Scrutin du dimanche 28 avril 2019:Les grands enseignements

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Il serait fastidieux, 24h après le scrutin du dimanche 28 avril 2019,  de vouloir déjà  tirer tous les enseignements politiques. Cependant, pour avoir réussi à respecter les délais constitutionnels, Patrice Talon, vient de nouveau, comme si besoin en était, nous convaincre tous,  qu’il est un homme d’Etat,  un brin en avance sur ses détracteurs.

« Plaise au ciel qu’aucun bain de sang ne nous éclabousse et nous emporte dans ses flots ». Ces mots historiques de feu Mgr Isidore de Souza, prononcés au moment fort de la Conférence nationale en 1990,  n’ont jamais perdu leur   actualité. Une partie de la société civile a même éprouvé le besoin de placarder ces mots  sur les panneaux publicitaires  à l’occasion des législatives du weekend dernier, dans le but de calmer les tensions et la violence qui pointaient à l’horizon. Car, n’eût été la vigilance des uns et des autres, le Rubicon aurait pu être franchi. Tant la psychose et les menaces étaient fortes, et le comportement de certains acteurs politiques, et pas des moindres, prêtait à équivoque. Mais, « Dieu merci », l’atterrissage a pu se faire en douce. Malgré les échauffourées notées par-ci, par-là, l’essentiel est donc acquis.  La 7ème législature a vécu avec son expression plurielle.  En l’absence,  d’une liste de l’opposition, le scrutin a eu lieu et a tenu toutes ses promesses. Selon le message du ministre de l’Intérieur, Sacca Lafia, diffusé en  boucle sur les chaînes de télévision le soir du vote, le peuple béninois a de nouveau fait preuve d’une « maturité » à saluer.  Les prochains élus « républicains » et « progressistes », qui formeront la 8ème  législature devront ainsi garder à cœur le contexte politique de leur élection. C’est une lourde responsabilité. Le premier défi auquel ils feront face, ce sera de montrer à leurs mandants, et à l’opposition, qu’ils sont tout sauf une caisse de résonance affidée au pouvoir Talon. La Constitution ayant conféré  aux Parlementaires le droit de contrôler l’action de l’Exécutif, les nouveaux députés, devront convaincre tout le monde de ce qu’ils sont tout, sauf des députés godillots.

 

Regards tournés vers  le 15 mai

 

Tout le monde a vécu avec beaucoup d’amertume, les critiques portées à leur encontre de l’Union progressiste et du Bloc républicain par leurs adversaires politiques, qui les ont tout le temps traités de partis frères appartenant au chef de l’Etat. Il va falloir donc, au plus tôt, c’est-à-dire à partir de l’élection du bureau, démentir les accusations en opérant des choix respectueux des attentes de leurs concitoyens. Au-delà de cette première exigence, les députés de la 8èmelégislature devront contraindre positivement le gouvernement  à réaliser les grandes lignes du Pag, et contribuer à l’amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens et à la réduction des poches de misères. Sur un plan beaucoup plus politique, beaucoup d’analystes politiques n’hésitent pas à conclure à une victoire de Patrice Talon, après ces législatives. Car, toute la tension qui a entouré l’organisation du scrutin et qui a bien failli la faire péricliter est de loin une conséquence directe du « choix politique »  fait par le  président de la République de rassembler la classe politique au autour de 2 ou 3 grands ensembles politiques  forts. Il est en effet devenu intenable, n’en déplaise à certains thuriféraires, de continuer à perturber la quiétude des Béninois avec  près de 250 clubs électoraux qui n’ont d’existence qu’à la veille des échéances électorales.  Mais,  si les uns et les autres étaient d’accord sur le fait, on a pu voir que la classe politique est restée divisée sur les modalités pratiques et l’agenda pour y parvenir.

 

Conformité oblige à la nouvelle charte

 

Cependant, fort de la ténacité et du courage politique dont il a fait preuve jusque-là, Patrice Talon y est allé quand même, n’hésitant pas à froisser au passage quelques vielles amitiés politiques devenues encombrantes. Au soir du scrutin du dimanche, le grand bénéfice lui revient incontestablement. Si selon l’agenda politique en cours, le 15 mai,  le nouveau Parlement entre  en fonction, le pays entamera inexorablement une marche vers de meilleurs horizons.  A n’en point douter, ce serait une prouesse et un tour de force que le président de la République aura réussi. Certes, il lui restera à colmater les brèches ouvertes, et les fractures créées au sein de la classe politique, afin de rallier tout le monde à sa cause. L’idéal serait en effet, d’obliger ceux qui ont boycotté le scrutin, ou ayant milité pour son annulation à se rendre à l’évidence. Le jeu démocratique ne pouvant se faire sans une opposition respectable, il va falloir contraindre les partis politiques qui trainent toujours le pas à  aller à la conformité aux nouvelles lois en vigueur.  Pourquoi ne pas les obliger à former un bloc unique en face des deux partis de la mouvance. Par ailleurs, il serait inutile de s’attarder, outre mesure, sur les cas Soglo et Yayi, deux anciens présidents qui n’ont pas su se mettre au-dessus de la mêlée. Ils ont plus contribué à vicier l’atmosphère politique plutôt que d’aider à l’apaisement pendant ce scrutin. Avec les velléités insurrectionnelles qu’ils ont tous deux développé, l’histoire retiendra qu’ils n’ont été des voies de sagesse. Au contraire, ils ont contribué à alimenter par leurs comportements délictueux les foyers de tensions qui ont émaillé le vote du dimanche 28 avril 2019.

 

Jean-Paul Mahugnon

 

 

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