Réouverture ciblée des frontières nigérianes avec certains voisins dont le Bénin :Stratégie ou capitulation de Buhari?

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Plus d’un an après la fermeture unilatérale des frontières bénino-nigérianes, le président Muhammadu Buhari vient d’ordonner leur réouverture immédiate, a-t-on appris hier mercredi 16 décembre 2020, de sources nigérianes. Cette information capitale attendue de longue date, semble-t-il, a laissé place à une sorte de joie légitime au sein de la population. Mais après l’euphorie, n’y a-t-il pas lieu de repenser nos relations bilatérales avec le voisin de l’Est pour que les mêmes causes ne produisent plus les mêmes effets ?

Frontières de Sèmè-Kraké ! L’ambiance était inhabituelle dans l’après-midi du mercredi 16 décembre 2020. La morosité observée depuis la fermeture des frontières le 20 août 2020 par le président de la République fédérale du Nigéria, Muhammadu Buhari, a passé le témoin à une sorte de liesse populaire. La raison est toute simple. Les autorités nigérianes ont finalement jugé de l’urgence de sauter les barrières pour qu’enfin reprenne la libre circulation des personnes et des biens. Face à cette évidence, les populations frontalières, qui subissent de plein fouet les effets de cette crise, n’ont pu contenir leurs joies. Le soulagement se lisait sur les visages. Il y avait de quoi. Au total, seize mois se sont écoulés depuis la prise de cet acte qui, sans doute, a asséné un coup aux échanges commerciaux entre les deux pays. En effet, le commerce informel de réexportation et de transit vers le Nigéria représente 20 % du PIB du Bénin, selon les chiffres de la Banque mondiale.  Mais, les autorités béninoises, avec la clairvoyance qui les caractérise, ont tenu bon. Et le pire qu’on craignait n’est pas advenu. Le Bénin a dignement fait face à la crise au point que beaucoup ne se rappellent même plus que les frontières étaient toujours fermées. L’économie béninoise est aujourd’hui plus qu’au mieux de sa forme. C’est donc un non-événement pour cette frange de citoyens qui, sur les réseaux sociaux, n’ont pas hésité à le clamer : « Goliath a capitulé face à David ». Mais au-delà de la joie, au-delà de la fierté d’appartenance à une Nation souveraine qui vient de prouver qu’elle peut vivre indépendamment de la première puissance d’Afrique de l’Ouest, n’est-il pas le moment idéal de tirer les grands enseignements et de penser à rebâtir de nouvelles relations avec le Nigéria ? La réponse à cette immense question convie à explorer les griefs que la partie Nigériane fait au Bénin. En effet, le Nigéria accuse le Bénin de faire entrer sur son territoire du riz importé. Selon Buhari, ces importations massives et frauduleuses depuis le Bénin ont de répercussions négatives sur le programme d’autosuffisance en matière de production de riz que son pays a atteint grâce à la stratégie mise en œuvre ces dernières années par le gouvernement fédéral. « Aujourd’hui que nos populations rurales sont retournées dans leurs fermes agricoles pour rehausser notre production, ce qui a permis à notre pays d’économiser d’énormes sommes d’argent qui auraient autrement été dépensées pour importer du riz en utilisant nos rares réserves étrangères, nous ne pouvons pas permettre la contrebande de ces produits agricoles dans des proportions aussi alarmantes», a expliqué Muhammadu Buhari à Patrice Talon en marge de la Ticad 7 à Yokohama. Face à cela, l’urgent pour les forces de sécurité béninoises est de développer une stratégie sur la façon d’endiguer l’exportation frauduleuse des produits agricoles à travers la frontière nigériane. L’enjeu est de taille, et si le Bénin réussit ce pari, c’est clair que des inconvenances du genre ne surviendront plus.

 

Joël Samson Bossou

 

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