Un homme, une vie!:Il s’appelait Tévoédjrè

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Le Bénin vient de perdre l’un de ses vaillants fils. Albert Tévoédjrè, surnommé « Le Renard de Djèrègbé », a tiré sa révérence des suites d’une maladie à 4 jours de la célébration de sa 90ème bougie. C’était hier mercredi 6 novembre 2019 dans une clinique à Porto-Novo. Voici un bref aperçu de ce qu’a été l’homme.

Né le 10 novembre 1929 dans une famille de sept enfants, Albert Tévoédjrè a suivi une formation dans les établissements catholiques. C’est à Dakar qu’il fera ses années de lycée, avant de partir pour la France où il a fait des études de Lettres et d’Histoire. Ancien Médiateur de la République, il a servi son pays en occupant plusieurs postes ministériels. Du régime Hubert Maga où il a marqué ses premières années en politique, à son soutien à la candidature de Boni Yayi en 2006 en passant par la démocratisation au forceps imposée au régime de Mathieu Kérékou en 1990, il a su jouer sa carte dans les différentes saisons politiques qui se sont succédé au Bénin. Secrétaire d’Etat à la présidence chargé de l’information dès les années 60, il a été également le rapporteur général de la Conférence nationale de 1990 qui débouchera sur le multipartisme au Bénin. Ministre sous Mathieu Kérékou entre 1996 et 1999, le politicien s’est assuré une carrière bien remplie à l’international qui l’a entre autres, conduit à la direction du Bureau international du travail (Bit) ou encore au Centre panafricain de prospective sociale (Cpps) dont il est le fondateur. Le regretté Frère Melchior fut également l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont les plus remarqués furent « L’Afrique révoltée, publié en 1958, et La Pauvreté, richesse des peuples, en 1978, ouvrages cultes dans les milieux tiers-mondistes en Afrique. Cadre de haut niveau, Albert Tévoédjrè restera dans la mémoire collective des Béninois pour sa contribution à la sauvegarde de la paix et de la démocratie au Bénin.Il est à rappeler qu’il était programmé pour se tenir dans sa résidence à Adjati les samedi 09 et dimanche 10 novembre 2019 dans la Commune d’Adjarra la célébration de ses 90 ans sur terre. Mais Dieu en a voulu autrement. Selon les indiscrétions, il sera enterré à Adjati dans sa résidence la Maison africaine de la paix « Théophanie ».

 Léonce Adjévi

Une élite africaine d’exception

Albert Tévoédjrè ! Un nonagénaire. Une vie dense. Une visibilité permanente à travers le temps et les actes. Abstraction faite sur ses années d’études au Séminaire Saint Gall de Ouidah où il manque à sa vocation de prêtre Albert Tévoédjrè, est professeur des sciences économiques et politiques. Il a enseigné dans les universités de la Harvard aux Usa, de Paris-Sorbonne en France. Après la proclamation de l’indépendance de son pays en août 1960, Albert Tévoédjrè, ancien dirigeant de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France et cofondateur du Mouvement africain de libération nationale, devient Secrétaire d’État à la présidence de la République, ministre de l’Information, poste qu’il occupe jusqu’à sa désignation comme Secrétaire général de l’Uam (Union africaine et malgache). Après son départ de l’Uam en 1963, il  donne des cours et dirige des séminaires de science politique à l’Institut africain de Genève et à l’Université de Georgetown de Washington. De 1964 à 1965, il est chargé de recherche à l’Université de Harvard (Cambridge, Massachusetts) où il publiera son étude «Pan Africanism in Action – an Account of the Uam» (1965). Au cours de la même année, il entre au Bureau international du travail (Bit), comme expert en planification de la main-d’œuvre. Un an après, il est nommé Coordonnateur régional pour l’Afrique le 1er mars 1966 à Addis-Abeba avant d’être promu Sous-Directeur général le 1er janvier 1969. L’ascension du professeur ne s’arrête pas là. En effet, le 9 décembre 1974, il est promu Directeur de l’Institut international d’études sociales avec rang de Directeur général adjoint du Bureau international du travail. Entre 1976-1978, il est Professeur associé de science politique à l’Université Paris-Sorbonne.

 

Jean-Claude Kouagou

 

Un carriériste ininterrompu

A partir du 1er janvier 1984, il se consacre à l’Association mondiale de prospective sociale (Amps), créée en 1976 sous son impulsion à l’issue du Colloque mondial sur les implications sociales d’un nouvel ordre économique international. En 1987, il crée le Centre panafricain de prospective sociale (Cpps), Institution de recherche, de formation et d’exécution de programmes en matière de développement socio-économique en Afrique. Ce Centre a abrité en 1989 la rencontre Afrique-Europe et le premier Forum de Porto-Novo sur les Droits de l’Homme, organisés par l’Association mondiale de prospective sociale, le Conseil de l’Europe et l’Organisation de l’unité africaine, à l’issue desquels la Déclaration de Porto-Novo pour un contrat de Solidarité a été adoptée. Invité en qualité de personnalité à la Conférence des Forces vives de la Nation du Bénin en février 1990, il a été chargé d’en rédiger et présenter le Rapport général qu’il délivre avec dextérité et conclut de fort belle manière « nous avons vaincu la fatalité ».Membre du Haut Conseil de la République, organe constitutionnel de la transition béninoise, Albert Tévoédjrè est élu en avril 1991, sous la bannière du parti Notre cause commune (Ncc),député à l’Assemblée nationale, Président de la Commission des Relations extérieures, de la Coopération au développement, de la Défense et de la Sécurité. Il conduit une opposition farouche contre le régime du président Nicéphore Soglo et contribue à ramener au pouvoir le Général Mathieu Kérékou. Ainsi, du 10 avril 1996 au 24 juin 1999, il a été ministre du Plan, de la restructuration économique et de la promotion de l’emploi. A partir du 1er juillet 1999,Tévoédjrè retourne à l’international. Il est fait Coordonnateur du Projet «Millénaire pour l’Afrique» qui fonctionne sous l’égide des Nations unies. De février 2003 à février 2005, il a exercé les fonctions de Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, pour assister les protagonistes de la crise en Côte d’Ivoire dans le cadre des stratégies de mise en application des Accords de Linas-Marcoussis. Le Renard de Djèrègbé, comme on l’appelle, stratège et  visionnaire politique en faisant le casting pour la présidentielle de 2006, choisit le camp de Yayi Boni. En retour, Tévoédjrè est nommé en juillet 2006 premier Médiateur de la République du Bénin. Devenu Médiateur émérite, Albert Tévoédjrè qui s’est donné une mission de dialogue interreligieux et interculturel a mis en service le 19 mars 2018, la Maison de la Paix Théophania à Adjati dans la commune d’Adjarra.

 

 

Encadré : Des Publications du Renard

« L’Afrique Revoltée », Préface d’Alioune Diop, Présence Africaine; Paris 1958.

« Vaincre l’humiliation », Rapport de la Commission Indépendante sur l’Afrique et les enjeux du 3e Millénaire, Avant propos par AmantyaSen Prix Nobel d’Économie.

« Magnificat », Lettre au Cardinal Bernardin Gantin

« La Formation des Cadres Africains en vue de la croissance économique », Thèse de Doctorat » : Préface d’Alfred Sauvy, (Doctoral dissertation) Diloutremer, Paris 1965.

« La Pauvreté Richesse des Peuples », Préface de Jan Tinbergen (Prix Nobel) et de Dom Helder Camara; Les Éditions Ouvrières, Paris 1977.

« Mes Certitudes d’Espérance », Les Éditions Ouvrières; Paris 1984.

« Albert Tévoédjrè, Compagnon d’Aventure (3 tome) », Préface de Léopold Sédar Senghor, Berger – Levrault, Paris 1988.

« Pan-Africanism in Action, anAccount of the UAM » – Cambridge Center For International Affairs.

« Le bonheur de servir », L’Archipel, Paris, 2009

« Ici, c’est le Bénin » Tundé, Cotonou, 2016

J-C K

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