Après le pouvoir, il y a toujours une vie. Le projet de développement agricole initié par Olusegun Obasanjo, ancien président de la République fédérale du Nigeria qui lui a valu le bénéfice d’un domaine de cinq cents hectares au Bénin pour la culture de l’igname est un message fort aux  anciens présidents du Bénin, et plus particulièrement à Yayi Boni.

Le message du président Obasanjo est clair. Il est venu demander et obtenir de la terre au Bénin pour faire de l’agriculture. Il veut investir dans la terre au pays de Yayi Boni et de Nicéphore Soglo. N’est-ce pas une manière de leur dire qu’en dehors de la politique et de la gestion du pouvoir d’Etat, on peut se rendre utile autrement à sa Nation ? N’est-ce pas une manière de dire à son ami, Yayi Boni que chez lui, il y a mieux à faire que de s’investir dans la politique ? L’acte de l’ancien président nigérian s’interprète de plusieurs manières. Un projet agricole de cinq cent hectares n’emploiera pas moins de cinq cents jeunes. Et sûrement, Obasanjo n’ira pas importer des jeunes béninois pour venir le servir dans cette ferme. De toutes les façons, il y aura des Béninois. N’est-ce pas encore une manière de dire à ses homologues anciens présidents du Bénin qu’on peut employer autrement la jeunesse au lieu de l’envoyer, à chaque échéance électorale, sur le terrain de la bataille politique ?    

L’après-pouvoir se planifie et se vit bien. Laissons de côté le cas Nicéphore Soglo et intéressons-nous à Yayi Boni qui a passé la main à l’actuel président de la République du Bénin. On l’avait entendu dire qu’après le pouvoir, il irait s’installer dans son village pour prêcher la parole de Dieu. Et dans la foulée, il s’est tapé un domaine de cent hectares pour faire de l’agriculture. On se rappelle avoir vu des images montrant Yayi Boni entre 2013 et 2014 dans un champ de Coton lui appartenant. Qu’est devenu ce domaine ? Combien de personnes y travaillent en tant qu’employés ?

Après avoir passé environ cinq ans au cabinet d’un Chef d’Etat en tant que Conseiller Technique ; dix (10) ans à la tête d’une Institution bancaire sous régionale et dix (10) ans à la tête d’un pays comme le Bénin, combien d’emplois Yayi Boni a-t-il créé au Bénin ? Obasanjo veut en créer pour dire que si après tout ce brillant parcours, on en vient encore à  s’investir dans des conspirations pour contrôler le pouvoir d’Etat, il y a lieu de se poser des questions. 

On se trompe

d’ailleurs

L’homme n’est pas entreprenant. Et personne ne va lui en vouloir pour ça ; car c’est une qualité que tout le monde n’est pas censé avoir. Pour ceux qui ont oublié, dans son champ de cent hectares de coton qu’il avait cultivé en 2014, il fallut l’aide de son ancien Ministre, Sabaï Katé pour faire la récolte. A l’époque, le défaut de suivi avait fait que le coton a été oublié dans la brousse. C’est l’ancien Ministre qui avait mobilisé les populations de Banikoara pour aller faire la récolte aux fins d’éviter le pire. L’expérience n’avait pas marché. Puisqu’à l’époque, même dans son champ, il n’avait pas pu récolter une tonne de coton à l’hectare.

Point n’est besoin de rappeler aussi que le coton avait souffert dans les mains de l’ancien président au moment où il était aux affaires. La campagne ayant précédé son accession au pouvoir avait donné une production de 430 mille tonnes. On était sous le régime du Président Kérékou. Pendant dix ans que Yayi Boni est resté au pouvoir, il n’a pu obtenir l’adhésion des producteurs pour atteindre la barre de 400 mille tonnes. Difficilement, la barre des 300 mille tonnes a été dépassée lors de la dernière campagne avant son départ. Aujourd’hui, le Bénin est le premier producteur d’or blanc en Afrique avec 730 mille tonnes lors de la récente campagne.  

On comprend aisément que l’entreprenariat agricole n’est pas le point fort de Yayi Boni. Mais, on ne lui demande pas de le faire pour lui-même. Il n’a qu’à le faire pour la jeunesse. Yayi Boni n’a qu’à créer des emplois au Bénin pour marquer positivement sa retraite. La vie après le pouvoir n’est pas de construire des maisons dans toutes les villes du pays pour servir d’abris aux chauve-souris. Il faut poser des actes qui intéressent les compatriotes. Obasanjo le fait dans son pays et vient dire aux Béninois que leurs anciens dirigeants peuvent mieux faire pour eux. On espère que la leçon est bien pigée. Et comme Edouard Adodé l’a écrit dans sa chronique, « Quand un ancien Président d’un pays voisin arrive à donner ce bel exemple, les nôtres doivent pouvoir entrer dans une réflexion introspective sérieuse sans se mentir pour situer leur part de responsabilité dans le chômage de la jeunesse. Si nos anciens Présidents peuvent orienter une partie de leurs comptes bancaires vers l’agriculture moderne, la jeunesse pourrait-elle se plaindre encore de manque d’emploi ? »

Félicien Fangnon     

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