Les 26  trésors royaux seront sur le territoire béninois ce jour mercredi 10 novembre 2021.   Mais  en prélude à ce moment de l’histoire, le président Patrice Talon et son homologue français, Emmanuel Macron,   ont  signé  hier mardi 9 novembre 2021   à l’Elysée,  l’acte de transfert de propriété.   Dans une interview, Alain Godonou,   Directeur Programme Musées,  salue la bravoure du Président béninois.

Le Matinal : Quelle appréciation faites-vous  du discours  de Patrice Talon et d’Emmanuel Macron sur le retour des 26 œuvres ?

Alain Godonou: Les discours du président Talon et du président Macron sont une sorte de constat du chemin parcouru avec succès et  aussi du chemin qui reste à parcourir. C’est une satisfaction puisque ce n’était pas facile. C’était un défi. Le président Talon a dit qu’il a espéré, désespéré et finalement, grâce à l’action du président Emmanuel Macron,  le parlement français a voté cette loi qui paraissait impossible quelques mois auparavant. Le  chemin a été parcouru  entre les professionnels béninois et français avec les techniciens du musée du Quai-Branly et les techniciens des musées au Bénin. Finalement, nous sommes parvenus à ce jour heureux. C’est un bilan de ce qui a été fait, mais aussi de ce qui reste à faire comme l’a dit le président Talon. Le Bénin attend encore le retour de quelques-unes des pièces maitresses de son histoire.

Le  président Talon n’a pas caché son sentiment de regret  de ne pas   se rendre dans son pays avec toutes les œuvres.  Vous, en tant qu’acteur  culturel, est-ce que c’est possible  d’avoir les autres œuvres ?

Continuer dans le chemin de la restitution  pour avoir d’autres œuvres ne dépend pas que  du Bénin. Ce qui dépend de nous, au Bénin, c’est de prouver notre capacité à  accueillir toutes sortes de collection, à créer des conditions optimales pour situer nos établissements culturels dans un standard international. C’est ce qui est en train d’être fait. Mais  il ne faut pas oublier l’aspect juridique dont on a beaucoup parlé, dont  on continuera de parler. Le Président Macron s’est visiblement engagé à introduire une loi de portée générale qui facilite au gouvernement français la restitution au cas par cas, selon les circonstances, d’œuvres classées inaliénables dans le patrimoine français. C’est encore un chemin, c’est un pas important qui  a été  franchi. Mais il reste encore juridiquement un certain nombre de paliers à franchir. En tout cas, le Bénin a prouvé ses capacités et est en mesure de continuer à prouver ses capacités de se situer dans un standard  international pour accueillir  non seulement les œuvres de son patrimoine,  mais les œuvres relevant du patrimoine de l’humanité.

Qu’est-ce que ces œuvres nous apportent comme valeur ajoutée ?

On peut aborder cette question sous plusieurs angles. D’abord, il y aura un changement notable au niveau de la recherche en sciences humaines.  Nous avons vu que parmi les œuvres restituées, il y avait des Assen, des trônes etc. Nous avons aussi certains objets d’artisanat, du fer, du textile. Tout cela constitue des portes d’entrée fabuleuses pour des recherches sur nos sociétés, nos cultures anciennes qui avaient atteint un certain niveau de développement assez proche d’ailleurs comme le disent les historiens, de ce qui se fait en l’Occident en ce moment-là.  Une seconde porte d’entrée, c’est l’inspiration que ces œuvres constituent pour des artistes plasticiens contemporains béninois et africains. C’est d’ailleurs pourquoi, il est prévu une exposition-bis de l’art contemporain béninois pour permettre au public d’apprécier aussi bien la création ancienne à travers les 26 œuvres, que la création contemporaine, à travers une centaine d’œuvres d’artistes contemporains béninois. Ces deux expositions vont s’ouvrir simultanément d’ici la fin de l’année ou le début de l’année prochaine. Les autres changements, c’est de positionner notre pays au niveau des grandes destinations culturelles, ce qui fera que le Bénin aura désormais de la matière, de la qualité pour recevoir les touristes du monde entier en quête de patrimoine de qualité, de patrimoine classé universel.

Votre mot de fin

 Disons que c’est une étape. Une grande étape qui vient d’être franchie. Nous avons encore du chemin. Mais nous sommes sur de bons rails. Bravo au président Talon  pour son courage, pour son insistance, pour sa vision du développement de notre pays. Bravo, également au président Macron, pour  également son courage, sa force  de conviction. Son courage justement  pour changer, transformer les relations France-Afrique. Maintenant, le public  béninois découvrira  un peu les éléments importants de son histoire. J’espère que ça fera notre fierté nationale .Ceci étant dit, il reste encore  du chemin à parcourir et tant qu’il reste à faire rien n’est fait dit-on.

Propos recueillis par  Bienvenue Agbassagan

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