Avec la rupture, l’improvisation n’est plus admise. Tout obéit à une méthode expérimentale, observation-hypothèse-vérification, avant la mise en œuvre des projets. La pédagogie dans les actions  n’a pas épargné l’école béninoise. Pour une école au service du développement, l’enseignement technique et professionnel doit recevoir une thérapie de choc. L’ayant compris, le pouvoir en place s’est lancé stratégiquement dans la voie salutaire.

L’école Béninoise  n’est pas une terre fertile pour la formation des chômeurs. Formation adéquation emploi, le glas de l’enseignement technique et professionnel est  sonné pour atteindre immensément cette  vérité d’impulsion de la croissance d’une Nation. En plus de l’agriculture, le tourisme dont les faisceaux évolutifs  se confirment par les statistiques publiés, l’enseignement technique et professionnel  entre dans sa métaphase du succès. Le second mandat  de Patrice Talon appuie sur l’accélérateur. Dimanche 23 mai 2021, au stade Charles de Gaulle de Porto-Novo, dans un discours  qui  excite au progrès,  et à la concentration sur le travail patriotique sans complaisance, le nouveau président  réélu  laisse voir le contenant de son plan d’actions 2021-2026  pour le développement  du Bénin. En ligne prioritaire, le développement hardi  de la formation professionnelle. Au cœur de cette vision,   avoir des écoles béninoises prolifiques en diplômes  très accessibles au fort  taux d’employabilité et dont les compétences ne transigent  pas  avec les demandes  des employeurs. « Notre action consistera aussi à donner une nouvelle impulsion à l’école béninoise pour la rendre plus compatible avec nos besoins. Le diagnostic est déjà posé et la thérapie a commencé. Elle consiste à privilégier l’enseignement technique et la formation professionnelle », donne-t-il en avant-goût dans le discours d’investiture.

Un flash-back utile sur l’Etfp

C’est une annonce subséquente à des travaux  antérieurs dont les plus convaincants ont commencé  dès l’avènement  du Président Talon en 2016. Il ne s’agit pas des promesses politiques dont on connaît habituellement les résultats. Cette annonce  à essence pratique qui la dissocie de ce qui se faisait.  Pour mieux comprendre ce qui est en cours et ce qui a été un exercice de comparaison oblige  d’aller véritablement à la source. En effet, Le Gouvernement a adopté en 2001 un Document de Politique et d’Orientation de la réforme de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle assorti d’un plan d’actions prévu pour être mis en œuvre sur la période allant de 2002 à 2006.

En 2006, le Gouvernement a élaboré un Plan Décennal de Développement du Secteur de l’éducation (Pddse) 2006-2015 qui tire son essence de la lettre de déclaration de politique éducative adoptée en Février 2005. Ce Plan qui se fonde sur la vision politique d’un Bénin émergent avec une valorisation du capital humain concerne tous les ordres d’enseignement. En août  2010,  le ministère de la  prospective et  du  Développement et de l’évaluation des  politiques publiques et  de la Coordination  de  l’action  gouvernementale (Mpdepp-Cag) a fait  un  état des lieux à travers le  Bureau d’évaluation  des  politiques  publiques.  L’objectif  de  cette évaluation portait sur la politique mise en œuvre dans le sous-secteur de l’enseignement technique et la formation professionnelle (Etfp) et plus spécifiquement celle exécutée à travers le Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education. Il s’agissait  selon le rapport final d’évaluer la pertinence et la cohérence des choix stratégiques et leur adéquation avec les objectifs de développement du Bénin émergent, d’analyser les conséquences globales de la mise en œuvre de la politique en termes d’offre de main d’œuvre qualifiée sur le marché du travail, de proposer au besoin des recommandations en vue d’améliorer ses performances. Dans une démarche empirique,  l’évaluation a été conduite en trois phases: explicitation des objectifs poursuivis par la politique d’Etfp, enquête auprès des diplômés de l’Etfp et entretiens avec les acteurs du système et les employeurs, analyse des données, conclusions et recommandations. Les objectifs fixés au sous-secteur de l’Etfp dans le  cadre du  Plan décennal  visent l’adaptation des formations aux besoins du marché du travail, l’amélioration de la qualité et de l’équité. Ainsi que de la gestion et du pilotage du système. La mise en œuvre du Plan décennal de développement du secteur de l’éducation 2006-2015 dans le domaine de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Est chiffrée à la somme de 141 824 927 000 FCFA dont 28 167 458 FCfa. A mieux comprendre l’option du régime de Boni Yayi a été de booster l’enseignement technique et professionnel à travers le Plan décennal. Ce qui a effectivement démarré avec quelques dérogations. « A l’exception de la réhabilitation ou de la poursuite de la construction de quelques infrastructures dont les projets existaient, avant l’élaboration de ce plan, des actions ont été engagées dans le cadre du Plan décennal. Mais les résultats se font toujours attendre »,  précise le rapport. A l’analyse, cette politique envisagée   à l’époque se veut être une solution  aux enjeux nationaux, mais également aux enjeux régionaux, ce qui permettra de développer les potentialités locales, de lutter contre la pauvreté et de freiner l’exode rural. En s’inscrivant dans cette logique, le gouvernement du changement a suivi les diagnostics des Etats Généraux de l’éducation d’octobre 1990 et de la Table ronde du secteur de l’éducation de 1997, des différentes journées de réflexion qui ont conclu à la refondation de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et surtout  la rénovation du système d’apprentissage. Les objectifs et stratégies de la politique sont en conformité avec les orientations stratégiques de développement s’agissant surtout des trois premiers axes stratégiques concernant l’éducation  à savoir : l’amélioration des performances du système éducatif ; l’amélioration de la gestion pédagogique, institutionnelle et financière du système éducatif ; le renforcement et la diversification de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Bien dans sa conception ce programme se trouve en difficulté dans les mains des institutions chargées de sa mise œuvre. « Mais si la pertinence de la politique est avérée en matière d’Enseignement technique et de la formation professionnelle, elle l’est moins au regard de certaines institutions de sa mise en œuvre. En effet, l’absence d’un cadre financier et autonome propre à l’Etfp n’est pas de nature à favoriser l’atteinte des objectifs de la politique. L’une des causes du non atteint des résultats attendus pour la première phase est la dépendance financière des institutions de mise en œuvre du Plan Décennal du Budget National dont les procédures de décaissement sont trop lourdes et peu efficaces. Au total, la pertinence de la politique est réelle au regard de ses objectifs et de son arrimage avec les Orientations stratégiques de développement de l’Etat. Cependant les institutions à travers lesquelles elle est mise en œuvre constituent un frein  à l’atteinte de ses objectifs »

Efficacité et efficience de la politique

  de l’Eftp

Le tableau  est sombre. La politique bien que conçue sur la base des analyses  antérieures faites  n’a pas tenu la promesse des fleurs. Les experts conviés pour faire l’état des lieux  ont pondu des notes désagréables. C’était l’argent du contribuable dilapidé. A les suivre, l’analyse des réalisations montre que les actions engagées n’ont pas abouti. Les seuls points positifs concernent la réhabilitation des établissements, la construction de deux centres de métiers, l’accroissement du nombre des apprentis dans le système d’apprentissage de type dual et l’accroissement du taux moyen de succès aux examens de second cycle. Les points noirs sont en revanche nombreux. Ils concernent d’une part, les actions non exécutées ou n’ayant pas abouti et d’autre part, la baisse des effectifs dans les établissements publics d’Etfp et la baisse du taux d’inscription des filles dans le système. Au total, plusieurs actions ont été engagées, mais sans progrès significatif pour produire les résultats attendus pour la phase 1. L’amélioration du cadre institutionnel (création d’un cadre financier propre à l’Etfp, formation du personnel) reste déterminante pour l’atteinte des résultats dans la durée prévue.

Par ailleurs,  sur  le caractère efficient de la politique, le problème de compétence  a été criard. Les moyens engagés par rapport aux réalisations montrent que le déficit de compétences a lourdement pesé sur la mise en œuvre du programme. Des remarques qui inaugurent déjà l’échec de la vision et remet aux calendes grecques l’essor de l’Enseignement Technique et professionnel au Bénin.

Bienvenue Agbassagan

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