Ça boulègue au Burkina Faso! Pour ceux qui suivent l’actualité du pays des  hommes intègres, le coup d’Etat militaire perpétré hier lundi 24 janvier 2022, n’est que le résultat d’un processus de razzia géopolitique et géostratégique favorisé par les crises endogènes et exogènes dans la sous-région. En Afrique de l’ouest, les coups de force militaire sont devenus, ces deux dernières années, l’arme la plus puissante et irréversible pour renverser les chefs d’Etats infichus de garantir la sécurité des citoyens face à la terrible menace terroriste et ceux aux allures autocratiques laissant par voie de conséquence, la population dans un état piteux, insensible à leurs yeux. La petite flamme allumée par le Mali en 2020 a certainement alimenté la Guinée et le Burkina Faso. En tout cas, si cela prend, c’est un printemps ouest-africain qui nait et il faille pour l’avenir,  fermer la vanne.

Les nouvelles ne sont pas bonnes pour l’Afrique de l’Ouest. La spirale du  pire redoutée par la Cedeao, l’Uemoa, l’Ua, etc en sanctionnant lourdement le Mali pour que cela serve de jurisprudence, s’installe par malheur progressivement. Après le Mali, la tentative déjouée au Niger et la Guinée  Conakry, le Burkina-Faso, un autre pays ouest-africain  comme l’indiquait déjà les signaux depuis 2020, est  passé  hier lundi 24 janvier 2022, sous le contrôle des militaires. Le péché de  Roch Marc Christian Kaboré qui avait débuté son mandat en 2020 sur la défensive a été son  incapacité affichée à relever le défi sécuritaire. En effet,  tout comme  le  Mali et le Niger,  le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés terroristes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, lesquels ont fait au moins 2 000 morts et causé 1,4 million de déplacés. Le ras-le-bol de la population a été exacerbé par l’attaque particulièrement meurtrière d’Inata (nord), le 14 novembre, au cours de laquelle au moins 57 personnes, dont 53 gendarmes, ont été tuées par des terroristes armés. Deux semaines avant cette attaque, un mécontentement au sein de l’armée avait éclaté. Les gendarmes d’Inata avaient avisé  leur état-major sur  la précarité ambiante et suicidaire rendant amorphe leur efficacité. Ces hommes en uniformes ont dit manquer de nourriture et s’alimenter grâce au braconnage. Le 27 novembre,  des centaines de  Burkinabés  ont battu le macadam  pour dénoncer « l’incapacité » du pouvoir à endiguer la violence terroriste. Manifestants et forces de l’ordre se sont farouchement affrontés. Le bilan était une dizaine de blessés. Pour redonner une lueur d’espoir à l’armée, il a été procédé à la mi-décembre à la mise en place d’un  nouveau gouvernement  avec à sa tête un ancien fonctionnaire onusien, Lassina Zerbo, qui avait appelé à la « cohésion » face au terrorisme.

Le Burkina Faso sous menace depuis

Le jeudi 13 janvier 2022, à l’issue du conseil des ministres, le ministre des armées et des anciens combattants, Général Aimé Barthélemy Simporé  a annoncé que quinze personnes ont été interpellées dont dix militaires et cinq civils, suite à la tentative présumée de coup d’Etat au Burkina Faso. « Le ministère des Armées et des anciens combattants a présenté au conseil des ministres une communication orale pour rendre compte d’une saisine du tribunal militaire de Ouagadougou qui a conduit à des interpellations de militaires et de civils pour des faits présumés de tentative de déstabilisation de l’Etat », a-t-il déclaré avant d’ajouter: « Cette action judiciaire qui a été décidée par le procureur militaire fait suite à une dénonciation de militaires qui auraient été contactés par un groupe d’individus pour rejoindre le groupe pour mener des actions de déstabilisation contre les institutions de l’Etat. Ces interpellations étaient conduites par la gendarmerie nationale. Depuis hier, le point de la situation fait état de quinze personnes qui ont été déjà interpellées, au nombre desquels dix militaires, deux officiers, sept sous-officiers, un militaire de rang et cinq civils ». Il faut dire que dans un communiqué publié dans l’après-midi du mardi 11 janvier 2022, le procureur militaire  a annoncé l’arrestation de huit militaires dans l’affaire de la présumée déstabilisation des institutions de la République dans laquelle le lieutenant-colonel Mohamed Emmanuel Zoungrana est mêlé. Cet accusé était en cette période, le chef de corps du 12e régiment d’infanterie commandos et officiait aussi en tant que Commandant du secteur ouest du groupement des forces de sécurisation du Nord. Il avait  dirigé le 25e régiment parachutiste Commandos de Bobo Dioulasso.

En réponse à  cette sortie médiatique du ministre  des Armées, les internautes Burkinabé n’ont pas feutré leur mécontentement. « Du n’importe quoi ! Dites-nous, si la population du Lorum a pu regagner le bercail. Dites-nous combien de zones infestées sont nettoyées en lieu et place de nous monter des histoires à dormir debout. Un gouvernement qui n’est même pas en mesure de fortement sanctionner ceux qui sont impliqués dans des drames Yirgou, Inata et ailleurs et qui curieusement dispose de renseignements de ce genre. Dieu vous voit si ce sont des innocents qui sont condamnés ! », a déploré un internaute dont les propos ont été renchéris par un autre : «  Deuxième tentative de coup de d’Etat déjoué sous le régime de Roch Kaboré. Espérons qu’il n’y aura pas une troisième. Le président Roch Kaboré ferait mieux de changer radicalement sa manière de gérer le Faso sinon, comme on le dit, s’il y a deux, c’est qu’il y aura trois. Le président ferait mieux de travailler pour les populations et non pas seulement de travailler à déjouer les coups d’Etat. Sinon à force de déjouer les coups d’Etat, il recevra un jour un coup d’Etat. »

Les faisceaux d’un printemps ouest

 africain

C’est paradoxalement un effet de contagion qui va en crescendo. La vague des coups d’Etat militaire en Afrique de l’ouest devient inquiétante. La menace de sanction brandit par les chefs d’Etat et les partenaires n’émousse guère les ardeurs des  militaires. Il faut craindre la tendance et savoir agir, car nul ne peut désormais  targuer être  honnêtement à l’abri. Les analyses révèlent que  la plupart des Etas africains sont confrontés à des défis sécuritaires et démocratiques. Des chefs d’Etat animés par une volonté déguisée de s’éterniser au pouvoir, se louent malheureusement les services des juristes, pour tordre le cou à la constitution. Au pouvoir, ils mettent l’État au service d’un clan  et font de la violation des droits de l’homme leur sport quotidien. Ils ne manquent pas de déclencher le courroux de l’armée qui renverse le pouvoir, mais verse dans les mêmes travers : un véritable éternel recommencement. Pour Alioune Tine, ancien responsable d’Amnesty International en Afrique de l’Ouest et fondateur du think thank, AfrikaJom Center, les putschs se sont multipliés, car la Cedeao est affaiblie par ces dérives à répétition des dirigeants. « Les coups d’État sont la conséquence de dysfonctionnements graves et en réalité, le coup d‘État arrive comme une espèce de thérapie, mais c’est une fausse thérapie. Cela révèle une chose, c’est l’effondrement des mécanismes de régulation des tensions politiques à la Cedeao. La Cedeao s’est pratiquement effondrée, le leadership est assuré par des pays qui ne sont pas démocratiques. La politique ne fait plus sens et quand les militaires arrivent, les gens applaudissent », avait-t-il expliqué. En suivant la chronologie des faits (puisqu’il se dégage obstentoirement des comportements de gouvernance symétriques), il  ne serait ni maladroit ni un  risque de  conclure que  c’est le printemps Ouest-africain qui nait.  Mais dans ce contexte, c’est l’élite militaire qui se soulève pour prendre le pouvoir des mains de l’élite politique au nom du peuple impuissant. En moins  de deux ans, sur 16 pays,  5 pays ont  subi la menace des militaires et 4 sont tombés dans le coup. Le chiffre, minime qu’il soit, monte et fait peur. C’est comme en 2011 où  une vague de manifestations inédites, désignées sous le vocable de « Printemps arabe » a remué sauvagement le Maghreb et le Moyen-Orient. Dans les rues, des millions de personnes ont crié leur ras-le-bol  défiant ainsi  l’ordre établi. De la Tunisie à l’Égypte en passant par la Libye ou le Bahreïn, c’était un véritable continuum d’actions. Ces populations arabes ou musulmanes protestaient  à la fois contre la pauvreté et le chômage et contre la tyrannie et la corruption de gouvernements autoritaires installés au pouvoir depuis des décennies. Cette révolution amorcée en Tunisie appelée  la « révolution du jasmin », a contraint  le président Zine el-Abidine Ben Ali à quitter le pouvoir en janvier et à s’enfuir du pays. Cet acte de délivrance digne d’une désobéissance civile violente a inspiré  de milliers d’Égyptiens à se soulever contre le régime de Hosni Moubarak. Ils ont bravé la répression et ont dès le mois de février, chassé le président du pouvoir. En Libye, une rébellion contre le colonel Muámmar al-Kadhafi prend corps.  Très tôt, elle s’est muée en guerre civile au cours de laquelle les forces de l’Otan sont fortement intervenues. Cette secousse a obligé à l’instauration d’un Conseil national de transition. La fin a été la mort du Guide de la révolution en octobre 2011. Une mort non élucidée jusqu’aujourd’hui. Ces évènements d’ampleur inédite  ont encouragé les populations du Yémen, du Bahreïn et de la Syrie début 2011. Dans chacun de ces pays, et plus particulièrement en Syrie où le gouvernement de Bachar al-Assad  n’a pas hésité à opposer une répression brutale, les populations au prix de leurs vies ont semé  l’insurrection. Mais, elles n’ont pas fait bouger l’homme fort de la Syrie. Le pays a été dévasté, car il y a eu plus de 400 000 morts et de milliers de réfugiés.  Du côté du Yémen, Ali Abdallah Saleh n’a pas tenu.  Il a accepté finalement de quitter le pouvoir en novembre. Voyant le danger venir, l’Algérie,  la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Maroc et l’ Oman, se sont pressés d’introduire de profondes réformes   pour ne pas aussi basculer dans une nouvelle ère.   Un travail de réforme profonde s’impose alors car, la menace  n’épargne aucun Etat.

Bienvenue Agbassagan

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