Plongée dans l’univers politique béninois:Anique Djimadja  publie  «Pascal Irénée Koupaki, l’énigme»

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«Pascal Irénée Koupaki, l’énigme », est un essai politique  qu’a lancé  jeudi 24 janvier 2019, Anique Djimadja, à Cotonou,  devant un parterre de personnalités politiques et de la  société civile. Le livre de 314 pages, préfacé par l’Abbé Maurice Hounmènou, a été présenté au public par l’écrivain Habib Dakpogan.  Nous vous  livrons ici la substance de la présentation qui est un condensé de l’histoire politique récente du Bénin. (Extraits)

Et j’ai ouvert ce livre, et c’est l’excellente et érudite préface de l’Abbé Maurice Hounmènou qui fixe les premiers repères puisqu’il dit en page 20 parlant de l’auteure : « Elle ne s’enferme pas dans une admiration complaisante et condescendante d’une personnalité qu’elle a côtoyée », et plus loin en page 21 « Pour Anique en effet, la vraie image de Pascal Irénée Koupaki ne peut être reconstruite qu’à partir de sa vie intérieure et de sa vision symphonique d’un Bénin nouveau ».

 

Si vous espériez y voir de l’encensement, de la flagornerie de basse extraction, passez votre chemin. Mais si voulez lire une analyse objective et parfois sévère du tempérament d’un personnage, de l’évolution d’un ensemble de tropismes, et finalement, de tout un paradigme socioculturel et politique, arrêtez-vous et tournez ces pages : le détour en vaut bienvotre curiosité.

 

Ceci dit, je vous prie de bien vouloir me suivre pour une petite visite guidée.

Parlons d’abord de la livraison.

Pascal Irénée Koupaki, l’énigme, nous est rendu sous la forme d’un volume de 314 pages, et ce qui surprend agréablement, pour un auteur qui est à ses débuts, c’est le sens de la structuration.

En effet, ce livre s’étale sur 22 chapitres courts regroupés en quatre grandes parties. Dans la première, l’auteure décrit sa rencontre avec PIK dans un style empreintd’humour et d’autodérision. Dans la deuxième partie, elle fait la rétrospective d’une élection présidentielle qu’elle qualifie d’éthique et de qualité,pour nous placer dans la troisième sous le vent du nouveau départ, avant de conclurele cheminement dans une dernière partie au titre plutôt enjoué de Koupaki, entre apparat, apparence et appareils.

Le choix des chapitres courts est judicieux parce qu’il élimine l’ennui qui est le plus gros risque qui guette les essais en général et les biographies en particulier. La langue est simple sans jamais être prosaïque, directe sans cesser d’être élégante. Une citation à l’entame de chaque partie rend la lecture conviviale et l’absence de notes de bas de pages allège l’œuvre, éloignant du coup toute idée de pédantisme qui serait d’ailleurs malvenuedans le contexte d’unlivre qui ambitionne de faire un réel impact. Mais quelle est l’histoire qui nous rassemble ici aujourd’hui ?

 

Au commencement était l’ascenseur

 

Un jour, Anique, une jeune communicatrice de profession, est allée visiter une de ses amies au Ministère du développement, où elle était responsable à la communication. Elle se retrouve dans l’ascenseur, nez-à-nez avec le ministre lui-même, qui s’est montré galant, prévenant, disons aimable sans, évidemment, rien perdre de la distance et de la posture attendues d’une autorité. Ce n’était pas courant. Elle est sous le choc. Elle racontera plus tard à son amie (page 39) : «Devine qui je viens de croiser dans l’ascenseur ! Ton ministre ! Il m’a fait bonne impression mais m’a l’air un peu coincé ».

Ce côté « coincé » que l’auteure décrivait à sa copine, a eu du mal à s’émousser. Il a fallu, de la part de son entourage, comme elle l’a dit un peu plus loin, toujours en page 46, un supplément d’efforts : « PIK avait fait un effort sur son image. Il était devenu un peu plus accessible. Il sortait peu à peu de sa réserve, acceptait de plus en plus les dîners de presse initiés par sa Chargée de communication. Un grand pas. Son image avait nettement évolué dans l’opinion publique. Les gens le trouvaient moins hautain et moins distant. Bien au contraire, il avait fini par séduire les Béninois, toutes catégories confondues, de l’intellectuel jusqu’au zémidjan ».

Le technocrate dont le charisme commençait à contaminer l’opinion publique, prend en 2010, les rênes du Parti Udbn, en remplacement de Claudine Prudencio. Son discours engagé contre la transhumance et les indélicatesses politiques, un discours tourné vers la vertu et l’honnêteté, un discours en avance sur son temps, a probablement été à la base de ses déboires avec Boni Yayi, celui-ci voyant poindre en Pik un homme d’Etat qui pourrait devenir un redoutable adversaire. Le parfum de sainteté de l’homme qui était naguère considéré comme la caution morale et intellectuelle du gouvernement, s’est peu à peu évaporé, laissant place aux miasmes d’une chasse aux sorcières implacable, le nom de Pik étant cité dans la plupart des scandales de l’époque : Icc, Dangnivo, Pvi, Maria Gléta, Nocibe, véhicules d’occasion, etc. Commence alors une descente aux enfers, un parcours d’humiliations au vu duquel Anique était si bouleversée qu’elle a dit de sa copine en page 53 « Je la comprenais, mais je comprenais mal son patron qui face à toutes ces accusations, n’avait pas pu claquer la porte. Pourquoi ne pas taper du poing sur la table et s’en aller tout simplement ? ».

 

« Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un mot

(…) Tu seras un homme, mon fils »

 

Tout le long de ce livre, vous croiriez entendre cet extrait de Kipling qui atténue cetterévolte qui vous envahit de voir un homme vilipendé rester sans réaction.

La démission de PIK, tant attendue, n’interviendra qu’en juillet 2013, à la suite d’une curieuse dissolution du gouvernement dans un contexte qui n’était pas celui d’un régime parlementaire. L’auteure décrira avec une émotion palpable, la passation de service de l’ex ministre qui dira partir avec la conscience tranquille et le sentiment du devoir accompli.

C’est deux mois après cette démission qu’il lance le livre bleu dévoilant le projet Nouvelle Conscience, qui le positionne dans la course à la présidentielle de 2016 comme l’un des rares porteurs d’idées, élection à l’occasion de laquelle PIK s’est révélé comme un véritable phénomène politique.

L’auteure nous ramène par la suite dans les coulisses de cette présidentielle, décline la vision du candidat qui selon elle, repose sur un ensemble de symboles forts constituant ses repères fondamentaux et ses spécificités identitaires dans le paysage institutionnel et politique du Bénin. Elle nous amène dans les couloirs ouatés autant que sur les sentiers rocailleux d’une campagne particulièrement mouvementée. Elle raconte en anecdote  ce shooting photo d’enfer, qui lui a donné l’occasion de voir pour la première fois, la seule d’ailleurs, le candidat d’ordinaire toujours serein, perdre patience. N’était-il pas un humain comme les autres ?

A trois mois des échéances, tout devenait de moins en moins évident pour Pik. Les mains tendues n’ont pas été saisies, les promesses d’alliances furent des marchés de dupes. La biographe s’est demandé, je cite, en page 132,« Je continue de me poser la question de savoir pourquoi nous n’avons reçu aucun soutien de ces grandes formations politiques malgré le fait que de nombreux responsables s’accordaient à reconnaître ses qualités d’homme d’Etat. Et je pense à ce maire qui n’hésitait pas à affirmer qu’il devrait choisir entre Pik, Talon et Ajavon, mais que Pik n’avait pas d’argent et qu’il était d’office rayé des tablettes. ».

Mais en définitive, comment faire la politique avec le Cfa éthique en lieu et place du Cfa sonnant ? Dans l’impossibilité morale d’animer un marché d’achat et de vente de conscience, Pik a choisi la méthode, en technocrate accompli. Définir des objectifs, cibler des corps de métier, et aller vers le Béninois avec des arguments et non des promesses électorales. Sa stratégie a été saluée, même par ses adversaires politiques.

Bien que Pik ait été doigté comme la seule alternative crédible par nombre de personnalités et certains cercles de réflexion, il y avait toutefois une évidence qu’il fallait être aveugle pour ignorer, celle du nerf de la guerre. Ce qui était bluffant, pour la jeune auteure, c’était la sérénité déconcertante de PIK face au découragement progressif de son équipe, devant la rareté de ressources.

 

Au soir des élections, nullement ébranlé, il a prononcé face à sa troupe, un mot mémorable : « …Je viens célébrer avec vous ce qu’un africaniste appelait « la victoire des vaincus. » Oui, la victoire des vaincus temporaires ! La victoire des vaincus, c’est la victoire de ceux qui vont au combat les mains nues mais qui reviennent debout sur leurs deux jambes. Chers amis, nous sommes revenus debout sur nos jambes… Nous sommes donc bien là… »

 

Eh oui Pik était bien là, fidèle à son calme, sa sérénité, sa confiance. Il demandera par la suite à ses électeurs de soutenir Patrice Talon, devenant ainsi l’un des premiers artisans de la Rupture.

Et Pik qui se retrouve à présenter un point de presse hebdomadaire, comme porte-parole d’un gouvernement dont certaines actions ressemblent étrangement à celles qui étaient naguère décriées. Pendant ce temps, les déçus du Nouveau Départ le considèrent presque comme le traitre dont le silence est la caution des écarts de la Rupture.

Mais l’auteure observe que deux ans après les chocs presque naturels de début, il se manifeste une sorte d’apaisement dû à la mise en œuvre de certaines réformes qui s’inscrivent dans la ligne idéologique de la Nouvelle Conscience. Une fois encore, la tempérance de l’homme a pris le pas sur les réactions vives. Et Djimadja remet en avant la loyauté inébranlable de Pik, lorsqu’elle écrit en page 184 : « Sauter d’un navire en pleine difficulté, laissant l’équipage à bord, n’a jamais été le propre de Koupaki ».

Toutefois, l’Ecole Nouvelle Conscience s’est comme désagrégée, étouffée sous la bannière trop prégnante du nouveau Régime. Et elle demeure quelque peu déçue par le mutisme de son leader, mutisme qui ressemble à l’abandon du mouvement qui a suscité tant d’espoir et changé les modes de pensée de tant de jeunes.

Elle nous fait lire en page 186 : « Qu’est-ce qu’il reste des 177 000 électeurs mobilisés dans ce contexte de réforme du système partisan où les différents mouvements et partis s’organisent pour s’affirmer ? En fin de compte, que représente la Nouvelle Conscience pour ses compagnons et pour son leader ? Un outil de conscientisation du citoyen face aux enjeux de développement de la cité ou un simple instrument de conquête du pouvoir ? ».

 

Par Habib Dakpogan

 

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