Certains députés à l’Assemblée nationale ont manqué de retenue face à l’appréciation de la loi sur la santé sexuelle et reproductive  pour laquelle le Gouvernement a proposé des modifications élargissant désormais le champ de l’interruption volontaire des grossesses au Bénin. Au lieu de garder la patience et suivre l’argumentaire de l’Exécutif afin d’analyser, avec des croisements d’idées avant d’opiner, ils se sont empressés, certainement sous l’effet de l’émotion, de livrer leurs impressions, soumettant à de grosses polémiques leur vote intervenu quelques jours plus tard.

Il s’agit d’abord de Louis Vlavonou, Président de l’Assemblée nationale qui, lui-même, a ouvert le bal des critiques. Le 8 octobre 2021, le président, à l’occasion, d’une table ronde sur le droit à la santé sexuelle et reproductive des jeunes, a fermement affiché son opposition à la légalisation de l’avortement.  Il avait même dénoncé « un complot de l’Occident ». Louis Vlavonou avait déclaré que « l’avortement est la mort d’une société car partout où la pratique a eu cours, la société a vieilli ». Et donc, qu’en prenant une loi dans ce sens, c’est cautionner « la stratégie mise en place par cette Nouvelle éthique mondiale » pour « déconstruire nos valeurs et reconstruire à la place les contre-valeurs dont leurs cultures sont victimes aujourd’hui ».  « Qui sommes-nous pour décider de la vie de quelqu’un et surtout du tout petit »?, c’était interrogé le président Vlavonou dans son réquisitoire contre ce projet du gouvernement. « Plus il est petit, plus nous devons le défendre. C’est cela notre devoir en tant qu’élus du peuple », avait-il soutenu pour conclure que « ce serait dangereux de mettre dans les mains de la femme un outil pour détruire la vie en sa qualité de mère, censée la protéger ».

En faisant ces déclarations le patron du Parlement béninois était certain d’agir sur la sensibilité de ses collègues députés avec qui, il a toujours l’unanimité depuis 2019. Il avait réussi à emballer l’opinion publique. Les commentaires étaient allés dans le même sens que lui braquant les populations contre le gouvernement et les députés qui tenteraient de faire passer la loi.

Quelques jours plus tard, c’est-à-dire le mercredi 21 Octobre 2021, pendant que l’étude de ladite était en cours, c’est le député Bonaventure Aké Natondé qui bondit dans le même sens que le Président de l’Assemblée nationale. Sur sa page Facebook, il s’est montré ferme et déterminé contre cette démarche du Gouvernement. Pour lui, « « Ce projet n’a pas sa raison d’être ». Il soutient sa position par le fait que la vie humaine est sacrée, « il ne nous revient pas de légaliser une industrie de la destruction en série dans l’espace et dans le temps des âmes innocentes qui constitueront demain la force de travail et de développement du Bénin ». Aké Natondé a évoqué le devoir des élus de sauver les filles des affres des avortements pouvant conduire à leur stérilité ou même à leur mort. Mais il n’est pas d’accord pour le  fait de la libéralisation de la vente des médicaments provoquant les avortements qui désormais seront vendus sans ordonnance médicale. Car, explique-t-il, cela constituera « un problème de santé publique qui risque d’être plus meurtrier que le Covid-19». Le député a appelé au retrait pur et simple de ce projet de loi, s’inscrivant dans la même logique que le président de l’Assemblée nationale en disant que le « Bénin doit dire non au diktat des bailleurs de fonds qui veulent contrôler jusqu’à notre respiration. Il convient de dire non à une telle loi ».

Revirement de

 situation

Ils ont fait ces déclarations largement applaudies  par l’opinion publique. Sur les réseaux sociaux, ils étaient les meilleurs. Mais, contre toute attente, la loi a été votée telle qu’envoyée par le gouvernement. Aucune magie ! L’argumentaire du gouvernement était simplement solide. Les ministres présents ne sont pas allés convaincre les députés à accepter ce qu’ils ne voulaient pas. Mais ils ont présenté, preuves, chiffres et exemples à l’appui, les situations qui nécessitent cette réforme. Même si Aké Natondé a dit avoir quitté le Parlement avant le vote, tout le reste, y compris le président de l’Assemble nationale, a voté la loi.

Il ne s’agit pas d’une victoire du gouvernement. Mais il importe de retenir de cette situation que les députés devraient éviter désormais des réactions émotives et hâtives sur les sujets qui sont soumis à leur appréciation.

On peut tout dire de cette loi. Mais son vote a été très apprécié des femmes, cibles principales visées par le gouvernement à travers cette initiative.

Abdourahmane Touré 

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