Réactions des leaders syndicaux et du président du Cnp-Bénin

Le président Patrice Talon a rencontré les syndicalistes hier mardi 26 avril 2022 au Palais de La Marina comme prévu sur la revalorisation des salaires. Au terme de la séance, les secrétaires généraux de la Cosi-Bénin, de la Cstb, de la Csa-Bénin et le président du Conseil national du patronat, Eustache Kotingan, ont livré leurs impressions.

Noël Chadaré, Sg de la Cosi-Bénin :

« Tout est urgent pour nous »

« Aujourd’hui a été une séance d’échange avec le chef de l’État. Contrairement à ce qu’on a pensé, son comité interministériel a fait un travail et il voulait avoir notre avis sur certains points. Il a parlé de combien nous voulons que le Smig soit, est-ce qu’il faut privilégier entre recruter les travailleurs, recruter les chômeurs dans la fonction publique et augmenter les salaires ? Qu’est-ce qu’il doit privilégier ? Qu’est-ce qui doit être plus important que l’autre? Ou bien c’est la même chose qu’il faudra retenir parce selon ses dires, il y avait une cagnotte qui va être la cagnotte pour la revalorisation. On doit tenir compte de notre avis pour voir ce qu’il faudra retenir. Autres éléments aussi, c’est que le Chef de l’Etat voulait savoir s’il ne faudra pas plutôt penser à l’équipement des hôpitaux, des écoles, etc… Il voulait avoir notre avis sur la part que cela peut prendre dans la cagnotte qu’ils ont sortie pour les travailleurs. C’est après les échanges qu’on aura sur ces différents points, qu’il ira avec son équipe proposer des chiffres. Donc, nous avons donné nos avis. Nous leur avons dit que ce que nous on attend, c’est qu’il nous donne leur proposition et nous allons opiner là-dessus. On n’est pas contre le recrutement, tout est urgent pour nous. Moi, je lui ai dit que tout est urgent. Recruter les travailleurs parce que c’est ceux qui sont en activité qui cotisent pour ceux qui sont à  la retraite. Il faut revaloriser car depuis 2011, on n’a pas revalorisé. Tout est cher, donc il faut revaloriser, il faut équiper aussi les écoles, les structures de l’état. Tout est important, donc qu’il nous dise ce qu’il pense.

Finalement, on a échangé sur le Smig. Ce qui est en train d’être retenu est que ce sera augmenté à 52.000 FCfa. C’est ça qui  a duré de 9h à presque 14h et quelques. On a mené une longue discussion parce que le patronat n’était pas d’accord pour l’augmentation du Smig vu qu’ils sont des obligations et des difficultés. Mais bref on s’est entendu  finalement sur 52.000 FCfa et le patronat a concédé de payer 30%. Les autres points, c’est la revalorisation des salaires des agents de la fonction publique parce que le chef d’État a dit qu’il ne veut pas hiérarchiser les salaires  parce que la position du gouvernement, c’est tout simplement qu’il faut créer beaucoup d’entreprises et donc beaucoup d’emplois. Si on doit hiérarchiser les salaires et proposer ou prendre des décisions qui vont nuire à la création d’entreprise et à la survie des entreprises, qu’il ne serait pas partant. On ne s’est pas entendu sur le principe de la hiérarchisation des salaires. Nous lui avons dit non. Nous, on pense qu’il faut maintenir cela, il ne faut pas copier ceux qui vont mal mais faire ce qui est normal. Il faut une mesure incitative, contraignante pour que ceux qui hiérarchisent.

En somme, on s’est entendu sur quatre paliers. Le premier palier est que le salaire doit être fixé à 100.000 FCfa, le deuxième palier est 200.000 FCfa, le troisième de 300.000 FCfa à 500.000 FCfa et le quatrième de 500.000 FCfa et plus. On a convenu que s’il faut revaloriser ces salaires, qu’il revaloriser mais pas de la même façon. Ceux qui sont en bas doivent avoir une proposition plus élevée que ceux qui sont en haut. Progressivement, les plus gros salaires doivent avoir moins de revalorisations que les salaires qui sont en bas. Après cela, le chef de l’Etat a dit qu’il y aura un coefficient de l’indice salarial qui doit être revu et le comité interministériel va définir de nouvelles règles pour le calcul des salaires. Sur ce volet, on a insisté pour que les retraités soient aussi impactés. Cette proposition a reçu l’accord du chef de l’Etat. Sur ce, le comité va approfondir ses travaux pour prendre en compte les retraités car ces derniers n’étaient pas pris en compte dans leur travail. On ne connait pas encore la date de démarrage de la mise en œuvre de ce que nous sommes en train de proposer. Tout ceci sera conditionné par la conjoncture internationale actuelle, la guerre en Ukraine, la cherté de la vie etc. Il a nous a été néanmoins promis que le chef du comité va nous revoir après pour nous faire le retour de ce qui a été retenu de notre proposition d’ici novembre 2022 ».

Propos recueillis par Gabin Goubiyi

 Extrait du compte rendu de la Csa-Bénin

A l’issue des échanges, on retient :

Sur la question du Smig

30% d’augmentation du Smig qui doit passer désormais de 40.000 FCfa à 52.000 FCfa avec l’exigence pour les employeurs de souscrire l’assurance santé obligatoire pour leurs salariés à compter du 1er janvier 2023.

Sur la question de la hiérarchisation automatique des salaires

– Le gouvernement estime qu’il ne lui revient pas d’administrer les ajustements de salaires dans les Entreprises privées. Il décide donc de suspendre le principe d’une hiérarchisation automatique des salaires après tout relèvement du Smig au Bénin. Il laisse chaque employeur en décider selon la politique de l’entreprise. Les Organisations Syndicales ont marqué leur désaccord sur cette option car pour elles, le contexte national exige un maintien de ce principe qui est un acquis important pour les travailleurs.

– Sur la question de l’augmentation des salaires, les principes suivants ont été convenus;

– Une cagnotte globale serait dégagée et sera répartie entre augmentation de salaires, amélioration de la situation des Ame et recrutement des jeunes. Le montant de cette cagnotte n’a pas été communiqué.

– Deux (02) niveaux d’augmentation à savoir : dans un premier temps une amélioration du point d’indice pour impacter aussi bien les pensions des retraités que les salaires. Puis une augmentation différenciée des salaires et des pensions par palier de façon à impacter plus fortement les bas salaires et moins fortement les salaires élevés.

– Les quatre paliers retenus sont :

– De 52.000 FCfa à 100.000 FCfa

– De 100.001 FCfa à 200.000 FCfa 

– De 200.001 FCfa à 500.000 FCfa

– 500.001 FCfa et plus

Les pourcentages à appliquer à chaque palier seront examinés au cours d’une autre séance de la commission.

Le gouvernement a évoqué les incertitudes économiques actuelles dans le monde pour s’engager pour le mois de novembre 2022 comme la date d’effet de ces différentes simulations à condition que la situation actuelle évoquée ci-dessus ne s’aggrave.

Pour la Csa-Bénin,

Glonou Agbozognigbé Ayabavi Aubierge

Eustache Kotingan, président du Cnp-Bénin : « La balle est dans le camp du gouvernement »

« Cette rencontre, nous l’attendions depuis. Nous avons salué le fait que le chef de l’Etat ait fait montre d’un leadership extraordinaire pour cette rencontre sans être le président de notre Cadre de concertation dirigé par le ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané mais il est resté avec nous et car les décisions que nous allons prendre seront prises en compte par le gouvernement. Les syndicalistes ont seulement avancé des chiffres sans avoir à l’esprit que nous sommes dans une période de crise avec la guerre russo-ukrainienne qui a gâté le système qu’on avait alors que nous venons de traverser le Covid-19. Tous ces éléments mis ensemble prouvent qu’il y a des difficultés que nous traversons actuellement. Lesdites difficultés ne permettent pas de quitter le Smig actuel à celui élevé. Nous étions contents. La rencontre a été conviviale et chacun a pu s’exprimer.

Le Cnp-Bénin a dit qu’on ne peut pas aller aux 60 000 FCfa que voulaient les syndicalistes parce qu’on ne peut pas passer de 40 000 FCfa à 60 000 FCfa d’un seul trait. Cela voudra dire que le Smig est augmenté de 50% en une période où les entreprises ont leur trésorerie complètement érodée, leurs activités totalement en berne et plusieurs entreprises fermées. Ce n’était pas du tout avec facilité que nous avons commencé par discuter avec les syndicalistes. Mais finalement, nous avons demandé aux syndicalistes de nous laisser nous concerter. Ce qui a été fait. Suite à cette concertation, nous leur avons dit que le maximum d’augmentation que nous pouvons faire pour le Smig, c’est 30%. Donc, nous avons admis un Smig de 52.000 FCfa Une comparaison dans la sous-région, permet de savoir que nous ne sommes pas les derniers. En Côte d’Ivoire par exemple, ils sont à pratiquement 60 000 FCfa. Nous n’allons pas faire la concurrence avec la Côte d’Ivoire car nous n’avons pas une économie qui a l’envergure de celle de ce pays pour accepter un Smig de 60 000 FCfa.

Nos mandants sont clairs sur la question. Ils nous ont dit que si ont fait le maximum, on ne doit pas dépasser 30% d’augmentation. Beaucoup d’entreprises paient déjà plus de 100 000 FCfa comme salaire pour leurs balayeurs par exemple. Ce qui veut dire que le salaire minimum pour les grandes entreprises payé, dépasse depuis longtemps le Smig; mais c’est surtout en faveur des petites sociétés que nous devons nous battre. Et c’est ce que nous avons fait. Nous devons nous battre pour que le Smig soit vraiment le minimum qu’on puisse payer aux chauffeurs, aux domestiques etc. Bientôt, les Béninois doivent payer le Smig à ces derniers. C’est pour cela que nous (le Cnp-Bénin), avons souhaité baissé la valeur. On était là quand le chef de l’Etat a parlé de l’Assurance maladie et qu’il va falloir payer 5000 FCfa par employé. Cela nous a fait revirer parce que j’aurais souhaité qu’on ne dépasse pas 55. J’avais même souhaité que cela soit 47+5 (52).

En conclusion, le gouvernement n’a pas encore fait son choix parce que la ministre du Travail et de la fonction publique a dit que les études ont donné entre 52 et 55 000 FCfa pour le Smig. Le Cnp-Bénin n’a pas voulu dépasser 30%, qui est déjà très bien parce qu’il va falloir l’expliquer à nos mandants et aux petites entreprises.

S’agissant de l’opérationnalisation, les propositions doivent être étudiées et validées en Conseil des ministres. C’est après cela que les chiffres retenus vont être communiqués. Cela peut intervenir à tout moment.

Normalement, il ne devrait pas avoir de changement dans les propositions. Mais le gouvernement va faire ses études pour prendre sa décision. Le Cnp-Bénin a accepté de payer 52 000 FCfa pour le Smig. La décision pourrait être entre 52 et 55 000 FCfa. La balle est désormais dans le camp du gouvernement ».   

Propos recueillis par Serge Adanlao

Kassa Mampo, Sg de la Cstb : « La montagne a accouché d’une souris »

« La montagne a accouché d’une souris. C’est le résumé. Nous avons tenu la rencontre autour d’un seul point: revalorisation des salaires et du Smig. Et après des discussions sur discussions, lorsqu’on parle du Smig, il y a le Smig lui-même  qu’on doit revaloriser et il y a la hiérarchisation des salaires. Ce qu’on appelle hiérarchisation des salaires, c’est lorsqu’on a porté le Smig de 31000 Francs Cfa à 40000 FCfa. Celui qui était à  40000 FCfa, lui il sera à combien ?  Celui qui était à  60000 FCfa, sera à combien ? Il faut un texte qui précise cela. D’abord, le président a dit que lui il ne veut plus entendre parler de hiérarchisation des salaires. On n’a qu’à laisser les employeurs gérer leur personnel comme ils veulent. Donc, on a discuté longtemps au finish c’est ça il a imposé. Plus de hiérarchisation des salaires. Maintenant, sur la revalorisation du Smig même, il a demandé : Qu’est-ce que nous pensons ? On a répondu, c’est à vous de proposer. Comme il insistait, on a proposé au moins 60%. 60% ça fait 24000 FCfa. Ensuite, la parole a été donnée au Patronat et finalement, ils ont retenu 52000, c’est-à-dire 30%. Donc, c’est finalement 30 %. Maintenant, cela va entrer en vigueur à partir de quand ?

Ils n’ont pas dit cela. Pour les travailleurs de l’Etat, on nous dit qu’avec la guerre russo-ukrainienne, les produits importés coûtent cher. Ils sont obligés de subventionner. Ils ont beaucoup de problèmes. Ils ne savent pas comment il faut faire. Mais ils vont revaloriser un peu. Ils vont essayer de faire une augmentation par tranche de salaire. Donc, du plus haut salaire au plus bas salaire. On dit qu’on va donner un peu plus d’augmentation pour les bas salaires. On a retenu quatre tranches. Maintenant, quelles sont les propositions ? Quels sont les montants ? On dit qu’il faut attendre de voir la conjoncture internationale, voir l’évolution de la guerre et attendre octobre pour faire une réunion avec le Fmi avant de dire ce qu’ils peuvent dire. Mais, ce qui a été proposé n’est pas concret.  La Cstb a dit qu’avec ce qui se passe avec les taxes et les impôts qui se sont aggravés depuis janvier, on n’a qu’a ramené au 1er janvier 2022. Le gouvernement n’a rien dit. Il ne s’est pas prononcé et  c’est resté comme cela. On  a voulu aborder les autres problèmes, mais on n’a pas pu discuter véritablement des autres problèmes. Le président de la commission a dit qu’il va nous convoquer pour une nouvelle session. Voilà, ce que je peux dire comme résumé de la rencontre. Cela veut dire que la montagne a accouché d’une souris ».

Propos recueillis par S. A  

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