Proposition de médiation de l’Eglise catholique:L’impartialité de la Ceb à rude épreuve

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La proposition de médiation de la Conférence épiscopale du Bénin (Ceb) pour sortir de la crise postélectorale est diversement appréciée par les Béninois. Le politologue Gilles Gohy dans une réflexion intitulée : l’impartialité de la Conférence épiscopale du Bénin en question !, fustige « les évêques béninois qui parlent d’impartialité alors que les conditions posées par ces derniers pour la réconciliation démontrent tout le contraire ». Lire l’opinion ci-dessous.  

Quand, à la Conférence des forces vives de la Nation (Conférence nationale) en 1990, feu l’ancien président de la République, Maurice Kouandété, gonflé de dépit et d’exaspération, traita Mgr Isidore de Souza de « prélat magouilleur » à cause de ses nombreux virevoltes d’un groupe de travail à l’autre, le Béninois ordinaire se choqua d’une telle violence verbale. Il ne comprit certainement pas les raisons explicatives de ce coup de gueule d’une telle personnalité envers une autre ; d’une icône envers une figure emblématique de cette dimension. L’intention, révélée sur le tard, était l’arrondissement des angles, les compromis jusqu’aux compromissions, l’avalement de diverses sortes de couleuvres, pour accoucher la situation nationale qu’on connaît !

Trente ans après, le même Béninois pourrait s’exclamer : « … Et voilà ! L’Histoire se répète ! « « A juste titre », pourrait-on lui rétorquer ! 

Parce qu’on ne comprend pas toujours le bien-fondé des actes ou des actions du Clergé au Bénin.

On se souvient encore des larmes versées à la télévision, à la face du monde, par Mgr Isidore de Souza qui invitait à renverser le Président de la République en exercice Nicéphore Soglo !

Marqués de parti-pris flagrants, ces actes et actions sont généralement porteurs de malaises de divisions et de controverses, tant les enjeux de ces actes / activités, divers ou diversifiés, ne paraissent pas toujours évidents aux personnes simples, laissant libre cours à des supputations ! Et c’est effectivement de cela dont il s’agit, concernant la dernière offre de médiation de la Conférence épiscopale du Bénin qui laisse bien perplexe.

La Ceb plaide, par exemple, auprès des autorités pour« le retour au bercail de tous les fils et filles du Bénin contraints à quitter le territoire national pour une raison ou une autre, la jouissance totale des libertés d’expression et de mouvements par tous les citoyens et enfin la restauration d’un climat de paix et de confiance dans le pays». Autrement dit : les exilés volontaires ; ceux qui choisirent délibérément de quitter leur pays, d’aller en « exil », doivent être autorisés à rentrer, comme des enfants prodigues ! Mais, qui les avait chassés pour les autoriser maintenant à rentrer ?

 

Les évêques béninois parlent d’impartialité alors que les conditions qu’ils posent démontrent à suffisance, tout le contraire. La Conférence épiscopale du Bénin propose simplement une médiation sous condition, une sortie de « crise » sous contrainte ! Elle montre ainsi de façon flagrante un parti pris évident et lourd qui pue de loin le plaidoyer spécial à un exilé volontaire particulier extrêmement généreux envers le Clergé béninois !

 

La Conférence épiscopale du Bénin parle de réconciliation. Pourtant, il ne peut y avoir de vraie réconciliation sans justice. Si réconciliation s’entend comme le retour à des sentiments d’amitié ou à de meilleures dispositions fraternelles après un temps de brouille ou de désaccord, on devrait d’abord se demander la nature et le corps du désaccord ou du litige, pour l’empoigner vigoureusement. Et comme un abcès purulent, avoir le courage de serrer les dents pour le percer, le vider du pus aux fins de soulagement, répondant ainsi à la question fondamentale suivante : qui a créé la discorde et qui doit l’absoudre après l’avoir assumée ?

Pourquoi parler de réconciliation quand on a détourné de l’argent ou dilapidé des fonds publics en narguant la justice qu’on fuit crânement ? On constate alors aisément que le cas du citoyen Patrice Talon qui fuit en 2012 une arrestation arbitraire et un assassinat inévitable d’un gouvernement aux abois est totalement différent ! Surtout qu’il s’était, lui, volontairement porté au commissariat central de Cotonou pour y être écouté, avant d’être informé plus tard des intentions funestes du régime à son encontre et de devoir se mettre à l’abri.

Parler de réconciliation en l’état, n’est-ce pas aller vers une nouvelle définition biaisée de la faute et de la justice, si on s’en tient à une lecture profonde du document de la Ceb ? Celle-ci doit avoir son référent spécifique qui voit noir là où il n’y a pourtant que clarté aveuglante.

De présumés voleurs se dérobent à la loi, au grand dam du Béninois moyen, et se font ensuite traiter faussement d’exilés ! Qui contraint qui à fuir ? Les gens ne doivent-ils pas répondre de leurs actes pour laisser en apprécier l’indélicatesse ou non ? Refuser de le faire, s’opposer à la manifestation de la vérité pour le bien du Peuple, est-ce cela l’exil ?

Advenant qu’on soit condamné par la justice de son pays, doit-on le fuir parce qu’on en a les moyens ?

Quand d’anciens Présidents de la République s’affolent pour œuvrer au saccage et à l’incendie de Cotonou et du pays, arguant une prétendue exclusion d’une fausse opposition des élections législatives ; quand ils mettent à exécution leur exhortation diabolique en envoyant à la mort de paisibles victimes embarquées par la méchanceté de leurs concitoyens, pendant que trônait sur leur table du champagne destiné à célébrer l’aboutissement de leur projet abject visant à renverser le président élu, il n’y eut pas de Conférence Episcopale du Bénin pour fustiger le crime !

Quand le président-Maire Nicéphore Soglo, incapable pendant une quinzaine d’années de développer la ville de Cotonou, par fautes de forces et moyens divers, en a subitement pour parcourir monts et vaux, afin d’ennuyer les gens dans des capitales africaines par sa présence intempestive et gênante, on devient pantois devant tant d’hypocrisies et de sournoiseries manifestes. Et quand il invite effrontément à l’intervention étrangère au Bénin, la Conférence épiscopale du Bénin était muette et inexistante, non ?

Quand, au clair du malentendu préélectoral, des citoyens se réclamant d’une certaine opposition insultèrent l’Institution Patrice Talon (Président de la République) et les autorités du Bénin, la Conférence épiscopale du Bénin n’eut rien à dire ; tout est normal !

Quand il y eut même un certain prêtre, homme de Dieu, pour organiser à répétition, des cercles de critiques du gouvernement et de son chef, Patrice Talon, la Conférence épiscopale du Bénin était muette. Rien à dire ! Silence ! On tourne !

Quand des citoyens de certains niveaux de responsabilités commirent des crimes économiques et financiers, le Bénin n’eut pas de Conférence épiscopale pour fustiger la chose et les inviter à en répondre, devant la justice de leur pays : la Conférence épiscopale du Bénin ne vit rien de tout cela

Quand on incite à la violence et à la rébellion contre le pouvoir en place ou à l’insurrection populaire ; quand on fait venir « les siens » pour saccager les biens publics et privés, ne doit-on pas répondre de ces actes ? Sommes-nous dans un Etat voyou pour que justice ne soit pas rendue équitablement ?

Tout ce rappel pour affirmer sans nuance que la Conférence épiscopale du Bénin ne fait pas montre d’impartialité. Et ce faisant, elle ne démontre pas son amour pour le Bénin et l’Institution que son Président incarne. Elle ne lui facilite pas la tâche, jouant plutôt aux sapeurs-pompiers après l’incendie et égrenant la partition lugubre des ennemis du peuple béninois.

L’impartialité de la Ceb serait franchement de bon aloi si elle avait d’abord invité chacun et tous à faire face aux vrais problèmes, ceux soulevés par l’incurie et l’irresponsabilité des gens qui prônent la violence aveugle et le mal systématique, simplement à cause de la haine farouche nourrie contre un Président de la République en exercice, qu’on déteste cordialement. On est où, là ?

Qu’on cesse de tromper ce peuple déjà trop meurtri par des décennies de gouvernance scabreuse, qui mérite pourtant mieux : son développement !

Qu’on laisse donc à ce pays la seule équipe dirigeante, depuis son Indépendance le 1er août 1960, qui montre qu’elle œuvre à cette fin ! Je crois en avoir assez écrit pour montrer que ce dont nous avons besoin au Bénin est de la latitude pour permettre à ce gouvernement en action de continuer à développer le Bénin ! Je ne vois personnellement pas la médiation dont il a besoin !

Car, en toute franchise, que peut-on attendre d’impartial d’un acteur controversé bourré de partialité comme la Conférence épiscopale du Bénin ? N’est-ce pas jeter l’oiseau au chat ?

 

Dr. Ir. Gilles Expédit Gohy.

Sociologue démographe Politologue

Maître-assistant des Universités du Cames.

Enseignant Chercheur à l’Eneam/Uac

 

 

 

 

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