Avec l’avènement des réseaux sociaux, l’univers médiatique du Bénin semble être pollué par d’acteurs qui foulent royalement au pied les règles élémentaires du journalisme. Face au constat que les faitières de la presse, à savoir l’Upmb et l’Odem, sont impuissants face à l’avilissement de cette noble profession, le Consultant politique et Expert, Agapit Napoléon Maforikan, estime qu’il va falloir orienter les réflexions dans le sens de la mise sur pied de l’Ordre des professionnels des médias du Bénin. Lire des extraits de son intervention sur E-télé hier dimanche 14 mars 2021.

« …Acteurs majeurs dans l’animation de vie sociopolitique, économique et culturelle, les médias, au Bénin, ne sont pas rétribués à leur juste valeur pour le rôle d’objecteur de conscience, de sensibilisation et d’information qu’ils jouent. Ils sont très mal rémunérés pour le travail qu’ils abattent au quotidien, parfois au mépris de l’intégrité physique des professionnels. Il y a, à mon avis, une sorte de paupérisation de la profession. Cela, du fait peut-être des professionnels des médias eux-mêmes. Secundo, cette paupérisation constatée est aussi dû à la prolifération des organes de presse et à la marchandisation de la profession. Journalistes très mal payés et obligés de vivre des perdiems, organes de presse sans siège social et dont le personnel peu qualifié ne s’embarrasse pas de racketter les paisibles citoyens, voilà le lugubre visage que présente la presse béninoise. Je pense que la profession de journaliste est plus sérieuse que cela. À ce sujet, c’est toute la corporation qui est interpellée. Nouveaux comme anciens, les professionnels des médias doivent mûrir les réflexions dans le sens de lui redonner ses lettres de noblesse… »

 

 

Upmb et Odem dépassés

 

« …Pour la petite histoire, en 2000, quand j’étais le président de l’Union des journalistes de la presse privée du Bénin, j’ai pris sur moi la responsabilité d’organiser les états généraux de la presse béninoise pour lui donner un nouveau statut à travers des regroupements ou associations. C’est comme cela que nous avons porté sur les fonts baptismaux l’Union des professionnels des médias du Bénin (Upmb). Malheureusement, la cacophonie des ambitions aidant, on ne s’est plus entendu pour conduire le navire à bon port. J’ai dû passer la main pour ne pas paraître comme un assoiffé de pouvoir. Aujourd’hui, je regarde cette clochardisation de la presse avec le cœur meurtri. Je ne suis pas du tout content de la façon dont nous fonctionnons. On a deux faîtières (l’Upmb et l’Odem) qui paraissent dépassés par les événements. Ils sont totalement déconnectés des réalités actuelles… »

 

Le Cnpa dans une bonne dynamique

 

« …Je salue tout de même le Conseil national du patronat de la presse qui a pris l’initiative d’organiser une table ronde pour réfléchir sur son devenir. Cela veut dire qu’il y a une prise de conscience au niveau du patronat. Malheureusement, avec les faitières, rien ne bouge. Certes, avec l’Upmb, on voit la présidente au four et au moulin. Mais, est-ce que cette organisation créée en 2002 doit continuer par fonctionner de la même manière ? Voilà l’une des questions essentielles à se poser par rapport à la presse au Bénin. Est-ce qu’il ne serait pas bien de mettre sur pied l’Ordre des professionnels des médias du Bénin voulu par certains lors des assises de la Conférence nationale, vu qu’aujourd’hui on est à l’ère de l’ouverture des moyens techniques à tout le monde ? Avant, la profession était protégée. Mais aujourd’hui, avec les Ntic, tout le monde est potentiellement journaliste. Tout le monde publie l’information en illustrant parfois avec des photos, même celles des enfants. Or, il y a quelques années, l’utilisation malencontreuse d’une photo était passible de poursuites judiciaires… »

 

Un besoin urgent

 

« …Aujourd’hui, je fais l’amer constat qu’il n’y a plus de responsabilisation dans la publication. A titre illustratif, la décision de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication sur la campagne électorale n’est pas respectée. Les fautifs, ce sont les médias instantanés qui, en toute méconnaissance des textes, se lancent dans une sorte de chasse à la primeur. A partir du moment où ils diffusent, les médias classiques sont obligés de traiter le sujet. Face à l’irresponsabilité qui caractérise certains professionnels des médias, je crois qu’il est impérieux de mettre en place l’Ordre des professionnels des médias. Ce besoin est urgent. On n’a pas besoin que la France, l’Allemagne ou les États-Unis le fassent d’abord. On peut innover. Et moi j’y tiens particulièrement. Je pense qu’on peut réfléchir et voir dans quelle mesure ordonner la profession. Cela n’enlèvera pas grand-chose à la mission de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication. Au contraire, ça va compléter le travail de la Haac. Ils auront à travailler la main dans la main pour assainir la corporation. Ensuite, la régulation des médias et réseaux doit se faire de manière urgente… »

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