Depuis quelques jours, les réseaux se sont enflammés pour réclamer les libérations du Prof Joël Aïvo et de Reckya Madougou. Au mépris des règles juridiques, et par des  pressions de tous genres sur le chef de l’État.

Beaucoup s’attendaient à un geste du président Patrice Talon à l’endroit de Reckya Madougou et de Joël Aïvo lors de son discours au Parlement face aux députés de la 8ème législature ou lors de la présentation de son message de vœux du nouvel an à ses compatriotes. Mais il n’en a rien dit, se montrant plutôt concentré sur la gestion de la chose publique, et par l’amélioration des conditions de vie des Béninois. Déçus, les partisans des deux prisonniers animent depuis par  une polémique à la limite outrancière contre le chef de l’Etat. Qui serait pour les uns « insensible aux douleurs des familles et proches », ou pour d’autres, peu enclin à réconcilier les siens  et faire régner la paix. Cela n’étonne pas. Beaucoup taxent nos compatriotes d’avoir la mémoire courte. Ou d’être souvent amnésiques face à certains développements de l’actualité. Sinon cette polémique inutile n’a  pas  sa raison d’être. Autrement, ce sont eux-mêmes qui parleront de justice aux ordres, ou de libération forcée ou encore sous pression.  Du coup, Reckya Madougou et Joël Aïvo apparaissent blancs comme neige, et irréprochables. Or, peu  se souviennent que depuis les Législatives de 2019, le pays a connu des heures chaudes, des échauffourées avec comme trame, des pneus brûlés sur la voie publique pour bloquer la circulation et couper le pays en deux. Mieux, des maisons de personnalités ont été incendiées. Et pire, pour des lois votées par l’ancienne législature, il aura fallu attendre l’approche des élections pour tout remettre en cause. Personne ne peut comprendre comment une dame peut débarquer avec des valises d’argent et prendre la tête d’un parti et être son candidat, devant et à la barbe des potentiels candidats. Avec des actes et propos presque va-t-en guerre. Contrario du constitutionnaliste Joël Aïvo qui a pris la peine d’aller à la rencontre de tous les Béninois.  Il a avancé à visage découvert, seulement au mépris des exigences du Code électoral, voulant être candidat et n’étant pas membre d’un parti politique. Tout cela a fini comme on le sait, par un procès à la Criet. Et depuis, sans trahir qui que ce soit, il est difficile d’entrevoir, dans les attitudes de Reckya Madougou et Joël Aïvo, le moindre début d’un remord ou la contrition. Cela aurait même pu être  feint, histoire d’apporter, de l’eau au moulin de ceux qui estiment qu’ils peuvent être graciés ou amnistiés.

Des entrées en lice mal ficelées

Par ailleurs, ils devraient s’en prendre à eux-mêmes. Il n’y a pas mieux que cet universitaire pour éclairer l’opinion publique : « Je considère comme une folie le sacrifice de Madougou et d’Aïvo. Une folie parce qu’ils ont décidé d’éprouver un système politique redoutable. Ils savaient, en conscience, les risques qu’ils couraient. Chacun d’eux a quitté son confort, sa tranquillité, sa quiétude pour se lancer dans un combat que je qualifie de périlleux. N’était-il pas plus cohérent et sage de tenir compte des décisions de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (Cadhp) en restant en marge des joutes électorales de 2021, en se désolidarisant du processus ? Pourquoi se sont-ils engagés alors qu’ils pouvaient utiliser, à bon escient, les cartes de la (Cadhp) qu’ils avaient en leur possession ? Ils ont fait le choix de la folie, un choix courageux et exigeant à un moment où l’opposition politique est désarticulée, infestée et affaiblie. Ils se sont donc engagés sans appareil sûr, sans soutien populaire mordu, et sans compagnon fiable. Ils ont simplement mis en jeu leur stature, leur vie et leur fibre patriotique. », écrit  Arnaud Éric Aguénounon, philosophe politique dans un canard lundi 3 janvier 2022. « Le chef de l’Etat n’ayant pas comblé les attentes à ce premier tournant, doit-on attendre finalement le 31 juillet prochain ? Et si comme le souhaitent certains soutiens du pouvoir, Joël Aïvo et Reckya Madougou n’introduisaient pas toujours une demande auprès de Patrice Talon, est-ce vraiment parti pour les 10 ans et 20 ans de prison à eux flanqués par la Criet, la Cour spéciale? », s’est interrogé un autre éditorialiste.

Wilfrid Noubadan

Maître du jeu politique

Patrice Talon reste maître du jeu politique. Il ne le fait pas en forçant les choses. On a compris que c’est dans son Adn, il est d’abord un réformateur, un homme d’Etat. Il pense, il a de l’avance et apparaît méticuleux et organisé. Le tout emballé dans la discrétion. Sa plus grande réussite, c’est d’avoir organisé la classe politique béninoise autour de 2 ou 3 blocs. Il a eu le mérite d’avoir mis de l’ordre dans une classe politique dont l’inconstance est reconnue. L’autre mérite du président Talon et de son équipe, ce sont les réalisations  faites  depuis 2016. Tout ceci lui a donné une  capacité d’innover et d’agir en profondeur pour changer les choses. La gageure, c’est le scrutin de la Présidentielle d’avril 2021. Une fois ce bail renouvelé, il se donne les coudées franches pour agir. Comme une araignée, il continue de tisser sa toile. En l’absence d’une opposition organisée, structurée, politiquement avisée et stratège, Patrice Talon reste donc maître de son agenda politique.

W. N.

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