Soutien de l’Ua au Sénégal pour la réalisation du Mémorial de Gorée:L’ancien ministre Jean-Roger Ahoyo interpelle le ministre de la Culture   (Lire la lettre ouverte adressée à Jean-Michel Abimbola)

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Le nouveau président de l’Union africaine (Ua), le président Félix Tchisekedji, dans sa déclaration de prise de service, a déclaré que l’Ua apportera son soutien au Sénégal pour la réalisation du Mémorial de Gorée. Pour l’ancien Conseiller régional de l’Unesco pour la culture en Afrique de l’Ouest, Jean-Roger Ahoyo, ce discours a été une surprise totale et interpelle le Bénin qui accorde depuis 2016, une place de choix au tourisme avec notamment la réhabilitation de Ouidah. « Notre pays ne peut pas se taire devant la déclaration du président Tchisekedi concernant le Mémorial de Gorée ! Nous devons nous battre pour que l’Ua choisisse entre le projet sénégalais et le Mémorial de Ouidah, si nous-mêmes, nous en faisons un Projet national », a-t-il écrit. Raison pour laquelle, il a saisi le ministre du Tourisme, des arts et de la culture, Jean-Michel Abimbola, par une lettre ouverte ci-dessous publiée, pour que le gouvernement prenne ses responsabilités.

I. Que faire ?

Monsieur le ministre

Notre pays, le Bénin, ne peut pas se taire devant la déclaration du président Tchisekedi concernant le Mémorial de Gorée ! Nous devons nous battre pour que l’Ua choisisse entre le projet sénégalais et le Mémorial de Ouidah, si nous-mêmes, nous en faisons un Projet national

Le Mémorial de Gorée ou le Mémorial de Ouidah ? Question pertinente !

(Lettre ouverte au ministre de la Culture, du tourisme et des arts.)

Monsieur le Ministre,

L’Union africaine vient de réunir son trente-quatrième (34ième) sommet par vidéoconférence, les 6  et 7 février 2021 à Addis Abéba.

A l’issue de cette importante réunion, dont le thème majeur était la Culture, le président Félix Tchisekedi qui a pris la relève du président Cyrille Ramaphosa à la tête de l’U.a ; le président Tchisekedi donc, a clôturé les travaux par une allocution dans laquelle il déclare sa détermination à œuvrer pour le retour en Afrique des Biens culturels du Continent, volés sous la colonisation. Puis, in fine, et à ma grande surprise il ajoute « La volonté de l’U.a de soutenir le Sénégal pour la réalisation du Mémorial de Gorée ! »

La décision de l’U.a ainsi annoncée par le président Tchisekedi de soutenir le Sénégal pour réaliser le Mémorial de Gorée, a été pour moi une surprise totale. Pourquoi ?

Parce que le président Abdoulaye Wade, dès son élection à la tête du Sénégal en mars 2000 a annoncé sa volonté d’abandonner le projet du Mémorial de Gorée. Le 7 novembre 2000, une grande concertation appelée ‘’ les grands chantiers du Président’’ a été organisée à la Présidence. A cette occasion, le président a déclaré, selon le journaliste Baba Dione parlant du projet : «  la fille est belle, mais je ne l’aime pas » et de conclure : « je ne le sens pas» Cf. Le Sud-Quotidien n°2280 du Mercredi 08 novembre 2000.

Donc pour moi, alea jacta est !!!

Pour remplacer le Mémorial, le président Wade a proposé et aussitôt mis en chantier le Monument de la Renaissance africaine qui se dresse aujourd’hui, fièrement, sur la seconde Mamelle de Dakar.

A partir de ce moment, j’ai pensé, certainement avec naïveté, que le dossier du Mémorial de Gorée était classé, voire enterré ! Sa résurgence, avec le dernier sommet de l’U.a pose, plus que jamais, le problème de la pertinence du choix entre le Mémorial de Gorée et le Mémorial de Ouidah.

C’est quoi le Mémorial de Gorée, et c’est quoi le Mémorial de Ouidah que j’ai proposé pour le remplacer lorsque le président A. Wade a abandonné ???

II. Le Mémorial de Gorée

Commençons par le commencement. C’est quoi, le Mémorial de Gorée ?

L’idée d’ériger un Mémorial (Monument) sur l’île de Gorée, pour honorer la mémoire des esclaves qui ont transité par cette île vers les Amériques ; cette idée a été émise par le Président Léopold Sedâr Senghor à l’occasion du Festival des arts nègres organisé à Dakar en avril 1966(1)

Vingt ans après, et suite à une longue période de léthargie, le projet fait l’objet d’une première résolution des Chefs d’Etat de l’Oua, réunis à Addis-Abeba en juillet 1986.

(1) Le Festival a démarré le 1er avril et a durée tout le mois!

 A partir de là, les évènements se précipitent :

– Le 5 octobre 1988, le projet est officiellement lancé au siège de l’Unesco à Paris

– Parallèlement et à la même date, le Secrétaire Général de l’Onu lance, en présence du Président de l’Oua, un concours d’architecture pour doter le projet d’un plan. Le cahier des charges du concours recommande de concevoir :

‘’ Une œuvre d’inspiration africaine et ouverte sur le monde’’

‘’ Un lieu de recueillement, centre de communication, d’activités artistiques et esthétiques, d’éveil scientifique et technologique’’

‘’ Un lieu de socialisation avec le sentiment d’appartenance à une communauté, ouverte sur le monde, un puissant symbole de citoyenneté, qui inspire la fierté ; le respect de soi, des autres et du bien collectif.

‘’ Une Nouvelle Arche d’Alliance pour la paix, la Réconciliation et la Renaissance Africaine’’

Dix ans plus tard, et en 1998, le concours est finalisé et un Jury International, composé d’experts Afro- Américains, Kenyans, Egyptiens, Yougoslaves, Coréens et Sénégalais choisit, à l’unanimité, la maquette de l’architecte milanais Ottavio Di blasi, parmi 740 dossiers. Cette maquette représente un  vaste complexe qui culmine à 135 m et est estimé, par son auteur, à 40 millions de dollars, soit 28 milliards de francs Cfa de l’époque. Il est conçu pour resserrer les liens entre l’Afrique et sa Diaspora. Lieu de rencontres et de recherches, il comprend les éléments suivants :

1.Un Centre de recherche :

a. Pour la promotion du Patrimoine Africain

b. Pour les recherches sur l’esclavage.

2. Un Musée d’art contemporain

3. Un Musée des civilisations noires

4. Une Grande salle d’exposition pour les métiers des arts et de la Culture

5. Un Grand Centre de conférence, doublé d’un Centre commercial tout aussi grand

6. Un planétarium

7. Une plate-forme panoramique pour couronner l’édifice, auquel on accède par un ascenseur panoramique qui monte jusqu’à 95 m, avec une vue magnifique sur G orée et Dakar.

Le Mémorial n’est pas conçu pour être un ‘’ Mur des Lamentations’’ ; mais un Monument pour les vivants, évoquant certes un passé douloureux, mais résolument orienté vers le présent et le futur, un « lieu de force où la Diaspora puisse revivre, se reposer » comme l’a écrit le regretté Aimé Cesaire. Bref, le Mémorial sera un haut lieu de réflexion, de pensée et de recueillement.

Voilà le projet dont le président Abdoulaye Wade ne veut pas : cf. Sud-Quotidien n° 2670 du mardi 26 février 2002. Et voici les raisons que nous avons de le reprendre pour en faire le Mémorial de Ouidah.

III. Les raisons du Mémorial de Ouidah

On peut énumérer trois raisons principales que sont :

1. L’importance de la traite sur ‘’ La côte des Esclaves’’

Il n’y a aucune comparaison possible entre Ouidah et Gorée dans le domaine du trafic esclavagiste et, plus précisément, négrier !

Alors que Gorée n’était qu’une simple escale dans ce trafic, Ouidah fonctionna comme un des plus grands lieux de rassemblement et d’embarquement des esclaves. Ouidah était en effet un des débouchés des grands espaces de la traite qu’ « ont été les savanes boisées de la Côte du vent, de la côte des Esclaves, du Congo et de l’ Angola » ; selon Olivier Petre-Grenouilleau dans ‘’ Traites Négrières-Essai d’Histoire globale’’ chez Gallimard-p.383 ; dans le même ouvrage, l’auteur précise, une page plus loin : «  Plus de 40% de tous les captifs jamais déportés par la traite occidentale l’ont été à partir de la Côte d’Or, de la baie du Bénin et de celle du Biafra. ». Autrement dit, de la Côte du Ghana actuel à celle du Nigéria. C’est cette région qu’on appelle la Côte du Golfe du Bénin, dont l’ancienne Côte des Esclaves (actuel Bénin) constitue la partie centrale.

Parlant de la traite atlantique dont le Golfe du bénin était la base principale, Mr Olivier Petre-Grenouilleau précise à la page 378 du même ouvrage : « Le pic, situé entre 1751 et 1800 équivaut en moyenne à environ 76000 départs par an. »

Selon certains auteurs, Ouidah, exutoire naturel de la côte des Esclaves, à atteint 20000 départs par an dans sa période de pic !!! Un chiffre considérable

Par contre Monsieur Stéphen Smith, parlant de la ‘’ Maison des Esclaves’’ de Gorée, écrit dans son ouvrage ‘’Négrologie’’, à la page 87 (Calman-Lery-2003), je cite : « ….. entrepôts de la maison d’où seraient partis, en passant par la ‘’porte de l’oubli’’ quelque 180.000 esclaves entre 1711 et 1810 ». Soit une moyenne de 1800 esclaves par an !!!

Ouidah bat donc de loin Gorée, simple escale de transit, non seulement sur le plan des effectifs, mais aussi et surtout dans le domaine de l’organisation même du trafic : capture, rassemblement et expédition des esclaves.

C’est pour cette première et principale raison que  je pense que Ouidah possède plus de titres à faire valoir pour abriter un Mémorial pour rendre hommage aux Esclaves.

Et précisément à cause de ce grand rôle qu’il a joué dans la traite, Ouidah a besoin d’abriter un haut lieu de Répentance. Le Mémorial de Ouidah doit être conçu et réalisé comme un haut lieu de Repentance. Et de ce point de vue, Le Mémorial de Ouidah doit avoir une Réplique à Abomey, la capitale du Danxomè qui, à partir de la conquête de Savi, d’Allada et de Ouidah par le Roi Agadja, se renforça comme Etat esclavagiste.

Le Mémorial d’Abomey  se justifie par le fait que c’est le Danxomè qui fournissait les cargaisons d’esclaves qui partaient de Ouidah. Mais ont peut ajouter un second justificatif : Du fait des sacrifices humains, beaucoup d’innocents ont été immolés sur le sol d’Abomey. Il est  temps que nous fassions leur deuil à traves un monument.

Entendons nous bien ! Authentique fils d’Abomey et, mieux, arrière petit-fils du Roi Béhanzin, je ne commettrai pas la faute (plus qu’une erreur, une faute !) de condamner sans nuances les sacrifices humains. Ce serait faire de l’anachronisme ! Nous devons, comme le R.P Francis Aupiais, nous remettre dans le contexte de l’époque pour comprendre les motivations profondes des Rois du Danxomè. Nous devons surtout éviter de faire chorus avec les conquérants français qui ont utilisé le prétexte des sacrifices humains pour agresser et asservir le Danxomè qu’il fallait sauver de la ‘’ Sauvagerie’’ et de la ‘’Barbarie’’

Que les Nègres s’égorgent ou se tuent entre eux était, en réalité, le dernier de leur souci ! Mais nous sommes de notre temps et nous devons assumer courageusement cet héritage en posant un acte de repentance.

Quand j’ai parlé de repentance dans le cadre du Centenaire de la Mort du Roi Glèlè, mes propos n’ont pas été du tout ‘’ audibles’’ ! Puis j’ai repris l’idée de repentance dans mon discours à l’ouverture des manifestations du centenaire du Roi Gbeèhanzin. Sans suite à ce  jour ! Et pourtant il s’agit là d’un devoir auquel nous d’Abomey et d’ailleurs, ne pouvons pas échapper, historiquement !

La repentance dont il s’agit englobe donc nos frères de la Diaspora, mais aussi les innocents immolés. La Réplique du Mémorial de Ouidah à Abomey, ou le Mémorial d’Abomey, doit intégrer en son sein un ‘’ Assen’’ géant pour honorer toutes ces victimes innocentes, immolées sur cette terre, ou convoyées, à partir de cette terre pour l’esclavage ! Une terre chargée d’Histoire et de Sang !!!

Mais nous avons une seconde raison d’édifier un mémorial à Ouidah.

2. Le Centre international d’études et de recherches sur la Diaspora et ses relations avec l’Afrique (C.i.e.r.d.r.a)

En 1983, l’Unesco a organisé dans notre pays un Colloque international pour la création du C.i.e.r.d.r.a à Ouidah. Mais faute de suivi, ce projet n’a pas prospéré. Néanmoins il atteste que l’idée de créer à Ouidah un Centre de Recherches sur l’Esclavage et la Diaspora africaine, est une  idée ancienne.

Dès 1984, le Burkina Faso soumet un projet concurrent au Pnud et à l’Unesco : L’Institut des peuples noirs (I.p.n). Grâce à un meilleur suivi (nous sommes au temps de Sankara !), un Symposium International se tient à Ouagadougou dès avril 1986, avec 60 participants. Ensuite, une Assemblée Générale Constitutive se tient du 7 au 10 avril 1990, avec près de 150 participants

Quels sont les objectifs de l’I.p.n ?

o Doter les peuples noirs du monde d’un cadre où ils pourraient se rencontrer pour échanger leurs expériences, leurs découvertes et leurs créations dans tous les domaines de l’activité humaine

o Restaurer en l’Homme Noir la confiance en lui-même pour l’amener à réhabiliter ses propres capacités d’imagination et de créativité

o Contribuer à l’émergence d’une nouvelle conscience historique dans le Monde noir

o De façon pratique l’I.p.n devra :

o Faire l’inventaire du patrimoine culturel des Peuples noirs.

o Renforcer et développer les capacités de recherche et d’invention en vue d’accroître la productivité, d’améliorer les performances réalisées et de stimuler les pratiques novatrices

o Créer en son sein des unités de recherche de production et de diffusion  des infrastructures nécessaires à la réalisation de ses objectifs

o Contribuer au développement des échanges et à la mise en commun d’expériences entre, d’une part les peuples Noirs eux-mêmes, et d’autre part les Peuples noirs et les autres peuples

Comme on peut le constater, l’Ipn a bénéficié d’un meilleur suivi que le Cierdra. Mais en définitive, aucun de ces projets, aucune de ces Institutions n’a vu le jour !

Le Mémorial de Ouidah doit avoir l’ambition (et nous devons être ambitieux !) de fédérer les objectifs du Mémorial de Gorée, abandonné par le Sénégal ; du Cierdra du Bénin, un projet mort-né ; et de l’Ipn du Burkina Faso qui, en définitive, n’a pas connu un meilleur sort.

3. Le développement du tourisme culturel

Ont peut invoquer une troisième raison pour implanter le Memorial à Ouidah. En effet ‘’Ouidah 92 ‘’ a été un évènement culturel considérable qui a déjà commencé à faire de Ouidah un lieu de commémoration et de repentance. Quelques infrastructures (non significatives à mon goût !) y ont été érigées, implantées, à cette occasion.

Notre compatriote Honorat Aguessy, à la tête de l’Institut de développement et d’échanges endogènes (Idee) a essayé de les compléter. Il a aussi institué une Journée de la répentance qui a lieu tous les ans. Je profite de l’occasion pour encourager ses efforts et saluer son combat qui me paraît essentiel. Nous devons amplifier son initiative pour asseoir une Tradition de commémoration et de repentance à Ouidah et à Abomey

Ouidah est ainsi déjà prête pour accueillir et abriter le Mémorial. Il fera d’elle un haut lieu de tourisme culturel, générateur de devises pour son développement

Le Mémorial a vocation aussi à faire de Ouidah un Grand centre de recherches sur la traite négrière Atlantique. En  effet, c’est de  Ouidah  qu’a été lancé, en 1994, le grand projet de la Route de l’esclave de l’Unesco. C’est pourquoi j’invite expressément toute la population et les Autorités de la ville à travailler avec méthode et détermination à sa réalisation. Le développement et la modernisation de cette cité historique est à ce prix.

Quand on compare les deux projets de Mémorial, ils ont en commun d’être :

– Des Centres de recherche :

• Pour la promotion du patrimoine africain

• Pour la recherche sur l’esclavage, et la traite négrière

– Un grand Musée des civilisations Noires et d’art contemporain

– Une grande Salle d’exposition sur les métiers des Arts et de la Culture

– Un grand Centre de conférence doublé d’un Centre commercial

J’étais en poste au Bureau régional de l’Unesco à Dakar (Breda), au début de l’An 2000 quand le président A.Wade accéda à la Présidence ; et qu’il décida d’abandonner le Projet du Mémorial de Gorée.

J’ai donc saisi l’occasion pour informer les Autorités compétentes de mon pays dans l’urgence, par mes lettres :

– Des 22 mars et 7 avril respectivement à Mr Bruno Amoussou, ministre d’Etat (à l’attention du Président Mathieu Kérékou), et à Mr Amos Elègbè, ministre de la Culture pour leur annoncer que le Sénégal venait d’abandonner le projet du Mémorial de Gorée, et leur exposer les raisons pour lesquelles, je proposais que notre pays, le Bénin, reprenne ce Projet, toujours dans le cadre de l’Unesco, mais sous l’appellation de Mémorial de Ouidah

– Des 03 et 05 octobre 2002, aux mêmes Autorités pour leur annoncer la participation de Mr Armoogun Parsuramen, Directeur du Breda, à une réunion Interparlementaire à Cotonou les 08 et 09 Octobre 2001 ; et la visite officiel du Directeur de l’Unesco, Monsieur Koïchiro Matsura, du 19 et 22 novembre 2002. Ces dernières lettres étaient destinées à informer nos Autorités sur cette visite et cette mission officielle, en leur proposant d’aborder le projet de Mémorial de Ouidah si, entre temps (de Mars à octobre !) ma proposition avait été examinée et acceptée par notre gouvernement !

IV. Le Mémorial de Ouidah et le Pag

Arrivé à ce point, on peut penser que le Mémorial de Gorée ayant été abandonné par le président Wade (donc le Sénégal) dès son accession au Pouvoir, dès mars 2000, n’est plus à l’ordre du jour ! Je dois quand même à la vérité de reconnaître et de dire que c’est surtout, le président Wade qui avait renoncé au projet en tant que projet d’Etat. Mais que le Sénégal avait continué à donner son accord pour sa réalisation, dans le cadre d’une initiative privée, structurée autour d’une Fondation ! Cf. Journée de concertation de l’Unesco des 25 et 26 février 2002 et la ‘’Déclaration de Dakar ‘’ en 16 points.

Mais qu’en est-il du Mémorial de Ouidah que j’ai proposé en remplacement ?

J’ai pris les deux précautions suivantes après avoir saisi les Autorités compétentes :

a. Je l’ai diffusé dans la presse nationale, dès mon retour du Breda en avril 2003, pour, comme je l’ai écrit, le ‘’soumettre à un examen populaire’’, après le constat du silence des Autorités  à son sujet.

b. Je l’ai adressé expressément aux présidents Boni Yayi et Patrice Talon dès leur accession au pouvoir en avril 2006 et avril 2016 avec les messages explicites suivants :

– Au Premier, voici un instrument pour le Changement ! Cf. Transmission du mois d’Août 2006 !

– Et au second, voici de quoi faire la Rupture, là où le Changement et la Refondation ont échoué !

1) Action du président Talon

On ne peut pas dire que le président Talon n’a pas pris en compte le Mémorial de Ouidah. En effet, les réalisations en cours ou envisagées où Ouidah, dans le cadre du Pag, nous renvoie au Mémorial.

a) Les réalisations en cours.

– La réhabilitation du Fort Portugais et de son Musée, dans le respect de sa forme actuelle ou initiale.

– La réalisation du Musée international de la mémoire et de l’esclavage (Le M.i.m.e) dans le domaine du Fort éponyme.

– La réalisation d’un bateau négrier, en  grandeur nature, qui sera accosté à la plage de Djégbadji, avec un hôtel pour accueillir les touristes. Cf. Projet Marina.

b) Le Projet

Pour compléter ces réalisations, un Centre culturel de rencontre international est prévu pour être édifié à Ouidah. Le 17 juin dernier 2020, le Conseil des Ministres a autorisé la signature d’une convention de partenariat entre l’Etat, l’Association Centre Culturel de Rencontre International et la Mairie de Ouidah. Le projet est d’ériger à Ouidah un hub de recherche historique, pour faire le lien avec la Diaspora ; avec vocation de constituer «  un Centre de création et de diffusion de produits culturels qui favorise la prise en compte des enjeux contemporains, de la diversité, de l’accès aux nouvelles technologies ainsi que la formation des jeunes ». L’emplacement retenu est l’ancien Tribunal Colonial de Ouidah, face à l’Hôtel de Ville.

Nous pouvons donc constater que, parmi les objectifs fixés au Mémorial de Ouidah, le Pag a déjà pris en compte, de façon explicite :

– Un Grand musée sur l’esclavage (M.i.m.e)

– Un Grand centre de conférence.

A la différence du Mémorial de Gorée, celui de Ouidah est prévu pour être un Grand centre de repentance, doté d’un monument spécifique, un Assen Geant, pour signifier la douleur des victimes (les esclaves et les victimes des sacrifices humains d’Abomey !)

C’est dans ce contexte que le projet du Mémorial de Gorée, resurgit brutalement au Sommet de l’U.a !! Cela oblige notre pays, à faire un choix entre les deux projets de Mémorial, compte tenu des nombreux éléments d’information exposés supra.

V. Que faire ?

Monsieur le ministre

Notre pays, le Bénin, ne peut pas se taire devant la déclaration du président Tchisekedi concernant le Mémorial de Gorée ! Nous devons nous battre pour que l’Ua choisisse entre le projet sénégalais et le Mémorial de Ouidah, si nous-mêmes, nous en faisons un Projet national

1. Pourquoi faire du Mémorial de Ouidah un Projet national ?

Trois raisons fondamentales étayent ce choix :

a) L’histoire

Comme je l’ai déjà écrit supra, il n’y a pas de comparaison possible entre Gorée, simple escale, et Ouidah un grand port dans l’organisation de la traite et le commerce des esclaves.

b) Le Mémorial de Ouidah est conçu expressément pour être un Centre de repentance. Pour honorer la mémoire de nos esclaves, les esclaves de toute l’Afrique, le poids des origines plaide pour Ouidah plutôt que pour Gorée.

c) Les réalisations du Pag à Ouidah feront du Mémorial de Ouidah un Projet plus facile à financer pour l’Unesco

En effet nous devons faire valoir que plusieurs éléments du Mémorial de Ouidah sont déjà en place à travers les réalisations suivantes du Pag :

– Le Bateau Négrier deviendra le Centre de Repentance avec l’ajout d’un monument ( un Assen Géant) pour les Commémorations à l’honneur des Esclaves et des victimes innocentes des sacrifices humains.

– Le Centre de Rencontre international sera un grand Centre de Recherche sur l’esclavage et de rencontres internationales entre l’Afrique et sa Diaspora.

– Le M.i.m.e sera le grand musée sur l’esclavage.

Bref, l’histoire ainsi que le coût (argument financier !) plaident sans ambiguïté pour le Mémorial de Ouidah.

2. Que faire ?

Monsieur le Ministre, je propose la mise sur pied d’une commission interministérielle ad ’hoc incluant :

-Le Ministère de la Culture, des arts et du tourisme

-Le Ministère des affaires étrangères et de la coopération

-Le Ministère des enseignements maternel et primaire, chargé de la tutelle de l’Unesco

Cette Commission doit reformuler le Projet du Mémorial de Ouidah comme un Projet National à faire examiner et approuver par le Gouvernement.

En attendant et dans l’immédiat, le ministre des Affaires étrangères doit prendre contact avec notre ambassadeur à l’Unesco pour vérifier que le Sénégal, après la réalisation du Monument de la Renaissance, a néanmoins maintenu la réalisation du vieux projet du Mémorial de Gorée au sein de l’Unesco ! Si c’est le cas, le Bénin doit introduire le Projet du Mémorial de Ouidah dans le programme de participation de notre pays, avant de se battre pour sa double adoption par l’Unesco et l’U.a.

Tout dépend du choix de notre gouvernement.  Et je pense, pour ma part, qu’il ne peut pas être indifférent à notre pays que les Esclaves africains soit honorés et célébrés à Ouidah plutôt qu’à Gorée !

C’est ce que je crois, Monsieur le Ministre, avec toutes mes excuses pour mes longs développements ; je crois qu’ils s’imposaient pour bien éclairer notre choix

Cordialement

 

Jean Roger Ahoyo

 

Ancien Ministre

 

Ancien Conseiller régional de l’Unesco pour la

 

culture en Afrique de l’Ouest

 

Cotonou, le 22 février 2021

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