Le colonel à la retraite Pascal Tawès n’est ni un soutien ni un opposant au régime Talon. L’ancien adjoint à l’Attaché de défense à Washington près l’ambassade du Bénin aux Etats-Unis d’Amérique l’a martelé sur Frissons radio mercredi 17 mars 2021, au lendemain de son audience avec le chef de l’Etat. Pour l’officier de l’Armée béninoise à la retraite, « le président Patrice Talon a été élu. C’est un serviteur de la Nation ». S’opposer donc à lui, c’est s’opposer au Bénin. Lire l’entretien dans lequel il livre tout  sur les dessous de la réconciliation.

Colonel Tawès, tout le monde est surpris de votre audience avec le président de la République qu’on a vu à la télévision mardi 16 mars 2021. Comment avez-vous obtenu ce rendez-vous et quand avez-vous décidé de le rencontrer ?

 

Colonel Pascal Tawès : J’ai envoyé une demande écrite et j’ai eu l’honneur d’être reçu comme tout. Je pense que le président est disposé à recevoir ses compatriotes.

 

Tout ce que vous avez dit récemment contre le président Talon, un commerçant qui gouverne pour ses intérêts, qu’il est là pour se servir lui-même. Vous avez retiré et enterré tout ça ?

 

J’ai un problème administratif avec l’Etat béninois. J’ai été envoyé aux Etats-Unis comme Attaché de défense avec un visa d’un an renouvelable. Cela voudra dire que l’ancien régime politique m’a envoyé aux Etats-Unis sur la base des préjugés. Tel que c’était fait, ce n’était pas bien. Donc, si j’ai eu à parler d’une certaine façon avec la levée de ton, c’est juste pour que l’Etat puisse intervenir pour un règlement diligent de mon dossier administratif. Lorsque le président m’a fait l’honneur de me recevoir, j’ai saisi l’occasion pour lui présenter mes excuses. Lesdites excuses ont été acceptées. Je considère tout ce qui a été dis  comme du passé.

 

Donc ce que vous disiez  à l’époque, vous ne le pensiez pas ?

 

Ce que je disais, c’était des propos tenus du dehors. C’est le terrain qui commande. Je me rends compte que ces propos ne méritaient pas la peine d’être tenus.

 

Non seulement vos propos étaient violents, mais ils dépassent parfois l’entendement. On peut le qualifier d’appelle à la sédition surtout que vous officier de l’Armée !

 

C’est votre point de vue. Au niveau du président, j’ai rencontré un responsable d’un niveau suffisant de compréhension. Il n’a pas considéré cela comme une faute grave. Tout ce qui s’est avec le président Patrice Talon aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du territoire. Il a considéré tout ce qui a été dit comme une montée de ton. Il m’a compris et il n’y a pas de point d’ombre sur cela.

 

Beaucoup pensent que depuis votre cachette, vous êtes devenu quelqu’un qui avait des difficultés. Le colonel était-il dos au mûr qu’il est allé négocier au Bénin ?

 

C’est la liberté de penser. Les compatriotes ont le droit de réfléchir autrement. Moi, par déformation professionnelle, j’ai le réflexe flexible de soumission à l’autorité établie. Je suis rentré chez moi, j’ai présenté mes respects et considérations au président de la République. Ce n’est pas parce que je suis dos au mûr. Je suis tranquille chez moi. Pour gérer le quotidien, l’amitié et la paix avec tout le monde.

 

On apprend que vous auriez été aidé par le cabinet militaire du chef de l’Etat. Qu’en dites-vous ?

 

Non ! Ce n’est pas une aide. De toutes les façons, le président Patrice Talon est le chef suprême des armées. Ma demande est passée par le cabinet militaire. C’est un passage obligé. Il n’y a rien de caché à négocier. Tout le monde peut faire comme moi, civil comme militaire.

 

Ce n’était pas un appel au secours ?

 

C’est plus une démarche citoyenne.

 

Les anti-Talon estiment que vous les avez lâché

 

Je n’aime pas qu’on utilise mon nom à des fins difficiles à comprendre. Je n’ai pas de contrat de travail ni avec l’opposition ni avec la mouvance. Le Bénin est trop petit pour qu’on parle de manière discourtoise. Il s’agit de régler les petits problèmes entre nous par le contact et le respect réciproque. Ceux qui en font une exploitation tendancieuse, je ne leur en veux.

 

Trop vieux, vous aspirez à une retraite paisible. C’est ce que nous êtes allé faire au palais de la Marina ?

 

Pas négocier. J’ai souhaité que l’Etat prenne ses responsabilités. J’ai reçu des directives nécessaires pour que l’Etat intervienne afin que je récupère ma famille. Je ne suis pas suffisamment vieux par rapport à d’autres. Je suis disposé à aller cultiver.

 

Où étiez-vous ces dernières années et d’où parliez-vous ?

 

J’étais sur le terrain.

 

C’est-à-dire ?

 

Le terrain c’est le terrain

 

Pas au Bénin !!

 

La mobilité au Bénin et dans la sous-région. Vous savez qu’au niveau de la Cedeao, il y a la liberté d’aller et de venir.

 

Vous aviez peur et vous pensiez que vous étiez recherché ?

 

Il y a des mesures conservatoires qui n’ont rien à voir avec un recherché.

 

Vous avez décidé de prendre des mesures conservatoires (vous protégez). C’est cela ?

 

Bien sûr. Se méfier des malfrats et de ceux qui cherchent à nuire à autrui de manière criminelle.

 

Ce n’est pas plutôt pour votre attitude ?

 

Pas du tout. Il y a eu récemment des affaires qu’on a appelées d’atteinte à la sûreté. Le chef de l’Etat a parlé d’actes de déviance. Certaines personnes vous ont soupçonné d’être mêlé à cette affaire. Que répondez-vous aujourd’hui?

Je ne suis pas concerné.

 

Des gens que vous connaissez ont été arrêtés !

 

Je suis là, on peut aborder des questions de détails avec la tête froide.

 

Donc l’idée de coup d’Etat n’a pas germé dans votre tête ?

 

Le Bénin n’a jamais connu un coup d’Etat en dehors de celui du 26 octobre 1972. Le président Patrice Talon a témoigné. Il y a eu des actes d’incivisme. Ceux qui parlent de coup d’Etat, cela n’engage que leurs propres responsabilités dans ce genre d’affaire.

 

Pourquoi on vous citerait ?

 

Chacun a le droit de chercher à dire ce qu’il veut. Ce sont les faits qui accusent. Je n’en veux pas à ceux qui me citent. Si cela peut les aider tant mieux.

 

Certains disent que vous êtes l’officier qui a du mal à vivre avec la démocratie. La mutinerie du camp Kaba de Natitingou sous le camp Soglo.

 

Non ! Ce qui s’est passé au camp Kaba, c’était une démarche administrative. Avant de prendre le camp, les autorités administratives et militaires étaient informées par des messages. Tout le tapage qui a été fait autour de cette affaire, on doit en faire table rase. De toutes les façons, tout le monde vit. On peut ensemble aller saluer l’ancien président Soglo. C’est beaucoup plus un montage politique qui ne s’explique pas. Je n’en veux à personne. Evitons de nous diaboliser. Allons ensemble, vivons ensemble, parlons-nous les uns les autres et soyons en paix.

 

Vous voulez rendre compte de cela ?

 

Il n’y a aucun compte rendu à faire. Nous devrons nous pardonner les uns les autres. Moi j’ai tout pardonné. Je n’ai pas besoin du pardon de quelqu’un. De toutes les façons, s’il y a des détails, je suis disposé à recevoir les visiteurs au village.

 

Vous n’avez aucun regret sur ce que vous avez fait au camp Kaba de Natitingou ?

 

Non ! Il y a eu ce qu’il y a eu après avoir informé les chefs militaires. Ceux qui se sont agités, ce sont eux qui doivent regretter. Je suis fier d’avoir fait cela. C’était en fait une démarche dissuasive pour appeler les autorités à être regardantes envers les militaires. C’est tout.

 

Vous parlez de réconciliation après votre audience avec le président, c’est le silence désormais ?

 

Je suis actif sur le terrain humanitaire. Je souhaite le faire aussi longtemps que je pourrai vivre.

 

Vous êtes un opposant au président Talon ?

 

Le président Patrice Talon a été élu. Je ne sais pas pourquoi être opposant à lui. C’est un serviteur de la Nation. Etre opposant à un élu, c’est comme si vous vous opposez au Bénin. Je ne suis pas qualifié pour donner mon point de vue. Je respecte l’autorité établie.

 

Vous n’êtes pas opposant, donc vous êtes un soutien du président Talon ?

 

Je suis le soutien de l’autorité établie. Aujourd’hui c’est lui. Demain, n’importe qui sera-là aura besoin du soutien, en particulier de l’Armée. Pour avoir été soldat de la République, je suis plus disposé à servir l’Etat et toutes les autorités établies depuis le président de la République jusqu’au chef village.

 

Qu’avez-vous obtenu après cette audience ?

 

Le président de la République m’a donné des conseils et des directives nécessaires pour atteindre le règlement diligent de mon dossier. Des instructions ont été données aux structures qualifiées pour que cette affaire soit réglée en procédure d’urgence.

 

Que voulez-vous concrètement de l’Etat ?

 

C’est un dossier classique. Les autres attachés de défense ont replié. Je suis le dernier. Ce n’est pas une plainte pour demander de l’argent. C’est une démarche purement administrative.

 

Vous vivez de quoi aujourd’hui ?

 

De la pension. Je suis en train de renforcer mon Ong « Data international ».

 

On dit que vous êtes un officier versatile. Est-ce vrai ?

 

On verra cela dans les détails lorsqu’on se reverra dans mon village.

 

Source : Frissons radio

 

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