Réconciliation avec son successeur au Palais de La Marina:Yayi joue à un jeu flou

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L’ex-chef de l’Etat n’est visiblement pas prêt à fumer le calumet de la paix avec son successeur au Palais de La Marina. Répondant à la volonté de réconciliation émise par le président Patrice Talon le dimanche 20 décembre 2020, quelques semaines plus tôt lors de sa tournée de reddition de comptes à Parakou, Yayi Boni n’a pas répondu ouvertement à la requête de son successeur. Au contraire, il s’en est pris à la gouvernance Talon qui, d’après ses propos, « chicotte tout le monde ».

La réconciliation souhaitée par le président Patrice Talon avec son prédécesseur Yayi Boni ne sera visiblement pas une réalité de sitôt. Attendu pour donner une réponse à la demande formulée par Patrice Talon à Parakou le 12 novembre dernier lors de sa tournée de reddition de comptes à Parakou, le président d’honneur du parti « Les démocrates » a répondu hier, dimanche 20 décembre 2020 sans combler les attentes des Béninois. En plusieurs séquences, le chantre du Changement et de la Refondation a semblé dire à Patrice Talon de la Cité des Koburu que le moment n’est pas encore propice. « Je vous dis merci d’avoir accueilli notre cher président. Je vous en remercie infiniment. Permettez-moi de vous dire ceci : lorsqu’il disait qu’il souhaite la réconciliation avec moi, je suis venu devant vous ici à Parakou puisqu’il pense encore à moi. C’est Dieu. Qu’est-ce qui peut se passer sans la main de Dieu. Je lui rends grâce », a-t-il déclaré avant de rappeler les faits pour lesquels il a la dent dure contre le président Talon. Le premier fait justificatif de la désaffection, est l’encerclement de son domicile par les forces de sécurité publique au lendemain des incidents malheureux de mai 2019 qui ont occasionné des pertes matérielle et en vie humaine. Selon l’ex-chef de l’Etat, « son ami » lui a envoyé des « enfants soldats » pour encercler son domicile pendant 52 jours sans eau, ni visites. La seconde épreuve qui a été rappelée aux militants de Parakou pour la circonstance, est la descente avortée au marché Dantokpa suivie des tirs de gaz lacrymogène sur l’ancien président Nicéphore Soglo et lui. Un homme de Dieu qui invoque Dieu si tant, a-t-il besoin de ressasser ces faits si la Bible recommande de pardonner son frère ? Le président Patrice Talon a plusieurs raisons d’en vouloir à son prédécesseur au regard des événements d’après le 28 avril 2019 et dont son implication a été établie par les enquêtes diligentées par le Procureur de la République près le Tribunal de première instance de première classe de Cotonou. Et pourtant, Patrice Talon, ne voulant pas la mort du pécheur, a décidé de tourner cette page. En bon fils de Dieu, Yayi Boni devrait saisir cette main tendue pour prouver sa foi. Proclamer Dieu partout et en toute circonstance et refuser de pardonner ne rime à rien.

 

« Je n’ai rien de particulier contre lui » : de la phraséologie

 

L’autre séquence de la déclaration de Yayi Boni à Parakou qui mérite qu’on s’y attarde est le fait que l’ancien président de la République veuille faire croire qu’il n’a rien de particulier contre « son jeune frère », Patrice Talon. Mais paradoxalement, ce dernier se plaît à critiquer la gouvernance du Nouveau départ. « Il (Patrice Talon) est notre jeune frère et il demande aujourd’hui une réconciliation. Ce que je saurais dire : je n’ai rien de particulier avec lui, c’est-à-dire que je n’ai rien contre sa personne physique parce qu’il est une créature de Dieu, mais attention là où nous ne nous retrouvons pas, c’est sa gouvernance qui chicotte en ce moment tout un peuple », a fait savoir l’ancien président de la République. Ces propos prouvent à suffisance que Yayi Boni n’est pas sur la même longueur d’onde que le chantre du Nouveau départ. Si non, qu’est-ce qu’il appelle une gouvernance qui chicotte en ce moment tout le monde ? Veut-il que les travers tels que le laxisme, le népotisme et l’impunité depuis les indépendances continuent d’être érigés comme mode de gouvernance ? Heureusement que cette erreur fatale a été évitée par le président Patrice Talon pour le Bénin depuis avril 2016. Le développement d’un pays nécessite des sacrifices. C’est à cela que l’actuel chef de l’Etat n’a de cesse de convier ses compatriotes. Les pays émergents que l’ex-président de la République a eu du plaisir à prendre pour modèles au cours de ses deux mandats et dont il n’a pas pu atteindre les performances, sont passés par la lutte implacable contre la corruption. Si aujourd’hui, le pouvoir en place fait l’option de la lutte contre ce fléau, son cheval de bataille, il est du devoir de tous les Béninois de l’accompagner.  Ne pas le faire, c’est faire preuve de lâcheté et les générations futures en demanderont des comptes.

 

Abdourhamane Touré

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