L’évolution du niveau d’eau des différents bassins fluviaux du Bénin est suivie par le Système d’alerte précoce (Sap-Bénin) devenue une réalité depuis les inondations de 2010. Grâce à sa cellule interinstitutionnelle, le Sap-Bénin fait la mobilisation, le traitement, l’analyse des données en vue de produire des bulletins d’alerte pour informer sur l’évolution de la situation au niveau de tous les bassins en temps réel. Ce qui permet aux communautés d’anticiper sur les éventuels risques de catastrophes. Actuellement, le fleuve Niger est en alerte rouge avec un seuil qui dépasse 9 mètres en matière du niveau d’eau. Le point focal national du Sap-Bénin, Martial Dossou, explique les implications de ce seuil à un moment où le sud du Bénin s’apprête à entamer la petite saison des pluies.

Le Matinal : Depuis quelques jours, nous avons constaté une montée des eaux au niveau du fleuve Niger. Dites-nous, quelle est la situation actuellement ?

 

Martial Dossou : Il y a eu une montée des eaux sur le bassin du Niger au voisinage de Malanville et de Karimama depuis début août. La situation actuelle sur le bassin du Niger au voisinage de Malanville et de Karimama indique que le seuil d’alerte est au rouge. En effet, nous sommes passés de l’orange au rouge le 13 août 2020. Cela voudra dire que nous sommes dans une situation critique. Lundi 24 août 2020, nous étions à 905 cm. Cela fait déjà un peu plus de 9 m de hauteur d’eau. C’est déjà un seuil assez critique. Il urge de prendre les dispositions et je voudrais profiter pour remercier le ministre de l’Intérieur qui a réuni, vendredi 21 août 2020, la Plateforme nationale de réduction des risques et catastrophes qui a rassemblé tous les acteurs, tous les Ministères sectoriels, les Partenaires techniques et financiers, qui accompagnent le Bénin dans la réduction de risque de catastrophe. Au niveau des Communes, nous avons déjà depuis mars, avril, fait des campagnes de vulgarisation pour informer un peu sur la situation et les disposions à prendre pour que nos communautés, nos parents, puissent éviter le pire. 

 

Quelles sont les Communes actuellement à risque lorsque nous prenons la crue que nous observons au niveau du fleuve Niger ?

 

Nous sommes dans le rouge au voisinage de Malanville et de Karimama puisque ces communes sont menacées par les eaux qui viennent du Niger. Donc toutes les localités qui sont situées dans ces zones sont inondables. Mais nous avons anticipé avec les plateformes  au niveau des communes. Nous avons parcouru presque toutes communes pour prévenir de la situation qui arrive là maintenant pour que les plateformes se mettent vraiment en situation de réponse, que les plans de contingence, soient simulés pour pouvoir mieux s’adapter à la situation. Même au niveau de Malanville, nous avons appris que le préfet a convoqué la plateforme communales pour donner des instructions sur les dispositions à rendre parce qu’il faudrait qu’on réduise au maximum le nombre de victimes.

 

Parlant de réduction des risques du nombre de victimes, qu’est-ce qu’il y a lieu de faire concrètement ?

 

Pour limiter les dégâts, il faut intensifier les sensibilisations parce que les populations ne respectent pas toujours les consignes et c’est ça le problème, c’est ça qui nous crée des problèmes. Quand vous voyez les chavirements de barques, ont leur demande « ne surchargez pas », mais on constate que les gens s’entêtent malgré les crues, les hautes eaux. Nous demandons donc à la population, à nos parents, nos communautés, de respecter les consignes. Nous sommes en situation critique, et il faudrait éviter de faire des surcharges, de même aller sur l’eau en ce moment et également de surveiller les enfants, qu’ils n’aillent pas se baigner, faire la lessive au niveau des cours d’eau. Donc, il faut vraiment que nos communautés nous accompagnent et qu’elles écoutent les consignes que l’Agence nationale pour la protection civile (Anpc) donnent qui est dans le dispositif chargé de la communication et de la diffusion de ces bulletins d’alerte que nous mettons à leur disposition, assortis des consignes fermes à respecter pour réduire au maximum les risques et les pertes en vies humaines.

 

A vous entendre parler, on a l’impression que la population n’est pas toujours sensible aux consignes. Est-ce qu’à un niveau donné, c’est la communication qui ne passe pas ?

 

Nous, nous faisons ce que nous pouvons. Les gens ne veulent pas quitter leurs biens, ils s’attachent au bétail, aux champs,…. Ils se disent qu’ils sont habitués à l’eau alors que le danger est là. Ce sont des mentalités sociologiques et il faudrait que nous arrivions à les convaincre, à leur faire toucher du doigt à la réalité, du danger encouru. Mais, je pense que ça a commencé par changer avec la mobilisation au niveau des plateformes avec les préfets et les maires qui se mettent dans la danse, qui convoquent régulièrement des sessions.

 

Il y a eu une trentaine de morts en 2019. Aujourd’hui, est-ce que vous pouvez nous rassurer qu’avec tout ce qui est fait, en terme sensibilisation, on n’assistera pas au pire ?

 

Je ne peux pas l’affirmer de ma position actuelle parce que nous mettons à disposition des communautés, des informations utiles pour ne pas connaître des pertes en vies humaines et les dégâts matériels et tout. Maintenant, pour ne pas connaître ces gens de situations, il faudrait que les gens respectent les règles et je crois que c’est la seule solution qui puisse nous permettre de ne  pas enregistrer beaucoup de pertes en vies humaines. Il faudrait que les gens se prennent aux sérieux, pensent à leur vie et, je crois qu’on va s’en sortir.

Nous avions parlé de la situation dans le nord du Bénin. A quoi doit-t-on s’attendre les prochains jours dans la partie méridionale du Bénin ?

 

Nous suivons de près la situation. C’est la grande saison des pluies dans le Nord Donc, cela coïncide avec la petite saison qui va bientôt démarrer. Pour la première fois au Bénin, les prévisions saisonnières des caractéristiques hydro climatique de la petite saison au sud du Bénin ont c0ommencé. Avec l’Ouémé qui reçoit les eaux provenant du Nord, il y a risque d’inondation. Au niveau du Mono, nous avons été aussi saisie par les responsables du barrage de Nangbéto qui ont annoncé beaucoup de lâchée d’eau dans les jours à venir. Ces lâchés d’eaux coïncident avec la petite saison des pluies. On s’attend également à des inondations, donc des prévisions sont entrain d’être prise. Nous informons en tant réel les différentes plateformes et les dispositions à prendre pour mieux gérer les inondations de cette année.

 

Depuis quand-est-ce que ce système d’alerte précoce fonctionne au Bénin et qu’est-ce qu’on peut retenir en terme de bilan ?

 

Le système d’alerte précoce Sap-Bénin est né à la suite des inondations de 2010. Il a fait son chemin et ses preuves. Aujourd’hui maintenant nous pouvons dire que dans 15 jours la situation serait telle parce qu’il faut prévenir en temps réel quand on a l’information car l’information en temps réel nous permet de préparer et apporter des réponses. En 2010, nous avons enregistré près de 201 600 hectares de cultures dévastés parce qu’il n’y avait pas l’information tel qu’on intensifie les sensibilisations et les informations en temps réel. En 2015, nous avons eu 7524 hectares dévastés En 2016, 4014 hectares environs. En 2017, 5684 hectares. Ça a diminué. Ceci voudrait dire que quelque chose est fait à ce niveau. Aujourd’hui beaucoup de Communes ont élaborés leur plan de contingence, même si ces plans ne sont pas souvent testés. Mais il y a déjà la conscience et la notion au niveau des Communes.

 

Votre conclusion

 

Mon mot de fin serait un mot d’exhortation à l’endroit de nos communautés. Il faudrait vraiment que les communautés respectent les consignes parce que nous sommes dans une situation critique. Nous tendons vers la petite saison des pluies qui va certainement amplifier les choses et également les lâchées d’eau du barrage de Nangbéto. Donc, je souhaite vraiment que les communautés respectent les consignes pour nous faciliter les choses car nous ne souhaitons pas enregistrés d’autres pertes en vies humaines et tout dépendra de chacune d’elles. J’insiste sur cela parce que je sais que les services techniques feront leur job pour pouvoir mettre à leurs dispositions en temps réel les informations qu’il faut.

 

Propos recueillis par Marcus Koudjènoumè

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here