(Nécessité de dépassionner le débat)

Selon des études dignes de foi, l’avortement reste la troisième cause de décès maternels au Bénin après l’hémorragie et l’éclampsie. Environ quatre (04) femmes meurent par jour des avortements clandestins, consécutifs aux grossesses non  désirées. Face à ce désastre, il est plus qu’impérieux d’agir sur la loi n°2003-04 du 03 mars 2003 qui n’a légalisé l’avortement que pour 1 cas de grossesse non désirée sur 5. Les cas non encadrés étant exposés à la mort.

Le projet de loi rectificative sur l’avortement au Bénin déchaîne les passions et alimente la polémique. Sociologues, psychologues, acteurs de la société civile et leaders religieux ne cessent de monter au créneau pour dénoncer sur ce que d’aucuns qualifient de « légalisation de l’avortement au Bénin ». A priori, les craintes des uns et des autres paraissent légitimes, au regard du caractère ‘’immoral’’ de l’avortement qui est perçu comme une négation de la sacralité de la vie humaine. Mais face aux réalités du monde contemporain et au désastre humain qu’occasionnent chaque année, les avortements clandestins, il urge d’envisager des mesures fortes pour parer au plus pressé. Selon des chiffres rendus publics en 2020 par l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 7,3 millions d’avortements sont enregistrés par an dans le monde au nombre desquels on note 13 à 15% de décès. 800 décès maternels sont enregistrés par jour dans le monde suite à la grossesse ou à l’avortement. Au Bénin, la nécessité de recadrer l’avortement clandestin afin de sauver la femme enceinte, a abouti au vote de la loi n°2003-04 du 03 mars 2003 portant santé de la reproduction au Bénin.  Malheureusement, l’article 17 de cette loi n’encadre qu’un (01) cas sur 5 des grossesses non désirées au Bénin. Autrement dit, l’avortement n’est légalisé que pour un seul cas d’avortement sur 5. Les 04 restants recourent malheureusement à l’avortement clandestin. Cette option n’est malheureusement pas sans risque sur les femmes qui s’y hasardent, ce qui accroit de façon vertigineuse, le taux de mortalité maternelle au Bénin. Selon les statistiques, plus de 04 femmes perdent leur vie dans cette aventure risquée chaque jour au Bénin. Doit-on croiser les bras et continuer à végéter dans la passivité face à ce désastre ? Que deviennent les 4/5 des grossesses non-désirées qui ne répondent pas aux critères définis par l’article 17 de la loi précitée ? La préservation de la santé et de la vie n’est-elle pas aussi sacrée pour la femme que le fœtus qu’elle porte ? Autant d’interrogations qui interpellent les consciences et appellent une riposte adéquate pour arrêter l’hémorragie.

La raison doit prévaloir sur la passion

Le débat qui se mène sur l’avortement mérite un savant degré de rationalité et d’introspection. S’y lancer sans véritablement appréhender l’enjeu pourrait amener à faire une appréciation biaisée de la démarche du gouvernement à travers l’introduction au parlement du projet de loi rectificative de la loi n°2003-04 du 03 mars 2003 portant sur la santé de la reproduction au Bénin. A l’épreuve de sa mise en œuvre, il s’est avéré que cette loi n’a réglé qu’en partie les causes de décès maternels au Bénin. Outre l’hémorragie et l’éclampsie, l’avortement est la cause la plus meurtrière de mortalité maternelle au regard du recours excessif qu’y font les femmes de nos jours. Malheureusement, l’effort législatif du gouvernement n’a pas permis d’endiguer entièrement le phénomène. A titre illustratif, l’enquête démographique de santé 2016-2017 a révélé que 391 femmes meurent au Bénin par joursur 100 950 vivantes. Ce chiffre est en total déphasage avec les prévisions de l’agenda 2030 des Nations Unies auquel le Bénin a adhéré. Le document invite les pays adhérents à ramener le taux de mortalité maternelle à 70/100900 vivantes. Au regard des chiffres, le Bénin paraît encore loin de cet objectif et selon les projections, le pays ne pourrait atteindre qu’un taux de 123/100900 vivantes d’ici 2030. Cette hypothèse pose l’équation de la stratégie idoine à adopter face à l’accroissement du taux de mortalité maternelle liée aux grossesses non-désirées surtout dans un contexte où l’adoption des méthodes contraceptives n’est pas intégrée dans les habitudes. Au-delà des gouvernants, ce combat doit être celui de toutes les composantes de la nation. S’il est vrai que la vie humaine doit rester sacrée et inviolable, il n’en demeure pas moins que chacun à la lourde et périlleuse mission d’œuvrer à sécuriser cette vie, qu’il s’agisse de celle de la mère ou de l’enfant.

Gabin Goubiyi

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