Voici les raisons des mesures lucides du gouvernement

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Entre déception et satisfaction, des Béninois auraient voulu que le gouvernement annonce des mesures radicales à l’instar des grandes puissances au terme de son conclave extraordinaire tenu le mardi 17 mars 2020 pour freiner la propagation du Covid 19. Cela, sans tenir compte de certains aléas économiques qui pourraient conduire le pays dans un gouffre total.

S’il est vrai que la propagation du Covid-19 a créé une psychose générale dans le monde, il n’en demeure pas moins vrai que pour freiner sa propagation et parvenir à le maîtriser de nombreux pays occidentaux ont annoncé des mesures radicales de confinement de leurs populations assorties de soutien massif à leurs économies (aux entreprises et aux travailleurs). Ainsi, pour l’application de ces mesures, l’Europe bénéficie de l’accompagnement de son organisation communautaire alors que les Etats-Unis bénéficient du soutien de sa Banque centrale. A l’instar des pays occidentaux quelques pays africains ont décidé d’adopter les mêmes mesures de confinement en fermant les écoles, les marchés, en interdisant les rassemblements, etc. D’autres, par contre, ont fait l’option d’avancer graduellement. Ces derniers semblent ne pas être compris d’une certaine opinion qui en pince hâtivement pour les mesures draconiennes. Or, elle aurait mieux fait en se posant la question de savoir si les pays africains, à vouloir faire exactement comme les autres, peuvent faire preuve de la même résilience afin de ne pas risquer un effondrement total de leurs tissus économiques. Contrairement à certains pays africains, en Occident, les bases du développement sont posées depuis des siècles et leurs économies généralement assez fortes. Les industries de transformation foisonnent et ils peuvent avoir de la nourriture en conserve pour longtemps, etc. En suspendant les écoles et en prenant des mesures de confinement de leurs populations, ils mettent en place des plateformes de cours à distance et créent des conditions pour le travail depuis la maison (télétravail). Cela, non pas sans incidence financière. Les Etats paient un lourd tribut en termes d’engagements de compensation du manque à gagner du fait de l’application de ces mesures.

 

Quid de l’Afrique ?

 

Depuis le début de cette crise sanitaire majeure qui affecte les économies, personne n’a encore entendu les organisations sous-régionales, régionales et continentales annoncer des fonds de soutien aux Etats, si ce ne sont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale qui essaient d’accompagner les efforts des uns et des autres. Mais dans quelle proportion ? Quelles industries agroalimentaires a-t-on sur le continent ? Les productions sont généralement vendues en l’état sur les marchés. Si on fermait les marchés aujourd’hui, que deviendraient les denrées ? Elles vont pourrir et les commerçants seront en proie au désarroi. Or, combien de personnes peuvent aller dans les supermarchés ? Et là encore, la ruée serait telle que les rayons se videraient en quelques heures. La suite… ? Qui compenserait les pertes des entreprises si les Etats décidaient de confiner les gens chez eux ? Or, il faut bien que les travailleurs aient de l’argent, même en temps de confinement, pour se ravitailler là où ce serait possible. Si les régies de l’Etat ne tournent pas, comment les fonctionnaires seraient-ils payés ? Les travailleurs du public comme du privé seraient-ils prêts à renoncer à leurs salaires ? Imaginons par exemple que les 250.000 zémidjans présents dans tout le pays, qui vivent généralement au jour le jour, se retrouvent sans activité puisqu’ils n’auraient plus de clients à transporter. Que deviendraient-ils ? Imaginons maintenant que les écoles soient fermées comme le demandent certains. Le cas échéant et pour les mêmes raisons, il serait cohérent et pertinent de fermer les marchés, les églises et mosquées, les bars-restaurants et autres grandes surfaces qui reçoivent beaucoup de monde, etc. En somme, ce serait le confinement comme ailleurs. Et puis, au bout de quelques jours seulement, les produits pourrissent sur les marchés, il y a pénurie de vivres, les populations ont de plus en plus de difficultés à se ravitailler, etc. Quelle serait la situation ? Les entreprises qui ne tournent plus font faillite, des licenciements massifs interviennent, les gens n’ont plus de ressources. Comment l’Etat peut-il réceptionner les commandes de masques, médicaments et autres équipements nécessaires si les frontières sont hermétiquement fermées ? Les conséquences seraient sans doute plus dramatiques à gérer. L’économie africaine serait donc beaucoup plus exposée. En définitive, avec de telles mesures il est possible que l’on meurt plus de faim que du Coronavirus. C’est pourquoi, en appréciant les décisions des autorités, il convient de rester lucide pour se convaincre que leur objectif est forcément de protéger les populations en limitant au maximum les effets de la crise sanitaire, se dire qu’elles ont forcément plus d’éléments d’appréciation que ceux qui ne sont pas en responsabilités, considérer que si vraiment on ne peut faire autrement, ces autorités n’hésiteraient pas à corser les mesures. Si les autorités cèdent facilement à la panique et imitent les autres par conformisme, ce pourrait être plus grave avec la famine qui pourrait éclater, ainsi que l’effondrement des Etats et de leurs économies. Chacun doit alors respecter les consignes de prévention, car c’est la clé pour éviter le mal et prévenir sa propagation.

 

Odi I. Aïtchédji

 

 

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