Sandra Idossou sur le  combat contre les sachets plastiques:« Nous n’avons pas beaucoup avancé »

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Le Matinal : La loi 2017-39 sur les sachets plastiques avait suscité beaucoup d’espoir pour la préservation de l’environnement. Malheureusement, sur le terrain,  son application peine à être une réalité. Comment expliquez-vous cela ?

Sandra Idossou : Je suis la présidente de l’association « Engagement action sociale ». Nous menons beaucoup d’activités dont la campagne « Sachets héloué » qui vise à sensibiliser les populations sur le fléau que représentent les sachets plastiques. Comme beaucoup d’associations, nous nous étions dit qu’en six mois, les sachets plastiques pourraient effectivement disparaître de la circulation. Malheureusement,  presque deux ans après, nous n’avons pas beaucoup avancé. Tout simplement parce que toutes les dispositions prévues par la loi n’ont pas été mises en application. Par exemple, elle prévoit la répression pour les commerçants, les détenteurs et les distributeurs. Cette répression n’a pas été mise en place. Une loi ne peut porter que si, derrière, sa mise en application est bien définie. Les commerçants qui avaient six mois pour arrêter l’importation, continuent d’en importer.

 

A quel niveau se situe, selon vous, le blocage ? Est-ce la faute à la population ?

 

 Non. La population a été assez sensibilisée. Elle attend simplement les solutions alternatives promises. Maintenant, concernant les sachets biodégradables, il faut qu’on arrête d’attendre qu’elles viennent. En attendant,  on peut utiliser toutes les alternatives  dont notre pays dispose. Le seul fait de demander aux dames d’amener des paniers ou d’autres sacs au marché, au lieu des sachets plastiques, ou d’aller acheter de la nourriture dans les bols,  est une alternative. Par ailleurs, rien ne prouve que les sachets biodégradables dont on nous parle, sont vraiment biodégradables. Les vrais sachets biodégradables sont faits à base d’amidon, de pommes de terre ou de maïs. Ici au Bénin, personne n’en fabrique. Donc, pour ne pas induire les populations en erreur, nous disons que nous sommes contre les biodégradables. Ce qui permet de prendre en compte le fait  que, à côté des sachets plastiques, il y a d’autres alternatives.

 

Vous en rejetez donc  le tort sur l’Etat ?

 

En tout cas, ceux qui sont chargés de l’application de la loi ne font pas ce qu’ils doivent faire. Prenez l’exemple du port de casque. Malgré la sensibilisation, les gens continuaient de rouler sans casque. Il a fallu qu’on mette les policiers aux abords des rues avec  la menace du payement de 25 000 FCfa de pénalités ou d’amende, pour que les gens s’exécutent. La leçon : tant qu’il n’y pas la répression, le commerçant n’en  a rien à foutre de notre santé, et les sachets continueront  d’être déversés dans la nature. Ces sachets passent par la frontière bénino-nigériane. C’est donc au niveau de la frontière qu’il faut vérifier la qualité des sachets biodégradables.

 

Les sanctions prévues dans la loi ne sont-elles pas excessives ?

 

L’objectif visé par le législateur, c’est la dissuasion. C’est pour que les gens évitent de recevoir des amendes. Donc, ce n’est pas forcement pour que l’Etat gagne cet argent. Les commerçants qui ramènent les sachets doivent mesurer les risques encourus par rapport aux sanctions prévues par la loi. Il faut que les populations en arrivent à ne plus jeter ces sachets,  c’est l’objectif visé. Ce serait dommage de voter cette loi et d’avoir mis toute cette  énergie à faire la sensibilisation, et revenir à la case départ. Cela voudra dire que nos autorités ne sont pas sensibles aux questions environnementales : ce que je ne veux pas croire. C’est pourquoi, je reste persuadée que les autorités veulent mettre la loi en application. Je prie pour que bientôt elles arrivent à mettre cette loi en application.

 L’Etat peut prévoir des initiatives individuelles pour sauver ce qui en reste ?

 

Les actions individuelles ne vont pas suffire. Par exemple, quand nous nettoyons les samedis les grandes ruelles,  quelques heures après,  elles  sont encore sales. Tout simplement parce que les portes d’entrée de ces sachets ne sont pas encore fermées. Le ramassage des samedis a seulement pour objectif de faire prendre conscience aux populations des dangers que représentent les sachets plastiques. Mais c’est au gouvernement de fermer les portes d’accès, sinon ce serait peine perdue. Et par rapport à cela, la sensibilisation seule ne suffit pas. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il faut manier  la carotte et le bâton, et  peut-être revoir la loi en elle-même et comment elle est écrite. Elle autorise les sachets biodégradables. Or, on n’aurait dû faire comme le Rwanda et le Kenya, qui ont purement interdit les sachets plastiques. Çà aurait permis d’éviter la polémique autour de ce qui est biodégrade ou ce qui ne l’est  pas.

 

Propos recueillis par Wilfrid Noubadan

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