Hier, jeudi 10 décembre 2020, la communauté internationale a commémoré le 72ème anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme (Dudh). Occasion de bilan, cette commémoration a été propice pour le Consultant politique et Expert électoral, Agapit Napoléon Maforikan, d’évaluer le chemin parcouru et de constater que, dans le cadre de la protection de ces droits, il y a désormais une tendance à affaiblir l’Etat. Lire des extraits de son analyse sur la chaîne de télévision E-Télé.

 

« Adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948 à Paris au palais de Chaillot par la résolution 217 (III), la Déclaration universelle des droits de l’homme (Dudh) totalise 72 ans.  Sans véritable portée juridique en tant que tel, elle précise les droits fondamentaux de l’homme. Ce qui a changé 72 ans après est que ces droits sont toujours d’actualité. Ils font toujours l’objet de débat et suscitent crainte et espoir. Ils font aussi l’objet de beaucoup d’empoignades. En effet, la Déclaration universelle des droits de l’homme est l’une des premières déclarations à portée internationale adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies au lendemain de la Seconde Guerre mondiale où il fallait prendre des mesures contre la barbarie de cette guerre et surtout éviter que cela se reproduise. Donc, les Etats parties ont mis l’accent sur la dignité de la personne humaine, la liberté d’aller et de venir, la liberté de choisir, la protection des minorités, l’égalité de tous devant la loi. C’est donc une déclaration majeure dans l’histoire des peuples. Les pays africains qui sont devenus indépendants plus tard l’ont adoptée. Ils se sont approprié toutes ces valeurs internationales qui existent et ont été obligés de se maintenir dans ce rouage. Ils se sont aussi dotés d’une Charte africaine des droits de l’homme et des peuples adopté en 1981 et qui est entrée en vigueur en 1986. Pour le Bénin, par exemple, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui a pris des dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme, fait aujourd’hui partie intégrante de la Constitution du 11 décembre 1990. Ce qui a changé avec la Dudh est que l’homme est au cœur des valeurs universelles de développement. L’homme a droit à la protection de sa dignité (…) »

 

Des failles dans la protection des droits

 

« L’évolution du monde a révélé certaines failles dans la protection de certains droits. L’accent est souvent mis sur les droits civils et politiques qui sont des droits de première génération. Ces droits concernent l’individu de manière isolée et on demande à l’Etat de ne pas les bloquer, mais plutôt d’agir pour les renforcer. Quand vous rentrez dans les droits sociaux, si l’Etat s’abstenait, ipso facto ce droit ne peut pas s’exécuter. Il y a, par exemple, le droit à la protection des minorités. Si l’Etat n’intervient pas pour instaurer cette égalité et la possibilité aux minorités de vivre et de s’exprimer librement, ces droits peuvent ne pas être exécutés par exemple (…) Les droits sociaux, économiques et culturels sont toujours des droits individuels, mais ce sont des droits qui s’expriment dans la communauté. Quand on prend le respect de la culture de l’autre, nous ne sommes plus dans l’individualisme du droit civil et politique. On est beaucoup plus dans l’individu dans la communauté. Et on ne demande pas à l’Etat de faire la régulation systématique, mais de créer les conditions de jouissance (…) »

 

« Quand on parle de droits collectifs, on a le droit à un environnement sain, le droit à l’éducation, le droit à la non-discrimination, le droit à la discrimination politique. Lorsqu’on crée une discrimination en faveur des minorités par exemple, ce n’est plus un droit individuellement établi. C’est un droit qui s’adresse à des groupes. C’est pour dire que l’expression des droits individuels n’est pas à dissocier de la régularisation des droits collectifs. Tout cela appelle à l’existence de l’individu et sa primauté en tout sur le rôle régalien de l’État. De 1948 à ce jour, l’évolution des sociétés a montré qu’il y a une tendance à l’affaiblissement des Etats. Parfois, face à des droits individuels ! Il n’est non plus question de laisser à l’Etat sa toute-puissance pour écraser l’individu. Il faut trouver le mécanisme pour gérer la régulation. Ce qui est déplorable est qu’en Europe ou en Afrique, on a tendance parfois à mettre l’individu plus en valeur. Et donc, l’Etat s’affaiblit. Or, un Etat qui s’affaiblit, ce sont des droits sociaux, culturels et économiques qui prennent un coup. Il en est de même de certains droits collectifs, par exemple le droit au développement qui intègre les droits civils, économiques, politiques et certains doits inaliénables. Or, chaque individu a droit à ce développement qui ne peut être géré que par une entité aussi ferme que l’État (…) ».

 

Covid-19 et restriction des droits individuels

 

« Lorsque le Covid-19 est apparu, on n’a pas attendu avant de légiférer en France. L’Etat français, au nom de la protection de la société, a dit « restez chez vous ». C’est une restriction ! Il y a même des pays où les citoyens ont été poursuivis alors que le principe c’est la liberté d’aller et de venir. Dans presque tous les pays, les dispositions antérieures ont été mises en veilleuse à cause de l’état d’urgence annuel sanitaire. C’est pour dire que face à des situations d’urgence du genre, c’est encore l’Etat qui joue le rôle régulateur. Il n’a pas le droit d’écraser, mais au-delà de l’universalité du droit, je pense qu’il faut établir des mécanismes de régulation des droits individuels. Il faut que le droit individuel ne saque pas le bonheur de vivre dans une communauté (…) »

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