L’actualité béninoise est marquée par l’arrivée de plusieurs délégations. Du 07 au 10 février 2021, Mohamed Ibn Chambas, l’émissaire de l’Onu, a rencontré les différentes composantes de la classe politique béninoise. Depuis le 10 février, une mission de la Cedeao est au Bénin. Quel est leur apport dans le processus électoral ? Sont-elles des organes de gestion de contentieux ? Le Consultant politique et Expert électoral, Agapit Napoléon Maforikan, a donné plus de précisions sur ces questions hier jeudi 11 février 2021 sur la chaîne de télévision E-Télé. Extraits.

« …La paix et la sécurité sont depuis longtemps des facteurs essentiels à la préservation d’un monde meilleur. Elles sont des fondamentaux pour la vie en communauté. Or, les élections constituent des moments de tensions dans le monde entier. Dans les pays en voie de développement dont le Bénin, l’organisation des élections est souvent marquée par des incompréhensions, l’absence de dialogue, les débats sur la législation. Bref, un certain nombre de situations propices aux crises et aux conflits. C’est donc pour prévenir que les Organisations internationales envoient des missions dans les pays concernés. Elles y vont pour évaluer la situation. Ce sont des missions d’information et d’évaluation au cours desquelles les différentes délégations rencontrent les parties prenantes de ces élections : acteurs étatiques, acteurs civils, acteurs impliqués (les candidats et les partis politiques), médias, etc. Mais, avant d’arriver, elles s’informent au préalable sur la législation du pays hôte : ses forces et faiblesses. C’est après s’être suffisamment outillées que ces missions vont vers les acteurs pour les écouter afin de mieux évaluer l’ampleur de la situation et, en cas de besoin, de faire des recommandations. A ce sujet, la principale recommandation de la délégation Onusienne conduite par Mohamed Ibn Chambas est le dialogue entre les acteurs politiques, parce qu’il a noté que les modalités de participation ne reçoivent pas l’assentiment de tout le monde (…) »

 

Les Nations Unies disponibles à conseiller

 

« (…) En effet, au terme de la séance d’échanges avec les différents partis politiques, des récriminations ont été portées à la connaissance de l’émissaire de l’Onu. Il y a certains acteurs politiques qui s’en sont pris à lui en disant qu’en 2019, il n’aurait pas fait un bon rapport. Et au diplomate onusien de répondre qu’il ne lui appartient pas de s’ingérer dans nos affaires. En revanche, s’il y a des difficultés, il revient aux acteurs de se parler. Au besoin, ils peuvent écrire à l’Onu pour demander une médiation. Les Nations Unies étant créées pour promouvoir la paix et la sécurité, elles sont disponibles pour conseiller. Ce que l’opposition, dans nos Etats africains, doit comprendre est que l’Onu, la Cedeao, l’Union africaine et l’Uemoa ne sont pas des organes de contentieux. Leurs missions ne viennent pas gérer le contentieux dans nos Etats. Elles viennent plutôt voir si nous sommes en phase avec les standards auxquels nous avons souscrit. Et s’il y a peut-être des difficultés, elles peuvent aider à libérer les écarts pour que le processus électoral se déroule dans la paix et la sécurité. Malheureusement, nos oppositions veulent que ces Organisations internationales viennent les départager avec les pouvoirs publics (…) »

 

L’Ua n’impose pas une législation

 

« (…) Rétrospectivement, on se rappelle qu’en 2010-2011, Jean Ping était venu au Bénin à un moment où la tension électorale était à son paroxysme. Les gens pensaient que sa présence allait changer grand-chose, surtout que l’opposition ne voulait pas de la Liste électorale permanente informatisée. Elle pensait que le président de la Commission de l’Union africaine à l’époque pouvait faire pression sur le président de la République pour qu’on aille aux élections sans la Lépi. Mais, rien n’y fit, parce que ces missions ne viennent pas pour imposer la législation dans un pays. L’Union africaine n’a pas une législation particulière. Elle a des standards, notamment le pacte international relatif aux droits civils et politiques et d’autres actes auxquels nous avons souscrit et qui orientent les conditions d’organisation des élections. Donc, au regard de ces documents et de la législation nationale, elles essaient de savoir si l’élection est ouverte à tout le monde. Est-ce qu’il y a eu avènement opportuniste de nouveaux textes ? Est-ce que les acteurs s’entendent sur le contenu des textes ? Toutes ces questions donnent lieu à une analyse. C’est au terme de cela que ces missions font leurs rapports (…) »

 

Le dialogue après la Présidentielle

 

« …Dans le cas du Bénin, ces missions n’ont pas grand-chose à recommander autre que le dialogue et la concertation. La situation par rapport à 2019 s’est beaucoup améliorée. Il y a eu le dialogue politique. Il y a des textes qui sont là depuis quinze mois. Ce sont des textes qui ont été éprouvés par les élections communales. Donc, rien n’est nouveau. Le seul bémol est que certains ont tardivement découvert certaines contraintes et se sont mis à faire du bruit de sorte à créer une situation conflictuelle. C’est peut-être cela la nouveauté. Or, si ces acteurs jouaient le jeu avec franchise, je pense que cela aurait pu permettre aux députés de retoucher certains textes. En 2019, il y a eu un comité paritaire pour corriger les textes. Peut-être que la question du parrainage qu’on agite comme facteur de blocage aurait pu faire l’objet d’échanges dans une atmosphère beaucoup moins crispante qu’aujourd’hui. Ce dialogue dont parle Mohamed Ibn Chambas ne peut que se faire dans une atmosphère apaisée. Pas à la veille des élections ! Le meilleur dialogue est d’aller aux élections. C’est le peuple qui tranche. Et il faut que ce peuple sorte massivement pour s’exprimer dans les urnes… »

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