Le Bénin expérimente depuis 2018 un nouveau système partisan. C’est  l’une des innovations majeures apportées par le président Talon au système politique béninois. Il en avait même fait une promesse de campagne. Malheureusement, cette réforme n’a pas encore reçu l’adhésion de toute la classe politique.

Dans une tribune publiée le 30 janvier 2017 sur Wathi, le politologue Mathias Hounkpè rappelait que  lors de son discours d’investiture le 15 juin 2015,  Me  Adrien Houngbédji, alors président de l’Assemblée nationale du Bénin, a insisté sur « l’impérieuse nécessité d’une réforme approfondie du système partisan béninois »,  afin de réduire le nombre de partis politiques, d’instaurer plus de démocratie en leur sein, de les amener à se bâtir autour de projets de société. Toujours selon le politologue, Patrice Talon, dans son discours d’investiture le 6 avril 2016 a également jugé utile de “souligner avec force, que l’enracinement démocratique du Bénin est largement tributaire du système partisan et des valeurs qu’ensemble nous envisageons de promouvoir ». Ces deux rappels historiques démontrent à souhait le besoin éprouvé alors de revoir le fonctionnement  des partis politiques au Bénin. Il faut dire que nous venons de loin. Car à la veille de la présidentielle d’avril 2016,  qui a vu l’élection de Patrice Talon, plus de 200 partis politiques étaient légalement enregistrés au Bénin. Dans cette pléthore, beaucoup de spécialistes reconnaissent que peu sont de véritables partis politiques structurés et fonctionnant selon une idéologie claire et bien définie. Selon l’une des boutades chères à Albert Tévoédjrè,  les partis politiques d’alors étaient plus des « clubs électoraux » qu’autre chose. C’étaient de véritables groupuscules qui, à  la veille de chaque  élection, s’organisent  pour défendre les intérêts du moment, avec une inclinaison aux désidératas des mécènes et bras financiers armés.  L’une des réformes initiées par la Rupture a été donc de corriger le tir, afin de gommer cette tare suffisamment grave de la démocratie béninoise. Une tare héritée de la Conférence nationale de 1990, qui recommandait le multipartisme intégral, dans  l’objectif d’en finir avec le monolithisme instauré par le régime du Prpb.  Ainsi, depuis sa promulgation en 2018, la Charte des partis politiques dispose que  (art 1,1) : « tout citoyen, jouissant de ses droits civils et politiques, est libre d’être membre fondateur ou d’adhérer au  parti politique de son choix. Il est tout aussi libre d’en démissionner. Nul ne peut être membre de plus d’un parti politique » ;  article 3,7: » on entend  par financement public des partis politiques, toutes  subventions et autres aides  reçues de I ‘Etat par  les partis politiques » ; article 3, 8: « Les partis politiques, régulièrement constitués et en activité conformément  aux  dispositions  de la présente loi, peuvent bénéficier d’une aide financière de I ‘Etat » ;   Article 3, 9 : « les subventions de l’Etat aux partis politiques représentent l ‘aide destinée ou financement des activités des partis politiques. Les conditions et  modalités de la répartition du financement public aux partis  politiques sont  déterminées par  une loi spécifique ». Ces  nouvelles dispositions ont dès lors tout changé.

Une hégémonie des partis politiques proches de la mouvance présidentielle

Du coup, les partis politiques ont pris des  habitudes et attitudes nouvelles. Sur un plan beaucoup plus politique, cela s’est traduit  par le regroupement des forces politiques en présence.  Du côté du pouvoir, deux grosses coalitions sont nées : le Bloc républicain (Br) et l’Union progressiste (Up). En  face, les restes des années « Yayi » se sont confinés dans  les Forces cauris pour un Bénin émergeant (Fcbe), alors que ceux qui  ne s’y  retrouvent plus ont dû  créer le parti les « Démocrates », parrainé par l’ex-président de la République Yayi Boni. Si l’on peut citer ces 4  grosses cylindrées  comme ayant réussi plus ou moins leurs mues, il y a d’autres rassemblements d’hommes, de femmes  et  de jeunes  béninois qui  ne s’y sont pas retrouvés. Du moins, ils ne veulent pas encore se fondre dans les grands partis. C’est la raison pour laquelle il  existe des partis satellites de la mouvance présidentielle tels que l’Udbn, Moele-Bénin.  A ceux-là s’ajoutent des partis politiques plus anciens comme le Parti du renouveau démocratique (Prd) ou Restaurer l’espoir (Re). Du côté de l’opposition, de nouveaux partis politiques comme Restaurer la confiance (Rlc) dirigé par Iréné Agossa (en cours formalisation), le Parti pour l’engagement et la relève (Per), la Force cauri pour le développement du Bénin (Fcdb), ou le Mouvement populaire de libération (Mpl). Les Législatives de  2019 ont été l’occasion de tester la viabilité  et l’efficacité du  nouveau système partisan. Si ces élections ont confirmé l’hégémonie des partis politiques proches de la mouvance présidentielle, les partis de l’opposition, et d’autres qui ont une moindre étoffe, n’ont pas pu franchir le cap. La plupart ont été recalées par une disposition du Code électoral qui fait de l’obtention des 10% du suffrage exprimé sur le plan national à l’issue du scrutin un  critère de validation de la candidature. Et c’est sur ce plan, que beaucoup d’observateurs ont objecté les limites de la réforme. Puisque finalement, en raison de certaines dispositions en vigueur dans le Code électoral, certains partis politiques ont été exclus du processus.

Les Législatives de 2023 en ligne de mire

Le conséquence des élections législatives de 2019 est la 8ème Législature composée uniquement de députés Br et Up. Cette situation a provoqué beaucoup de remous, et les partisans des  partis de l’opposition ont organisé  des actions pour paralyser le processus électoral. Par ailleurs,  d’autres dispositions du Code électoral de 2019  mettront le  feu au poudre lors de la Présidentielle en 2021. Il s’agit du parrainage surtout. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la période de l’élection a été aussi théâtre d’événements violents par endroits du pays. Le tout s’est soldé par deux moments importants : la réélection de Patrice  Talon, et l’arrestation de nombreux fauteurs de trouble dont les figures les plus  marquantes restent Joël Aïvo et Reckya Madougou. On comprend donc bien que pour beaucoup, il y ait encore à redire sur la réforme. Tout n’a pas été parfait. Il y a donc des laissés pour compte.  Mais, pour le moment, Patrice Talon et son équipe ont entamé le second mandat. Le prochain rendez-vous électoral, ce sont les prochaines Législatives de janvier 2023. Donc, il serait   temps que les partis politiques s’attèlent aux modes  et critères pour y participer. C’est donc à propos, qu’après analyse du nouveau système partisan au Bénin, Julien Boudon, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay écrit : « Au Bénin, la volonté du législateur de réduire le nombre de partis politiques dans le pays poursuit un but légitime : on en a compté plus de 200 après l’instauration du multipartisme en 1990. Il est tout aussi légitime que le pays ait privilégié le système de « présentation » qui existe dans de nombreux Etats dans le monde. Tout au plus, appartiendra-t-il au Parlement, de faire le bilan de cette nouvelle disposition électorale après l’élection présidentielle de 2021. Il sera alors temps d’en tirer les leçons».

Wilfrid Noubadan

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