Sécurité publique:Grégoire Sowadan plaide pour une dignité du policier béninois

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L’écrivain et homme de lettres Grégoire Sowadan rend hommage au policier béninois. Il reconnait son sens de sacrifice à la nation et souhaite un traitement plus humain à son égard. (Lire sa réflexion)

Un plaidoyer pour le policier béninois

En novembre dernier, j’étais à bord de notre véhicule avec mon épouse, et à un carrefour, j’entendis quelqu’un cogner le véhicule de son poing ; je baissai la vitre, et j’entendis derrière moi : « Deux cents avec tes pièces ! ». Mon visage se dérida quand je me rendis compte qu’il s’agissait d’une blague d’un ami à moto, qui s’était arrêté à côté de moi pour me taquiner, se faisant passer pour un policier.
Cette blague me replongea dans un passé récent où je voyais les policiers comme des ennemis, des gens qui étaient là pour nous tendre des pièges et nous voler de l’argent.

Fort heureusement, j’ai eu et j’ai encore la chance de côtoyer des policiers de très près, et cela m’a permis de les voir avec d’autres yeux, de voir en eux des hommes dignes de notre respect et de notre amour, vu les sacrifices qu’ils font pour que notre vie soit facilitée.



Mon changement de regard commença, lorsque mon feu cousin Sylvain Koudolo, alias « le saint  » entra dans la police. Je le côtoyai durant près de 15 ans de son service, mais jamais je ne le vis prendre de congés. Et quand je cherchai à en apprendre plus, il me répondit qu’il n’y avait pas de congés à la police.
Quelques temps avant son décès, il fut affecté à la frontière bénino-nigériane, après environ dix années passées au commissariat central de Cotonou. Et qu’observai-je ? Mon cousin quittait Cotonou les matins aux environs de 5h30 pour se rendre à son poste frontalier, où il devait travailler 24 heures d’affilée, dans un environnement boueux ou poussiéreux et devait même parfois se battre contre des trafiquants nigérians. Il devait, en principe, se reposer ensuite durant 24 heures pour refaire le même chemin le jour suivant. Il était donc supposé travailler de 7h un jour à 7h le lendemain.

Évidemment, l’heure de début de travail devait absolument être respectée, car le retard était sévèrement puni. Mais l’heure de sortie n’était presque jamais respectée. Au lieu de 7h, il lui arrivait souvent de rentrer en début d’après-midi, pour se reposer quelques heures et voir sa famille. Et le lendemain à 5h30, il devait reprendre la route. Mon cher cousin vécut ainsi pendant une quinzaine d’années, jusqu’à ce que la maladie vînt le « délivrer « .



Une petite comparaison avec ce qui se passe dans le civil. Beaucoup d’agents de l’État ou du privé travaillent dans des bureaux climatisés, avec la possibilité (dans le public) de vaquer à des occupations personnelles. Les policiers, par contre, travaillent sous le chaud soleil, dans leur tenue treillis où il doit faire si  » froid », durant des heures, souvent exposés à la fumée dégagée par les moteurs de nos engins.

Dans le civil, en plus des week-ends (deux jours de repos chaque semaine), le travailleur a droit à un mois de congé annuel. Le policier ne connaît ni week-end ni congé. Tous les jours sont des jours de travail, pour lui.
Dans certains secteurs d’activité où des gardes se font, 24 heures de garde donnent droit ensuite à 48 heures de repos. Les policiers, eux, passent deux tiers de leur temps au travail, et ne doivent récupérer et voir leur famille que durant le tiers de temps restant. Ils travaillent debout, nous travaillons assis. Pendant que nous dormons, ils veillent à faire des patrouilles, afin de minimiser au maximum les cas de vol dans nos quartiers. Ils travaillent toute leur vie pour notre sécurité, et nous, nous passons notre vie, par ignorance, à les maudire, à ne voir que leurs côtés négatifs. Il m’est arrivé très souvent de les observer aux carrefours de nos villes. Lorsque des piétons doivent traverser, ils se lèvent, arrêtent les véhicules, s’assurent de leur sécurité, puis retournent tranquillement vaquer à d’autres occupations. Je suis fréquemment très ému devant la beauté de cette scène et de cette œuvre ingrate. Parfois je m’arrête juste pour leur dire à quel point leurs sacrifices les honorent. Je les encourage, pour qu’ils sachent qu’il n’y a pas que des ingrats au sein du peuple dont ils assurent la sécurité, qu’il s’y trouve aussi des gens bien conscients des lourds sacrifices qu’ils consentent pour le bien de la cité.

Et allez savoir combien ils gagnent !

Ils sont dans un corps professionnel où le chef a toujours raison, où ils ne peuvent pas revendiquer de droits. Pour nous, ils ont même sacrifié leur liberté de parler et de revendiquer. Il nous revient donc, à nous, de faire des revendications pour eux.
Alors, je revendique, en votre nom, chers compatriotes, que le gouvernement réaménage les horaires de travail des policiers et œuvre à rendre effectif leur droit aux congés annuels. *Ils sont nos frères, nos sœurs, nos pères ou nos mères et ont besoin de jouir du droit au repos. S’ils venaient à mourir des contraintes de leur service, c’est à nous que reviendraient leurs charges familiales.* Alors, exigeons de nos dirigeants qu’on leur facilite un peu plus la vie.
En rédigeant ce texte, je n’ai pas pu m’empêcher de couler des larmes d’extase devant les grands sacrifices que ces gens font pour nous. J’invite chacun à les voir sous leur meilleur jour, et à leur manifester enfin toute la reconnaissance méritée.

Merci pour l’attention.

Grégoire Sowadan
Ecrivain, Homme de lettres, organiste et compositeur de chant choral polyphonique

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