissé, sa publication officielle, ainsi que toute autre pièce nécessaire avec la même célérité que celle observée pour le cas des partis de la mouvance. Cela implique également, vu la réalité de ce qui se passe, que la délivrance du quitus fiscal soit faite à tous ceux qui en ont fait la demande et qui sont à jour vis-à-vis de l’administration fiscale.

Voilà Monsieur le Président ce que nous voulons vous dire dans un format qui rassemble le point de vue médian de l’ensemble des forces politiques de l’opposition.

 

Patrice Talon : Est-ce que vous souhaitez qu’on échange sur ce que vous avez évoqué ou bien c’est seulement le recueil de vos préoccupations que vous souhaitez seulement me transmettre ? Moi, je suis disposé à évoquer ces questions avec vous pour une bonne compréhension des choses et voir ce qu’il est utile de faire pour vous rassurer. Mon souci est d’œuvrer pour la paix sociale, la concorde, et vous me connaissez bien dans ce registre.

 

Eric Houndété : Monsieur le Président de la République, merci beaucoup. Permettez-nous sans polémiquer, de dire que la compréhension que votre cabinet a eue de notre demande, n’est pas la bonne. Il n’y a pas deux mots dans le dictionnaire pour désigner ce que nous appelons classe politique. La classe politique regroupe aussi bien ceux de la majorité que de la minorité. Ceci d’autant que nous avons expliqué dans le texte, que nous voulions créer les conditions d’un consensus. Monsieur le Président, dans quel pays, à deux jours des élections, alors que les partis politiques existent, depuis des années, depuis des mois, alors que les partis politiques ont déposé leurs dossiers, que l’on les a fait balader en leur demandant de remplacer une attestation de résidence par un certificat de résidence. La logique devrait permettre au ministère de l’Intérieur de comprendre ce qu’on appelle certificat de résidence. Le certificat de résidence est un document administratif supérieur qui s’établit à partir de l’attestation de résidence. Qui peut le plus, peut le moins. Le ministère de l’Intérieur a passé tout son temps sur des choses banales. Monsieur le Président, cela fait 30 ans que je traine mes fesses sur le banc des partis politiques. Si vous estimez que les questions pour lesquelles il faut réunir l’ensemble de la classe politique, pour que nous puissions nous entendre sur les problèmes qui se posent ; si vous estimez que vous pouvez régler les problèmes, donnez des instructions au Ministre et il règle les problèmes.

 

Patrice Talon : : Je prends acte de vos déclarations. Je répète que ma volonté, mon souhait est de pouvoir répondre aux préoccupations de chacun de mes concitoyens. J’ai noté que vous avez des préoccupations et je ne peux m’empêcher de répondre à vos préoccupations pour ce que je sais, pour ce qui relève non seulement de ma compréhension mais de mes prérogatives. Parce que la bonne organisation des élections au Bénin, dans la transparence et dans la paix, fait partie de ma mission et au-delà de ma mission, quelque chose de sacré pour tous les Béninois. Nous avons tous l’obligation de protéger ces acquis. Pour moi, toute chose qui serait de nature à compromettre ces acquis, pour ce qui est du général, compromettre la satisfaction de ma mission, en ce qui me concerne, mérite attention. Et depuis le début, j’ai fait l’effort de discuter et de parler avec le Ministre de l’Intérieur, de l’interpeller même sur les reproches qui me sont parvenus.

Je vais commencer par cette décision de la Cour constitutionnelle, qui effectivement, donne l’impression qu’il y a une pièce qu’on ne voit pas dans la loi et qui apparaît. Je n’ai pas à commenter de ma position, les décisions de la Cour constitutionnelle. Notre pays a, depuis des décennies, compris la nécessité pour les uns et les autres, de respecter les décisions qui s’imposent à tous parce que notre Constitution l’a établi ainsi. Il n’est pas bien que des personnalités politiques, des parlementaires, commentent en ces termes les décisions de la Cour constitutionnelle. J’ai lu moi-même la décision de la Cour constitutionnelle, j’ai pris la Charte des partis, j’ai pris le Code électoral. J’ai demandé au ministre de l’Intérieur, l’article 56 de la charte  prescrit aux partis existant avant l’entrée en vigueur de la charte, qu’ils doivent procéder à une mise en conformité par rapport aux dispositions de la loi, donc de la nouvelle charte des partis. Puisque cette charte, dispose différemment par rapport à la première, de ce que doit être un parti politique au Bénin, des conditions à remplir par les partis politiques, et donc invite à travers l’art 56, les partis existants,  à ne pas disparaître, ni à se dissoudre  mais à opérer une mise en conformité, c’est-à-dire modifier au besoin, leurs actes, les textes qui les régissent pour rester conformes aux nouvelles dispositions. La même charte des partis prescrit aux partis en création, des formalités à opérer. Puisque au titre de cette charte, ne peut avoir la qualification de parti politique, ne peut avoir la personnalité juridique d’un parti politique que ceux qui remplissent certaines conditions fixées par la loi. La même charte dispose qu’au-delà de six mois, après l’entrée en vigueur de la charte, les partis existants qui n’auraient pas opéré la mise en conformité, cessent d’être des partis politiques. Il se fait que dans la période des six mois, à quelques jours près, les partis doivent produire les dossiers leur permettant de participer aux élections législatives à venir. En tant que parti politique, nous allons aux élections en avril 2019. Les six mois que la loi a donnés aux partis pour se conformer viennent à terme en mars.

 

Patrice Talon à propos du certificat de conformité

 

Au moment de la compétition, les partis devraient avoir effectué leur mise en conformité pour avoir le statut de parti politique. La réalité est toute simple. Si les partis politiques disposent de six mois pour faire leur mise en conformité, ils doivent plus tard participer aux élections législatives. On sait bien que les partis nouvellement créés après l’entrée en vigueur de la charte, n’auront pas l’appellation de parti politique, s’ils n’ont pas satisfait aux obligations et dispositions de la charte. Mais ceux qui ont à opérer des mutations, à faire la mise en conformité, Qu’est-ce qui permet d’attester ou de certifier qu’ils ont fait la mise en conformité avant d’aller en compétition ?  Parce qu’il faut que les nouveaux et les anciens soient dans les mêmes conditions de compétition. Si la loi dit qu’il faut faire la mise en conformité, la mise en conformité est faite auprès de la structure qui gère l’enregistrement et délivre l’existence juridique des partis politiques. N’est-il pas convenable que cette structure (ministère de l’Intérieur) atteste la mise en conformité de ceux qui ont bien voulu la faire ? J’ai demandé au ministre de l’Intérieur, quand les gens auraient fait la mise en conformité, qu’est-ce que vous leur produisez pour leur donner acte de ce qu’ils ont fait ? Le ministre m’a dit que suite à un recours formulé devant la Cour constitutionnelle, celle-ci a clarifié les problèmes de la régularité des partis politiques avant compétition et a indiqué que les partis qui se conforment auront un certificat de conformité. J’ai demandé au ministre si ce terme de certificat de conformité est un terme nouveau ? Il m’a dit que ce terme n’existe pas et que la loi a prévu seulement la mise en conformité. Alors comment faut-il comprendre ? Il me dit qu’il faut comprendre que l’administration doit délivrer un document qui atteste qu’ils ont fait les formalités. Désormais leur parti ancien est conforme en tous points à la nouvelle loi. En mon sens, il n’y a pas de polémique. La question que je me pose quand j’ai vu les commentaires surgir de part et d’autre, c’est: les concernés n’avaient-ils pas l’intention de faire la mise en conformité ? Ont-ils l’intention de laisser leurs partis mourir ? Ont-ils l’intention de ne rien faire ? N’ont-ils pas l’intention d’attester qu’à l’occasion de la compétition qui arrive qu’ils ont rempli les formalités ? Ou bien est-ce le rôle de la Céna de vérifier que tel parti créé selon la nouvelle charte et que tel parti ancien a fait la mise en conformité ? Mais depuis dans nos traditions, la Céna n’a jamais procédé à l’existence de parti politique.  On ne peut pas demander à la Céna de faire la formalité qui est du ressort du ministère de l’Intérieur. Il va alors de soi que le même ministère de l’Intérieur atteste que les anciens partis ont fait les formalités prescrites pour avoir la personnalité juridique au titre de la nouvelle loi qui l’exige. C’est donc évident que le ministère de l’Intérieur atteste autant pour les partis déjà existants que pour les nouveaux. Pour moi, ce document ne peut souffrir d’aucune interprétation, encore moins de polémique. Je ne peux pas comprendre pour finir ce chapitre, qu’il soit fait obligation aux nouveaux de satisfaire certaines formalités difficiles,  et que les anciens en soient exemptés. Nous sommes dans un pays où nous voulons réformer notre cité, nos habitudes, l’éducation, bref tous les secteurs de la vie. Ce sont des réformes nécessaires. Nous n’arrivons pas à nous développer. Nous savons très bien que le mal c’est la mauvaise organisation du pays. Les Béninois sont brillants quand ils sont face à leurs responsabilités individuelles que ce soit ici ou en dehors du pays. Mais ensemble, nous ne parvenons pas à nous développer.  Pourquoi ? Parce que la plupart de nos secteurs sont mal organisés. Nous avons prescrit des réformes dans tous les secteurs, récemment dans le secteur de la Santé, nous avons vu combien ces réformes sont contraignantes, combien elles sont difficiles pour les praticiens de la santé. Mais comme nous savons que c’est nécessaire pour le pays, nous les avons invités à se conformer. Cela fera du bien au pays. Mais il n’y a pas que les policiers, les enseignants… qui sont astreints à mieux faire leur travail. Nous aussi la classe politique, les dirigeants, si ce n’est nous en priorité. Le problème de notre pays, c’est la mauvaise gouvernance. Et la gouvernance est opérée par la classe politique. Nous avons longtemps échangé vous et nous,  monsieur Azannaï, sur la nécessité de réformer le système partisan qui, tel qu’il est, n’est pas favorable à la bonne gouvernance et à la mise en place de partis politiques forts,  capables de gérer le pays avec compétence et responsabilité. Vous vous rappelez que j’ai mis dans mon programme de société qu’il faille sensibiliser les gens et obtenir que les lois soient votées pour procéder à ces réformes-là. Si nous y parvenons, ce serait extraordinaire. La classe politique est tellement émiettée que la gouvernance n’est pas homogène. Je l’ai davantage constaté depuis que je suis dans la fonction. Je ne peux pas passer cinq ans dans la fonction en laissant une telle chose en place,  parce que mon ambition est de procéder aux réformes qui sont nécessaires pour notre pays,  y compris la réforme du système partisan. Nous avons donc entrepris de mettre en place un nouveau mécanisme qui force un peu la main aux acteurs politiques pour se regrouper. C’est pour cela que j’ai adhéré à la proposition de loi qui a abouti au vote de la charte des partis politiques. J’ai aussi adhéré à la proposition de loi qui a abouti au Code électoral,  parce que comportant des aspects conformes à mon ambition en la matière. C’est contraignant, mais toutes nos réformes sont contraignantes. Mais depuis six mois que la charte a été votée, j’ai noté avec tristesse, que les uns et les autres notamment ceux qui n’étaient pas favorables à  cette  Charte des partis, parce que ne voulant pas se soumettre à ces réformes, ne voulant pas perdre leur liberté individuelle pour rentrer dans des grands partis politiques, ont commencé à critiquer que jamais cette charte ne sera mise en vigueur. Ce n’est pas démocratique. Vous reprochez au gouvernement de ne pas préserver la démocratie, d’agir contre la démocratie,  mais je suis étonné de vous entendre faire une pareille critique. Moi, j’ai entrepris de faire une réforme constitutionnelle. Vous l’avez bloquée au Parlement  et je n’ai pas  pu obtenir la majorité nécessaire. Je me suis incliné. C’est cela la démocratie. Nous faisons les débats, nous allons à l’Hémicycle, les votes s’opèrent et la majorité qui l’emporte fait voter la loi qui s’impose à tout le monde. C’est cela notre modèle de démocratie. Vous avez fait un débat sur la Charte des partis politiques. Vous êtes passés au vote et la charte est votée. Elle est contraignante comme la plupart des autres réformes. Il faut s’y conformer. Mon rôle est de veiller à ce que les uns et les autres respectent les lois de la République. Ce que j’attendais des dirigeants, c’est de donner le bon exemple, de dire les lois de la République sont à respecter. J’ai noté que les diligences nécessaires n’ont pas été opérées. J’ai noté que c’est à l’orée des élections législatives que les choses se sont accélérées. Evidemment, quand on attend les derniers jours pour faire les formalités aussi contraignantes, on s’expose à ce que les choses soient mal faites. J’ai été un peu surpris par une telle quantité d’imperfections dans les dossiers fournis par l’ensemble des partis politiques. Cela montre que nous ne faisons rien avec sérieux. J’ai exigé des comptes au ministre. J’ai été ahuri de faire certains constats. Monsieur Azannaï, je vais parler de ce qui vous concerne. J’en ai été plutôt malheureux. Je commence par le plus banal. L’He Houndété a dit que cela fait des années qu’il traine ses fesses sur les bancs de la politique. Si vous nous reprochez de relever nos insuffisances pour nous améliorer, vous m’étonnez monsieur le vice-président. Parce que vous ne faites rien convenablement, il ne faut pas qu’on vous le reproche un jour. Les statuts et règlements intérieurs sont des lois des partis. Vous savez qu’à la constitutive, il n’y a pas de majorité ni de minorité ? Quand on fait un congrès constitutif, tous ceux qui ont participé ont adhéré. C’est pour cela qu’une fois que le parti est créé, on lit et on adopte les textes. Mais si vous mettez dans vos dossiers un statut qui ne comporte ni paraphe ni signature, il devient un tract. Et cela n’engage personne et n’est pas un document du parti. C’est à bon droit que le Ministre vous a demandé de les signer. Ne pas le faire, nous amène à mal faire les choses dans la gouvernance.

Je viens sur un autre aspect. La loi prescrit pour les partis en création, d’avoir dès le départ et tout de suite, un minimum de 15 membres par commune. Sur les 77 communes du Bénin, nous avons dit dans la réforme que nous voulons que les partis soient représentatifs. Cette exigence s’impose aussi aux anciens partis. Mais ces derniers ont six mois pour se conformer. C’est quoi se conformer pour les partis anciens ? Voir art 16. L’art 11 prescrit les conditions pour créer un parti politique. Soit,  vous allez en congrès extraordinaire pour prononcer la dissolution du parti et recréer le parti aussitôt, en gardant logo et tout, mais en le conformant à la loi. Soit, justifier que vous avez au moins 15 membres fondateurs par commune dans le parti depuis sa création.

 

Eric Houndété : La loi dont nous parlons est simple. Monsieur le Président, les partis peuvent subir des mutations comme le cas pour le Pcb jadis Pcd. Vous avez insisté sur les statuts et leur valeur. Les membres d’un parti peuvent décider de prendre le titre de membres fondateurs….

Formidable, monsieur le vice-président. Je voudrais vous demander de vous conseiller entre vous pour qu’on n’assiste plus à de telles scènes. Vous avez dit quelque chose de formidable que vous auriez pu souffler aux autres. Etes-vous membres des Fcbe ? J’ai vu cela se faire récemment. Quand vous décidez d’utiliser un terme consacré à une situation, par exemple décider de donner le titre de membre fondateur d’honneur à un nouveau membre, j’insiste sur honneur sinon,  c’est une fausse déclaration. Je fais attention à tout ce qui se passe dans les partis de mon pays parce que je suis président de la République. La loi a défini implicitement le terme de membre fondateur. Du coup, ce terme,  membre fondateur,  est consacré et l’attribuer désormais à quiconque peut ouvrir un contentieux. C’est pourquoi monsieur Azannaï peut qualifier de membres fondateurs d’autres personnes qui ne sont pas fondateurs. Mais dans ce cas, il faut le préciser dans le procès-verbal de l’assemblée générale qui a décidé de qualifier des personnes non fondatrices de membres fondateurs pour les honorer. Si vous dites cela et vous produisez vos statuts en l’état, je reprocherai au ministre le fait de qualifier cette déclaration comme fausse. Certains l’ont fait parmi vous. Les Fcbe dans leurs statuts, ont précisé que membres fondateurs sont les personnes qui ont initié, participé activement à la création du parti. C’est le même cas chez le parti Usl. Disant explicitement cela, vous ne pouvez plus dans la même période produire une liste de personnes et dire qu’elles sont membres fondateurs. Alors,  il ne sert à rien d’attaquer le ministre de l’Intérieur sur des choses que vous-mêmes reconnaissez mal faites.

 

Théophile Yarou, Fcbe : D’abord, ce n’est pas l’administration qui nous a notifié cela. C’est lors de la notification du certificat de conformité, que le problème s’est posé. Je suis émerveillé par vos explications monsieur le Président. Nous ne sommes pas réfractaires aux réformes. Mais on ne peut pas nous juger sur la base de ce qui n’est pas exigé. Bien qu’appréciant vos observations, je pense qu’il y a une certaine injustice dans le traitement des dossiers au ministère de l’Intérieur. Si c’est en voulant me notifier le certificat de non-conformité qu’on me relève d’autres choses, je vois là une volonté manifeste de m’exclure. Ce qui a manqué, c’est l’inexistence de décret d’application de ces lois. Dans ce cas, on ne peut pas avoir la même compréhension des lois. En ce qui concerne la définition de membre fondateur, je suis d’accord avec vous. En plus, je suis d’accord que nous devons améliorer tout ce que nous faisons. Pour notre administration, il faut des réformes mais ces réformes ne sont pas nouvelles. Mais qu’est-ce cela coûte à l’administration, au lieu de rejeter pour non signature de statuts, d’appeler le parti politique pour qu’il vienne signer.

 

Patrice Talon : Vous avez raison sur le manque d’accompagnement du ministère de l’Intérieur qui est le ministère de tutelle des partis politiques. Je vous en  donne acte. Mais parfois, on a l’impression que les gens savent bien ce qu’ils ont à faire, que certains actes  sont posés par mauvaise foi ou exprès. Pour le cas de membres fondateurs, certains partis l’ont bien fait. Pour ce qui concerne les contentieux, le ministre m’a dit que vous avez saisi la Cour suprême, pour arbitrer, de ce fait, chacun campe sur sa position.

 

Théophile Yarou, Fcbe : Nous avons saisi la Cour pour dire que les motifs de rejet, ne nous ont jamais été notifiés. Et,  donc par conséquent, c’est un abus de pouvoir. Le motif de rejet n’avait jamais fait objet d’observation.

 

Patrice Talon : Non, cela est libre au ministère de vous faire l’observation et de vous demander de corriger. Vous ne pouvez pas lui faire ce reproche. Ce que la loi prescrit, ce n’est qu’en cas de rejet qu’il faut un avis motivé. Mais la loi ne fait pas obligation au ministre de vous faire observer vos insuffisances et de vous inviter à les corriger avant de sanctionner. Maintenant que le débat est public, est-ce que l’Etat ayant constaté que les choses ne sont pas conformes à la loi, peut dire ce n’est pas grave ?

 

Yarou Théophile, Fcbe : Le fait de ne pas parapher ne peut pas être un motif de rejet.

 

Patrice Talon : Et si les statuts manquent, peut-on délivrer les récépissés ?

 

Yarou Théophile : Si les statuts manquent, … l’administration n’a pas un rôle de sanction seulement. C’est aussi de sensibiliser….

Elle l’a fait. En vous faisant des observations, c’est pour vous permettre de corriger et de revenir. Mais dès lors que le débat est sur la place publique, comment voulez-vous que nos concitoyens, qui pour une telle faute en tant que gestionnaires  de cantine scolaire, ou un tel acte,  en tant que policier chargé de la sécurité publique… ont été sanctionnés durement, comment voulez-vous qu’ils comprennent que quand il s’agit des fautes des dirigeants ou des partis politiques, ces derniers ne font l’objet d’aucune sanction ?   C’est pour cela que nous avons pris une nouvelle charte des partis politiques,  pour faire obligation à tous ceux qui s’intéressent à la chose publique.  Ce n’est que ces types de sanctions que l’administration peut apporter à ceux qui ne se conforment pas.

 

Moukaram Koussonda, de l’opposition : A mon entendement, tous ces partis continuent d’exister,  à moins qu’on veuille écourter le délai. L’administration n’a pas mis l’accent sur les points que vous avez évoqués. Nous faisons quoi car pour le moment le délai de six mois est toujours en cours ?

Tant que nous n’avons pas passé la date du 17 mars, les partis existent toujours. Avez-vous lu la décision de la Cour constitutionnelle ? Le problème que nous avons est que lors du vote des deux lois, le législateur n’a pas fait attention aux différentes périodes de mise en vigueur et d’échéances de certaines dispositions. Le mandat des députés étant impératif, on ne peut reculer la date des élections sans éviter un vide parlementaire. Saisie de cet imbroglio, la Cour a statué et a procédé à l’harmonisation nécessaire. Ainsi, tout parti qui veut participer aux législatives de 2019, est obligé de se conformer, donc d’exister ou de se conformer avant le 26 février.

 

Candide Azannaï : Nous sommes venus devant le Chef de l’Etat pour savoir si ce que le ministre a dit n’est pas un motif suffisant pour un responsable politique de demander où allons-nous.

 

Patrice Talon : Vous savez, le ministre a dit aussi que les gens ont commencé à faire les formalités tardivement et que l’examen des dossiers va être très lourd pour les ministères. Le gouvernement a instruit le ministère pour travailler la nuit, les week-ends. Cette instruction est donnée aussi aux impôts. Vous avez aussi dit que certains n’ont pas encore reçu leurs quitus fiscaux. J’ai même instruit le Secrétariat général du gouvernement pour sortir toutes les fois le Journal officiel en cas de nouveaux enregistrements.

 

Candide Azannaï : En résumé, nous sommes venus pour dire que dans ce pays, il n’est pas bon que nous projetions l’image des élections sans l’opposition.

 

Eric Houndété : Mr le Président, j’ai retenu qu’à la suite de nos échanges, vous avez martelé que vous voulez de la paix dans ce pays. Et,  c’est le mot qui a motivé notre demande de convocation de l’ensemble de la classe politique.

 

Patrice Talon : Ma conclusion sera de nature à comprendre vos doléances. Vous demandez que le ministère de l’Intérieur puisse délivrer à tout le monde, quel que soit l’état de leur dossier, quelles que soient les exigences de la loi, les documents nécessaires à leur participation aux élections. Je voudrais bien en convenir avec vous. Mais,  la question qu’il faut se poser, dans un Etat de droit, où une loi a été votée, une loi qui a fait que des partis de l’opposition et non d’opposition, qui souhaiteraient bien compétir, mais qui en raison des contraintes de la loi, ont décidé de ne pas déposer de dossiers, et nous décidons de faire fi de toutes les dispositions de la loi, et de délivrer à ceux qui ont déposé, qui ont eu peut-être le courage de dire « non, non, si je ne suis pas prêt, je dépose quand même », et fort de la complaisance souhaitée du ministère de l’intérieur, on leur délivre les documents. Vous ne craignez pas que les autres citoyens, qui n’ont pas déposé parce qu’ils ne remplissent pas les conditions de réformes, que diront-ils ? On fixe une loi, et il y a des gens qui se préparent à la respecter, et ceux qui n’ont pas respecté la loi, on leur permet de compétir ?  Dans ce cas, vous voulez faire de moi quel type de président,  pendant que je suis dans la charge? Je voudrais que la requête ne compromette pas mon action, ma mission et ma responsabilité. Je veux noter que vous êtes conscients qu’il y a des insuffisances dans vos dossiers. Et que vous estimez que c’est mineur. Vous estimez que le fait d’appliquer la loi de manière rigoureuse, que cela exclut les partis d’opposition. Ce constat est malheureux.

Le constat de l’absence des partis politiques de l’opposition, ce n’est pas ma volonté, je ne souhaite pas que cela soit ainsi.  Si cela se confirme, ce sera vraiment malheureux. Mais ce ne sera pas de ma responsabilité. Combien de choses arrivent durant mon mandat, qui relèvent de notre volonté commune de réformer le pays,  même si tout le monde ne partage pas cette volonté ? Il y a des réformes que nous avons votées et qui sont en cours. Je vais vous dire une chose : La réforme sur la grève. Vous savez que cela peut faire mal au cœur de ceux qui sont chargés de l’appliquer. Mais la raison l’impose. Parce que nous avons vu ici, combien les gens, des femmes à une minute de l’accouchement sont décédées dans les hôpitaux,  parce que les médecins ont fait grève sans service minimum. Combien tout cela nous a révoltés et nous avons réformé notre modèle dans ce domaine de cessation de travail. Ce n’est pas la joie au cœur,  car il existe des réformes difficiles que nous mettons en place à cause de la raison,  mais parfois le cœur en souffre. C’est,  aussi cela diriger. Parce que c’est bien pour nous globalement, c’est bien pour nous demain et c’est bien pour le développement durable. Mais êtes-vous fiers de la classe politique béninoise ? Êtes-vous fiers du système partisan béninois ? Je vais vous dire pourquoi, je ne suis pas fier. Ça fait combien de temps que nous décriions tous qu’il est temps que les partis politiques fassent l’effort de se regrouper pour créer des partis politiques forts ? C’est important que l’opposition aille aux élections. Mais,  ce n’est pas moi qui choisis ceux qui vont aux élections. L’absence éventuelle de l’opposition,  que vous représentez,  aux prochaines législatives, je souhaite que cela ne soit pas ainsi. Mais cela dépend exclusivement de vous. Personne ne peut forcer la main à un parti politique d’aller aux élections. Les dispositions à satisfaire pour aller aux élections relèvent également de votre volonté, de votre disponibilité de remplir ces conditions. Je voudrais vous prier :

– de ne pas passer le temps à dire que la loi est mauvaise : elle est votée et tant qu’elle n’est pas remise en cause, elle reste applicable.

– De ne pas dire que le ministère de l’Intérieur a été trop exigeant sur ce qu’on vous demande,  car vous avez reconnu que certaines choses n’ont pas été faites comme la loi le prescrit.

– Je voudrais vous inviter à donner une suite favorable à l’entente de nous tous, à votre endroit, être en mesure de participer aux élections législatives en tant que forces de l’opposition, si on peut vous qualifier ainsi ; c’est ma prière. Il est encore temps de le faire.

Si vous persistez à maintenir dans vos dossiers des pièces qui constituent la matérialisation de fausses déclarations, l’administration ne peut pas fermer les yeux là-dessus. En ce moment, nous aurons commis le péché de foutre tout en l’air ; parce que nous aurons donné la preuve que tout ce qu’on attend de nos concitoyens ordinaires, nous l’attendons pas de ceux qui veulent les diriger. On ne peut accepter que quelqu’un qui aspire à être parlementaire, à être ministre de la République, à désigner des ministres au gouvernement, fournisse à l’administration, des dossiers avec du faux. Nous avons essayé de faire des débats dans un esprit de convivialité, sans aller au-delà, et j’ai espéré qu’à la fin, il sera dit que, c’est vrai l’administration a fait son travail avec plus de compétence qu’avant, et que cela peut être reconnu, que les choses seront corrigées et à la limite, on demandera à l’administration de travailler toute la nuit, de veiller. J’ai vu des gens convoquer des congrès extraordinaires en quelques heures. Ce n’est pas à moi de vous dire ce qu’il faut faire. Je serais à votre place que je serais capable d’être présent aux élections à venir. Il ne sert à rien de faire beaucoup de bruits, d’attaquer la loi qui est votée. Même si vous n’êtes pas d’accord, elle s’impose à tout le monde. Si vous voulez vraiment aller aux élections, vous avez les moyens. Il ne faut pas faire exprès de décrédibiliser l’action gouvernementale, en disant, c’est sous lui qu’il y a eu élection sans la participation des partis de l’opposition. Mais, je serai malheureux de constater qu’il n’y a pas de partis de l’opposition. Je ferai toutes les prières qu’il faut pour que cela ne soit pas ainsi pour déjouer votre plan. Peut-être que vous le faites exprès. Mais il faut plus que cela pour me démotiver. J’exige l’excellence en toute chose, en tout lieu. Je sais que l’exigence de l’excellence est pour nous le seul moyen de changer le sort de notre pays. Cela va autant pour les policiers, pour les enseignants, pour les médecins, que pour les dirigeants politiques. Je vous invite à donner le meilleur de vous-mêmes pendant qu’il est encore temps pour être présents aux élections. L’administration jouera son rôle, les gens veilleront pour faire ce qu’il convient de faire. Et je voudrais que les réponses soient de nature à permettre à tous ceux qui veulent aller aux élections d’y aller parce qu’ils ont satisfait aux exigences de la loi. Je vous remercie.

 

Transcription: Abdourhamane Touré

 

 

 

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