« Nous avons résisté et notre économie a montré sa résilience », a déclaré à la presse le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, après l’ouverture des frontières bénino-nigérianes fermées 16 mois plutôt unilatéralement par le Nigeria. Malgré ce satisfecit, beaucoup de leçons restent à tirer quant aux perspectives des rapports socio-économiques entre les deux pays.
Après l’ouverture des frontières bénino-nigérianes, les avis sont partagés sur les conséquences de l’acte posé par le gouvernement de Muhammad Buhari sur les économies de part et d’autre des frontières. Selon la Banque mondiale, la fermeture des frontières nigérianes a porté un coup dur à l’activité économique du Bénin, qui s’est décélérée à 6,4 % en 2019, contre 6,7 % en 2018, soit un taux de croissance du Pib par habitant de 3,5 %.  Et pourtant les conséquences dramatiques annoncées, dont les prédictions alarmistes de disette et de famine n’ont pas marché. L’économie béninoise a contenu le choc et s’est adaptée.  Donnant les raisons de la résilience de l’économie béninoise, Romuald Wadagni, ministre de l’Economie et des finances, a rappelé les efforts faits pour moderniser les services douaniers ces dernières années, mais surtout pour   intensifier la lutte contre les fraudes douanières. Ce qui selon lui, explique le fait que le Bénin a moins senti le contrecoup des effets de la fermeture. Selon la note trimestrielle de conjoncture publiée par la Direction générale des affaires économiques (Dgae) en avril 2020, « les recettes fiscales douanières au quatrième trimestre 2019, donc après la fermeture des frontières, s’élèvent à 89,28 milliards de francs Cfa, tandis que les recettes fiscales des impôts sont de 155,47 milliards de FCfa ». Résultats : certes après plus d’un an quatre mois de fermeture, les échanges officiels entre les deux pays ont rétréci, mais les caisses de l’Etat béninois n’ont pas souffert outre mesure de l’arrêt officiel des activités de contrebande.
 Le taux d’inflation a atteint près de 15 % au Nigeria
De plus en septembre dernier, la direction générale des douanes du Bénin a annoncé qu’au titre des huit premiers mois de l’année 2020, 219,170 milliards de francs Cfa ont été mobilisés, soit un taux de réalisation de 75 % par rapport aux prévisions initiales, alors que le Fmi dans sa revue créditait le Bénin d’au plus 60 % ». A l’annonce le 16 décembre, de la réouverture de ses frontières terrestres avec le Bénin, le Niger, le Tchad et le Cameroun fermées depuis le 20 août 2019, la ministre nigériane des Finances, Zainab Ahmed a expliqué que le président avait « approuvé les recommandations » qui lui avaient été soumises par un comité ad hoc, lequel regroupait les ministres nigérians du Commerce, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi que la direction des douanes. « L’interdiction portant sur l’importation de riz, de volailles et d’autres produits interdits subsiste », a-t-elle ajouté. Or, malgré la mesure unilatérale prise par les autorités nigérianes, la contrebande n’a jamais cessé entre les deux pays. Le Bénin et le Nigeria partageant plus de 700 km de frontières, les deux Etats n’ont pas les moyens, à la date d’aujourd’hui, de faire une surveillance susceptible de donner un coup d’arrêt à la contrebande. Du coup, le riz n’a jamais disparu des circuits de la contrebande. Depuis 2019, son prix a augmenté sur le marché nigérian à l’instar de la plupart des denrées de base. Le mois dernier, le taux d’inflation a atteint près de 15 % au Nigeria, son plus haut niveau ces trois dernières années. Massivement importé par les commerçants béninois à partir des pays asiatiques, il est vendu moins cher au Nigeria et concurrence farouchement la production locale du riz.
Abdourhamane Touré

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here